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Deux versions d’un texte privé : conserver l’ordre sans choisir silencieusement les occurrences

Les dossiers de la Maison · Images, objets et documents

Parlons de votre livre
Lettres, photographies et épreuves sur une table de travail éditorial
Éditions privées

Images, objets et documents · 17 min de lecture

Deux versions d’un texte peuvent contenir les mêmes formulations et les présenter dans un autre ordre. Une comparaison courte annonce alors quelques différences, mais laisse ouvertes plusieurs questions : quelle occurrence reste en place, laquelle est déplacée, et quelle demande a réellement été satisfaite ? Pour notre livre privé de papier, Nora doit choisir des repères avant de raconter les actes de correction. Le nombre le plus petit ne donnera pas, à lui seul, le nom des passages qu’elle décide de conserver.

Notre dossier est entièrement créé. Les lettres représentent des blocs, les identités et les permissions sont stipulées, et les points servent seulement à compter les opérations autorisées dans chaque branche. Aucun manuscrit familial, client, logiciel de comparaison ou historique réel de correction n’a été examiné. Les méthodes de comparaison de séquences sont classiques ; nous ne revendiquons pas leur invention. Les scènes qui suivent ne reproduisent pas un outil ni une pratique professionnelle certifiée. Elles font lire les conséquences de demandes et de choix expressément donnés.

Folantin rentre sous la pluie. Huysmans.

Jacques marche vers Lourps. Huysmans.

La notice décrit des portraits. Huysmans.

Ces trois passages ont été consultés textuellement. Ils ne donnent pas les opérations de notre comparaison. La première version, V, présente les formulations A, B, A, C dans cet ordre. La deuxième, W, présente A, A, B, C. Les deux A ont exactement la même formulation dans nos données. Une suite commune est une sélection que l’on peut retrouver dans les deux versions en conservant son ordre ; les éléments sélectionnés n’ont pas besoin d’être voisins. Nous cherchons d’abord une suite commune contenant le plus grand nombre de blocs.

Deux sélections maximales ne conservent pas le même contenu

ABC apparaît dans les deux versions : dans V, on retient le premier A, puis B et C ; dans W, un A avant B, puis B et C. AAC apparaît également : les deux A suivis de C. Chacune contient trois blocs. Conserver les quatre dans leur ordre serait conserver V entière, mais ABAC et AABC sont différentes. Aucun choix de quatre blocs ne peut donc convenir. Trois est ici le maximum, et les deux suites maximales possibles sont précisément ABC et AAC.

Nora veut que B serve de repère entre les deux versions. Elle choisit donc ABC. Camille avait préparé AAC parce que cette sélection gardait les deux formulations A ; elle ne la présente plus comme répondant à la demande de Nora. Son compte trois était correct, mais B ne figurait pas dans sa sélection. Camille remet la proposition ABC avec un seul A sélectionné, B et C. Elle garde AAC comme une possibilité maximale écartée par la préférence donnée. La décision distingue ainsi une propriété du compte, atteindre trois, d’une propriété du contenu, conserver B parmi les repères.

Ce choix ne supprime pas le deuxième A du texte final W. Il le laisse hors de la sélection des repères communs. Camille corrige sa fiche, qui disait que Nora avait choisi une version ne contenant qu’un A : W en contient toujours deux. Ce sont les blocs gardés dans la suite de comparaison qui ne comptent qu’un A. Nora accepte la fiche corrigée et demande que les deux états soient visibles séparément : la version à remettre, AABC, et les repères retenus, ABC. Une personne peut ainsi comprendre le choix sans confondre la sélection avec une nouvelle rédaction abrégée.

Dans une autre demande créée, Nora exige que les deux A appartiennent aux repères, et accepte que B n’y figure pas. Camille retient alors AAC. Elle ne conserve pas le libellé « B maintenu comme repère » de la première demande. Les deux A passent dans la sélection, B en sort, et le nombre reste trois. La remise de W ne change pas : ce qui a changé est la manière choisie de relier ses blocs à ceux de V. Nora reçoit cette seconde comparaison avec sa demande propre. Elle ne fusionne pas ABC et AAC pour annoncer quatre repères conservés ensemble : cette réunion prétendrait retrouver les quatre dans un ordre commun qui n’existe pas.

La première demande, avec B, reste active pour la suite. Camille retire donc de sa légende les deux A surlignés comme repères simultanés. Elle en garde un, puis B et C, et présente le deuxième A comme un bloc à traiter hors de cette sélection. Nora confirme cette présentation. La décision a une conséquence concrète sur le relevé livré : elle fait changer les blocs désignés, même lorsque le maximum annoncé ne bouge pas. Le dossier garde une comparaison choisie, au lieu d’un nombre trois auquel chacun pourrait attacher silencieusement une autre sélection.

