Un livre familial peut être très attendu et rester difficile à consulter pour l’un de ses destinataires. On lui propose parfois un exemplaire agrandi, puis on découvre que les notes sont toujours lointaines, que les photographies ont perdu leurs légendes ou que les renvois conduisent à la pagination d’une autre version. Ce sont des problèmes différents.
Ce dossier propose de comparer deux compositions d’un même contenu. La famille, la lettre et les photographies de l’exercice sont entièrement construites. Aucun témoignage réel, aucune épreuve imprimée et aucun résultat de lecture ne sont présentés. Les pages indiquées servent à examiner des décisions éditoriales ; elles ne prédisent pas la longueur d’un futur livre.
Garder une histoire commune
Mireille demande une proposition avec des caractères plus grands et les sources près des passages qu’elle consulte. Yves préfère une composition plus compacte avec les notes à la fin. Ces deux demandes n’opposent pas une personne compétente à une personne moins compétente. Elles décrivent deux façons souhaitées de parcourir le même récit. L’atelier peut d’abord préparer deux propositions, sans décider immédiatement d’imprimer deux éditions. Une solution commune reste possible si elle convient ensuite aux destinataires.
Le guide G003 de l’UKAAF privilégie les besoins du lecteur. Il indique seize points minimum, idéalement dix-huit, pour les grands caractères dans son contexte. Cette taille ne garantit pas la lisibilité individuelle. Notre proposition B retient dix-huit points pour le corps, les notes et les légendes, sans certification.
Le RNIB décrit généralement les grands caractères entre seize et dix-huit points. Il évoque l’essai de livres et l’agrandissement offert par certains lecteurs numériques. Ces possibilités ne rendent pas automatiquement un PDF fixe recomposable.
L’accord éditorial essentiel porte sur le contenu. Yves ne recevra pas des sources supplémentaires et Mireille une histoire simplifiée. Le récit, la transcription, les incertitudes et les références seront identiques dans les deux propositions. Les différences concernent leurs emplacements. Si la famille souhaite également raccourcir un chapitre, il s’agit d’une autre décision, à discuter séparément : elle ne découle pas du changement de composition.
Prendre un passage réel dans le projet
Pour notre exercice, le chapitre C1 s’intitule « Le retour à la maison ». Il comporte trois sections : S1, « Avant le départ » ; S2, « La lettre du retour » ; S3, « Le portrait dans la cour ». Ces repères appartiennent au dossier de travail. Le lecteur, lui, peut simplement rencontrer les titres des sections. L’intérêt des repères est de reconnaître la même unité lorsque les pages changent.
S2 contient une transcription T1, attribuée dans l’exercice à la pièce F07, avec la date donnée du 14 mai 1949 : « Je rentrerai lundi. Garde la clef pour moi. » Cette phrase annonce une intention. Elle ne permet pas d’écrire que le retour a effectivement eu lieu. La note N2 accompagne cette transcription. Dans notre cas construit, une coquille lui a donné l’année 1948 au lieu de 1949.
S3 contient l’image I1 : deux adultes près d’un portail, sans identités ni date établies. La légende garde cette limite. N1 précise que cette photographie est construite pour l’exercice, sans original consulté. Le changement de présentation doit conserver ces trois éléments : l’image, ce qu’on en dit et l’origine déclarée. Une page plus séduisante ne doit pas transformer ces personnes inconnues en ancêtres identifiés.
Cette sélection évite une discussion trop abstraite sur tout le manuscrit. On possède un passage verbal, une source, une photographie et deux notes aux fonctions différentes. On peut examiner exactement ce qui se déplace, ce qui demeure et ce qui doit être corrigé. Le reste du livre recevra ensuite ses propres décisions ; cet exercice ne prouve pas que toutes les pages se composeront de la même manière.
Faire le trajet jusqu’à la source, puis revenir
Dans la proposition A, T1 se trouve page 27 et N2 dans les notes du chapitre C1, page 145. Le parcours consiste à trouver « La lettre du retour », lire la transcription, suivre N2 jusqu’aux notes puis revenir à T1. Le repère de retour doit désigner cette transcription, et non simplement le chapitre. Sinon, le lecteur revenu au début du chapitre chercherait à nouveau le passage qui avait motivé sa consultation.
Dans B, nous discutons un autre regroupement : N2 auprès de T1.
Les pages fictivement assignées sont alors 40 pour T1 et 41 pour N2. Dans une ouverture imprimée conventionnelle, la page paire 40 se situe à gauche et la page impaire 41 à droite. Elles sont en regard. Une succession 41 puis 42 aurait exigé un changement d’ouverture : annoncer la même proximité aurait été trompeur. Cette vérification sert ici à rendre la proposition cohérente, sans prétendre avoir composé ou imprimé ces pages.
On n’a pas changé la lettre, seulement le parcours. Dire que B contient « moins de notes » serait incorrect : la même note s’y trouve, à une autre place.
Un renvoi recopié mécaniquement, « voir page 27 », casserait ce parcours dans B. Le remplacer par « chapitre Le retour à la maison, section La lettre du retour, transcription T1, page 40 » permet de contrôler la destination dans le dossier. Pour la présentation destinée au lecteur, l’atelier choisira une formulation moins technique, tout en conservant la bonne destination. Le titre de section est commun aux versions ; le folio appartient à une composition particulière.