Le nombre d’opérations dépend de ce que l’on permet de faire

Une première règle de notre dossier autorise seulement deux opérations : supprimer un bloc, pour un point, ou insérer un bloc, pour un point. Le déplacement n’est pas une opération disponible. Les formulations ne sont pas modifiées dans cette branche. À partir de V, Nora veut obtenir exactement W. Puisque les versions ont chacune quatre blocs, une suppression seule ou une insertion seule laisserait une longueur différente. Zéro opération ne convient pas davantage, car l’ordre initial n’est pas l’ordre demandé.

Camille conserve ABC comme repères et choisit de supprimer le deuxième A de V. Elle obtient ABC, puis insère un A avant B pour obtenir AABC. Les deux actes autorisés sont effectués dans notre scène ; leur coût total est deux. Nora retire le mot « déplacement » de cette remise, car ce mot désignerait une opération que le menu présent ne contient pas. La suppression et l’insertion expliquent le résultat, mais leur mise ensemble ne les transforme pas en un seul acte autorisé. La nouvelle formulation finale est bien W, avec deux A, B puis C.

Camille prépare également l’autre réalisation de coût deux : supprimer B dans V, puis l’insérer après le deuxième A. Les repères conservés pendant cette réalisation sont AAC. Nora écarte cette réalisation dans la demande où B devait rester parmi les repères ; elle conserve la première. Les deux coûts sont égaux et les deux formulations finales sont AABC. Le choix de Nora porte donc aussi sur ce qu’elle accepte de faire sortir de l’état intermédiaire. Elle reçoit ABC comme état après suppression dans la réalisation retenue, sans reprendre AAC d’une réalisation qu’elle n’a pas choisie.

Nora reçoit ensuite une permission nouvelle. Déplacer un bloc déjà présent est désormais autorisé pour un point, sans en changer la formulation ni l’identité. Elle demande de déplacer B après le deuxième A. Camille le fait et remet directement AABC pour un point. Nora retire deux de la colonne du coût de cette nouvelle branche, mais le garde dans la réalisation précédente. Elle n’a pas découvert que Camille avait mal additionné une suppression et une insertion : elle a changé le menu des actes permis. Le nouveau déplacement coûte moins sous la nouvelle règle ; il n’est pas une preuve que le premier menu contenait déjà cette opération.

Camille avait intitulé la première réalisation « correction inutilement longue ». Nora lui demande de remplacer ce titre par « deux opérations sous le menu initial ». Elle ne prétend pas que le nombre un juge désormais les actes antérieurs. Dans la branche active autorisant le déplacement, elle retient un et le déplacement effectué ; dans l’autre, elle conserve deux et ses deux actes. Cette correction de présentation rend leurs demandes comparables seulement après lecture des permissions. Le même résultat final n’a pas effacé ce que chaque réalisation permettait de faire au moment du choix.

Des formulations identiques ne donnent pas l’identité des occurrences

Nous ajoutons une donnée distincte : chaque bloc possède maintenant une identité stable expressément donnée. V contient a1, b, a2, c, avec les formulations A, B, A, C. W contient a1, a2, b, c. Les identités a1 et a2 sont différentes, même lorsque leurs formulations sont identiques. Cette information appartient à la prémisse de notre scène ; elle n’a pas été déduite d’un mot, d’une ressemblance ni d’un historique de fichier. Une comparaison ne disposant que des lettres A, B, A, C n’aurait pas reçu cette donnée supplémentaire.

Camille examine ABC comme simple suite de formulations. Dans V, l’A placé avant B est nécessairement le premier. Dans W, les deux A sont avant B : une correspondance fondée sur les seules formulations pourrait retenir le premier ou le deuxième. Nora refuse donc la phrase « ABC prouve que le premier A est resté le même ». La suite commune ne sélectionne pas à elle seule l’occurrence nouvelle. Camille remet les deux possibilités de correspondance au niveau des formulations, sans présenter l’une comme une identité établie par le seul maximum trois.

Nora demande ensuite une correspondance respectant les identités données. L’a1 de V doit être relié à l’a1 de W, et non à a2. Camille retient le premier A de W comme repère avec b et c. Elle retire la possibilité qui reliait l’ancien premier A au nouveau deuxième. Le compte reste trois et la suite de formulations reste ABC, mais une ambiguïté de la première comparaison est maintenant résolue par une autre donnée. Nora conserve cette résolution avec sa prémisse explicite. La fiche ne prétend plus que deux formulations identiques ont cessé de l’être ; elle dit quelle occurrence désignée est retenue.

Dans cette branche, le déplacement de b après a2 est effectivement demandé et effectué. Camille transmet les identités dans l’ordre a1, a2, b, c. Nora peut alors raconter cet acte parce que la scène le stipule, et non parce qu’un rapprochement de formulations l’aurait observé. Elle retire une autre légende qui annonçait « suppression de b, puis création d’un nouveau B ». Ce récit appartient à une réalisation différente, avec d’autres actes ; il n’a pas eu lieu dans celle-ci. Conserver b comme identité tout en changeant sa position donne une conséquence précise au choix du déplacement autorisé.

Une nouvelle comparaison, privée des identités, ne reçoit pas rétrospectivement cette certitude. Nora garde pour elle les deux A possibles de W et le maximum trois, sans y importer les étiquettes du dossier enrichi. Camille accepte de lui remettre une fiche séparée où l’identité de l’A nouveau correspondant demeure ouverte. Cette décision enlève une conclusion de la fiche pauvre en données plutôt que d’en modifier les formulations. Les deux dossiers peuvent présenter les mêmes lettres finales tout en permettant des affirmations différentes sur les occurrences. Nora a donc deux remises distinctes, chacune avec les informations qui lui ont réellement été données.

Remplacer le bloc déplacé peut conserver la même cible

Deux instructions partent maintenant de la version a1, b, a2, c. P déplace l’identité b après a2. Q remplace la formulation du bloc b par D, sans changer son identité ni sa position au moment de l’opération. Le bloc reste donc nommé b après remplacement, même lorsqu’il porte D. Ces définitions sont les permissions de notre exercice. Elles ne décrivent pas une fonction réelle de traitement de texte ni une manière générale de retrouver les blocs d’un fichier.

Camille applique P, puis Q. Après P, elle obtient a1, a2, b, c, avec A, A, B, C. Q atteint toujours b, placé maintenant en troisième position, et lui donne D. La remise finale présente A, A, D, C, avec les identités a1, a2, b, c. Nora accepte cette réalisation. Elle n’ajoute pas un nouveau bloc d à côté de b et ne laisse pas B comme formulation de b : Q remplaçait celle-ci. La position modifiée par P n’a pas fait changer la cible nommée par Q.

Dans une réalisation séparée, Camille applique Q avant P. L’état intermédiaire devient a1, b, a2, c, avec A, D, A, C. P déplace ensuite l’identité b, même si sa formulation est déjà D, et obtient a1, a2, b, c, avec A, A, D, C. Nora retient également cette réalisation comme répondant aux deux instructions. Elle ne remplace pas b par la recherche du seul mot B, qui ne figure plus à cette étape. Le déplacement donné visait une identité conservée, pas une formulation qu’un remplacement aurait nécessairement laissée intacte.

Les deux réalisations donnent donc ici le même état final, mais elles ne donnent pas le même état intermédiaire. Nora demande à Camille de conserver celui de la réalisation effectivement choisie, P puis Q. Elle lui remet l’état AABC avant remplacement, et non ADAC de l’autre réalisation. Cette demande est exécutée dans la fiche livrée. Nora peut ainsi dire que les deux ordres conviennent pour la fin définie, sans raconter deux intermédiaires comme s’ils avaient existé successivement dans une seule réalisation. La concordance finale autorise une comparaison des résultats ; elle ne fusionne pas leurs actes.

Une instruction visant simplement la deuxième position serait différente. Après P, cette position contient a2, et non b. Remplacer sa formulation donnerait A, D, B, C. Cette erreur d’adresse est déjà une question connue de notre dossier sur les corrections localisées ; nous ne lui attribuons pas ici un nouveau développement. Nora conserve seulement son diagnostic : Q nomme b, et cette autre instruction nommerait une position. Elle ne rebaptise pas le mauvais résultat ADBC comme la réalisation de Q. Le cas sera bref, sans fournir une seconde longueur sur les mêmes erreurs de localisation.

Une suppression peut enlever la cible d’une autre instruction

Nous changeons Q dans une branche distincte. Elle supprime maintenant le bloc b, au lieu de remplacer sa formulation. Après cette suppression, la version contient a1, a2, c. P conserve pourtant son ancien texte, déplacer b après a2. Aucun bloc portant l’identité b ne subsiste. La scène n’a autorisé ni la création automatique d’un remplaçant ni le choix d’un autre bloc parce qu’il occuperait la place disponible. Nora reçoit cette paire d’instructions avec la suppression déjà effectuée et le déplacement encore proposé.

Camille avait marqué les deux instructions comme accomplies, parce que la suppression seule laissait déjà a2 avant c. Nora retire la coche de P. L’instruction ne demandait pas de rapprocher a2 et c ; elle demandait de déplacer b. L’état final après Q ne contient pas sa cible. Camille remet donc la version a1, a2, c avec Q effectuée et P non réalisable en l’état. Nora reçoit cette distinction avant de choisir la suite. Une absence de différence supplémentaire n’a pas été transformée en preuve que le déplacement s’était produit.