Ne pas perdre ce que raconte une photographie
Le résumé UKAAF consacré aux images invite notamment à examiner leur pertinence, leur simplification éventuelle, leur description et leurs étiquettes. Dans cet exercice, I1 demeure entière avec sa légende. Un détail agrandi pourrait la compléter, pas remplacer silencieusement la scène complète.
Dans A, I1 et sa légende occupent la page 30, alors que N1 rejoint les notes page 145. Dans B, les trois éléments sont réunis page 46. La légende dit « Deux adultes près du portail ; personnes et date non identifiées dans cet exercice. » N1 indique l’absence d’original consulté. Ces mentions répondent à deux questions : qu’est-ce que la scène montre, et quel document avons-nous réellement utilisé ?
Supposons que l’on remplace la vue complète par le seul visage de l’adulte de gauche. On obtiendrait un autre objet visuel. La relation des deux personnes au portail disparaîtrait et la légende précédente ne décrirait plus correctement ce que le lecteur a devant lui. Dans notre proposition, un éventuel détail aurait donc sa propre désignation. On pourrait le rapprocher de la vue complète, en évitant de lui attribuer une identité que le dossier ne possède pas.
La même distinction vaut pour la lettre. T1 transmet les mots de l’exercice. Une reproduction miniature d’une enveloppe inventée n’ajouterait pas une preuve de retour et ne remplacerait pas la transcription. Une image peut enrichir l’objet livre ; elle ne doit pas modifier le statut d’une affirmation. Ici, l’intention de rentrer demeure une intention, dans A comme dans B.
Choisir une ou deux compositions, puis discuter les volumes
La demande de Mireille ne décide pas à elle seule du nombre de volumes. Le chapitre de notre exercice ne fournit aucun total composé pour le manuscrit. On ne peut donc pas annoncer que le livre passera de cent à cent cinquante pages, ni calculer un prix d’impression à partir du rapport entre deux tailles de caractères. La prochaine décision utile consiste à examiner une composition réelle, puis à discuter son organisation matérielle.
Si une coupure de volume séparait T1 p.40 de N2 p.41, elle supprimerait l’ouverture proposée. Dans ce cas construit, l’atelier déplacerait cette coupure après C1.
Ce raisonnement ne prescrit pas une reliure ou un papier. Il indique quel arbitrage demander à l’atelier une fois les pages composées : quelles unités souhaite-t-on garder ensemble, et quelle coupure le permet ? Pour choisir les matériaux, on consultera séparément le dossier déjà consacré au papier. Pour préparer les corrections d’épreuve, on utilisera le dossier de méthode existant, sans recommencer cette démarche ici.
Corriger une fois le fait, à ses deux emplacements
Dans A, la coquille 1948 se corrige dans N2 page 145. Dans B, elle se corrige dans N2 page 41. Le texte retenu devient, dans les deux propositions, « F07, lettre construite, date donnée : 14 mai 1949. » Le contrôle porte sur ces deux occurrences. Corriger uniquement la page 145 laisserait B avec une autre année. Ce relevé de destinations complète le suivi d’épreuve ; il ne constitue pas une enquête établissant un retour historique.
Préparer une discussion qui permet de décider
La prochaine rencontre peut s’appuyer sur quelques tâches remplies, plutôt que sur une demande vague de satisfaction. On remettrait aux destinataires les deux propositions en leur demandant de retrouver la lettre depuis le sommaire, de trouver sa note, puis de revenir au passage. On distinguerait une destination absente d’une formulation difficile à reconnaître. Dans le premier cas, le document doit être corrigé ; dans le second, le titre ou le repère mérite une nouvelle proposition.
On leur demanderait également ce qu’ils comprennent de la photographie et de sa légende. Une réponse donnant un nom aux personnes serait à discuter : vient-elle d’une connaissance familiale extérieure au livre, ou d’une présentation qui suggère trop ? Si la famille apporte une identification documentée, c’est une nouvelle information à traiter pour les deux compositions. Si aucune identification n’est fournie, l’incertitude reste inscrite. L’exemplaire destiné à Mireille n’a pas une obligation de certitude différente de celui d’Yves.
Le relevé de cette discussion pourrait contenir quatre colonnes : tâche proposée, version consultée, difficulté décrite, modification à essayer. Il ne transformerait pas un avis individuel en garantie pour tous les lecteurs. « Je préfère la note près de la lettre » aiderait à choisir un emplacement ; « je trouve ce livre parfait » ne vérifierait pas chaque renvoi. Aucune de ces réponses n’a été recueillie dans notre exercice.
La remise de travail comprendrait finalement le contenu commun, la liste des différences A/B et les destinations de chaque objet. L’ambition est de partager le même livre de famille, avec un parcours que chacun peut examiner et discuter, sans retirer à un destinataire les sources, les images ou les nuances offertes aux autres.
Sources et périmètre documentaire
- UKAAF, Creating clear print and large print documents, G003 : texte des pages 3 et 6–18. Dates imprimées non univoques ; aucune figure examinée.
- RNIB, Large and giant print : article et passage sur les lecteurs numériques. Date d’édition non établie.
- UKAAF, images et diagrammes en grands caractères : résumé HTML de huit points seulement. Documents et exemples liés non examinés.
Consultation documentaire du 11 octobre 2026. Les repères, préférences et destinations A/B sont un exercice éditorial construit, sans client réel ni essai. Les trois documents appartiennent à deux institutions.