Nora choisit de conserver la suppression et de retirer la demande P. Camille enregistre ce retrait, puis remet a1, a2, c comme version retenue. Elle ne remplace pas « retrait » par « déplacement sans effet ». Ce changement de demande donne une issue au conflit : b reste absent, et plus aucun déplacement de cette identité n’est annoncé comme attendu. Nora accepte le dossier ainsi fermé. Les deux anciennes instructions restent dans leur histoire, mais la version finale est reliée à une instruction effectuée et une instruction expressément abandonnée, au lieu d’une prétendue exécution de toutes deux.

Dans une autre suite autorisée, Camille propose de restaurer b avec sa formulation B, puis de le déplacer. Nora refuse cette proposition pour le dossier actif, qui devait conserver la suppression. Restaurer donnerait de nouveau quatre blocs et permettrait effectivement à P de retrouver sa cible ; cela modifierait cependant le résultat qu’elle vient de retenir. Camille retire donc la restauration de la préparation livrée. Le dossier garde trois blocs, a1, a2, c. Nora n’appelle pas l’absence de cible un problème corrigé par une opération invisible : elle a choisi de ne pas recréer le bloc supprimé.

Deux propositions compatibles séparément peuvent contredire un ordre conservé

Revenons à la base a1, b, a2, c, avec leurs formulations initiales. P demande a2 avant b, en déplaçant b après a2. Une proposition R demande au contraire b avant a1, en déplaçant b au début. Nora conserve aussi une condition de famille expressément donnée : a1 doit rester avant a2. Camille prépare ces deux propositions depuis la même base. Elles n’ont pas été rédigées comme deux étapes successives de la réalisation précédente ; chacune propose sa propre version à retenir.

Camille peut répondre à P seule et garder la condition de famille : a1, a2, b, c convient. Elle peut aussi répondre à R seule tout en gardant cette condition : b, a1, a2, c convient. Nora reçoit ces deux réalisations. Elle retire la phrase qui présentait R comme une proposition impossible dès le départ. Son impossibilité n’est pas individuelle : elle apparaît si l’on exige également a2 avant b de P. Camille garde donc les deux versions proposées, avec les relations auxquelles chacune répond, avant que Nora tranche leur combinaison.

La réunion demanderait a1 avant a2, a2 avant b et b avant a1. Aucun ordre linéaire de ces trois blocs ne satisfait ce cercle. Nora refuse alors la fiche annonçant « les deux déplacements acceptés, ordre familial conservé ». Elle ne donne pas un coût très élevé à cette fiche en espérant la rendre réalisable avec plus d’opérations. Même une autre suite d’actes ne pourrait produire un ordre final répondant aux trois relations. Camille retire la fiche commune et demande laquelle des propositions doit être abandonnée, en gardant a1 avant a2 comme condition non retirée de leur préparation.

Nora choisit P. Camille accepte de retirer R de la demande active et réalise a1, a2, b, c. Les formulations remises sont A, A, B, C. Nora reçoit cette version avec la réponse qui abandonne expressément le passage de b au début. Elle corrige la mention « R satisfaite par P », puisque b se trouve après les deux A et non avant a1. Sa décision conserve l’ordre familial et l’instruction P, mais ne conserve pas toutes les propositions. La remise raconte un arbitrage effectué, avec la relation retirée, plutôt qu’une fusion annoncée sans résultat qui puisse la soutenir.

Camille teste enfin une autre préparation : effectuer P, puis R comme deux déplacements successifs. P laisse a1, a2, b, c ; R porte ensuite b devant a1 et produit b, a1, a2, c. Ce résultat respecte l’ordre des deux A et la demande R, mais ne respecte plus a2 avant b de P. Nora refuse donc l’annonce que les deux propositions seraient satisfaites dans cette fin. Elle conserve a1, a2, b, c de la réalisation choisie. Dans l’ordre inverse, R puis P, on retrouverait cette version retenue, mais R y serait abandonnée. Effectuer deux déplacements ne signifie pas conserver simultanément les deux relations finales demandées.

La comparaison retenue garde ainsi une version finale, les occurrences qu’elle relie, les opérations réellement permises et les propositions abandonnées. Les lettres seules ne disent pas tout cela. Dans nos scènes créées, un maximum de repères ou un minimum d’actes devient une information utile lorsqu’il reste attaché au choix qu’il décrit. Il ne certifie ni une histoire réelle de manuscrit ni l’accord de personnes absentes de notre exercice. Nora remet le résultat accepté avec ses limites, sans transformer une égalité de compte en identité des passages ou en satisfaction de toutes les demandes.

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