Lina prépare pour un livre privé un poème où six mots doivent revenir en fin de ligne. Elle choisit clef, table, lettre, fenêtre, main et matin. Noé l'aide à composer les phrases, mais elle lui confie une règle précise de déplacement entre les strophes. Reprendre les mots ne consiste pas à recopier les mêmes vers dans un autre ordre. Leur texte devra faire avancer une scène tout en retrouvant ces six fins, chacune une fois dans chaque groupe de six lignes.
Les trois poèmes consultés servent ici de repères de lecture, sans fournir notre permutation ni notre scène.
Shelley donne le poème Ozymandias.
Blake donne le poème The Tyger.
Wordsworth donne un poème dans cette édition.
Les personnages, le texte français et ses contraintes sont créés. Aucune lettre retrouvée, expérience de lecteur ou performance sonore n'est attestée. Les lignes ci-dessous ne traduisent pas les poèmes consultés. Nous n'imposons ni compte de syllabes ni schéma de rimes. Notre commande porte sur les mots terminaux, sur leur ordre et sur les phrases effectivement composées pour les recevoir.
Faire avancer la scène entre deux listes de fins
Lina commence par ces six lignes. Les blancs séparent les lignes du poème, sans donner six paragraphes de commentaire :
Lina cache sous le pot la clef
Noé, près d'elle, déplie la table
Elle n'envoie pas encore cette lettre
Il relève le store à la fenêtre
Puis attend son accord en ouvrant la main
Aucun d'eux ne sait où finit ce matin
Le premier geste place la clef sous le pot ; le troisième laisse une lettre sans envoi. La main ouverte n'a donc pas encore reçu la clef. Noé propose d'abord une deuxième strophe où il ouvrirait déjà la porte avec celle-ci. Lina refuse ce début : elle veut que la proposition de remise et la réponse apparaissent dans les paroles. Elle ne rajoute pas une note disant qu'il a pris l'objet entre deux strophes. Elle compose au contraire un geste de présentation, puis une main qui se ferme. La contrainte de mots terminaux laisse cette décision ouverte : elle ne commande ni prise ni refus.
La règle de passage reprend, dans l'ordre, les anciennes fins six, une, cinq, deux, quatre et trois. Après clef, table, lettre, fenêtre, main, matin, la deuxième strophe doit donc finir par matin, clef, main, table, fenêtre, lettre. Un simple décalage ferait commencer par matin, puis garderait table après clef ; il ne donnerait pas main à la troisième ligne. Noé corrige sa fiche avant de travailler les phrases. Il ne choisit pas une rotation commode comme si toutes les permutations répondant au même inventaire étaient permises. Les positions ont été fixées avec les six mots.
Lina décide enfin d'ouvrir ce matin
Du pot elle retire et présente la clef
Noé ne la prend pas ; il ferme la main
Elle y renonce et la repose sur la table
Le vent soulève un papier vers la fenêtre
Noé le retient : c'est la même lettre
La fin clef a changé de place, mais la deuxième ligne ne répète pas la cache sous le pot. Elle fait sortir l'objet et le propose. Pour terminer sur main, Noé avait écrit « Puis Noé la prend dans la main ». Lina remplace cette ligne par le refus composé : la main se ferme et la clef reste auprès d'elle. Cette intervention change aussi ce que peut reprendre « la repose » dans la ligne suivante. La clef vient d'être présentée puis refusée ; Lina peut la poser sur la table. S'il avait conservé la prise, la phrase aurait dû raconter une restitution avant cette pose, ou attribuer le geste à Noé.
Ils examinent alors un essai de la quatrième ligne : « Elle laisse la lettre sur la table ». Cette phrase finirait correctement, mais ne dirait plus où revient la clef. Lina veut faire rencontrer le refus de Noé avec sa propre décision de garder l'objet. Elle retient donc la pose de la clef et réserve le mouvement du papier aux deux dernières lignes. La même fin table peut recevoir ces deux phrases différentes ; leur conformité terminale ne décide pas laquelle poursuit le geste. Le texte choisi ne compte pas sur une table nommée une fois pour y installer automatiquement tout ce que la scène contient.
La dernière lettre pourrait être introduite par une répétition de « Elle n'envoie pas encore cette lettre ». Lina écarte cette solution. Elle veut que Noé agisse après avoir refusé la clef : il retient le papier que le vent vient de soulever. Elle compose cette retenue et garde la désignation « la même lettre », parce que le papier du début n'a pas été remplacé. Le retour du mot ne laisse ainsi pas le personnage exactement dans sa première attitude. Il refuse un objet proposé, puis empêche un autre objet de partir. Lina conserve ce contraste dans deux gestes remplis, sans lui ajouter une explication générale sur ce que Noé serait capable d'accepter.
Recomposer le sujet et le complément quand la place change
L'application suivante de la même règle donne lettre, matin, fenêtre, clef, table, main. Lina compose une troisième strophe avec ces fins :
Lina reprend et plie autrement la lettre
La feuille pliée n'annonce aucun autre matin
Elle l'écarte du bord de la fenêtre
Noé montre le pot où reviendrait la clef
Lina lui préfère un tiroir de la table
Elle y pose la clef et lui tend la main
Noé avait proposé « Elle y pose la lettre et lui tend la main » pour la dernière ligne. Le mot terminal serait resté main, mais le tiroir aurait reçu la lettre. Lina préfère que le papier reste disponible pour être ouvert au groupe suivant. Elle remplace le complément par la clef. Cette fois, la décision ne change aucun des six mots finaux. Elle change pourtant l'objet installé dans le tiroir et ce qui demeure auprès des personnages. Leur contrôle doit donc lire l'intérieur du vers après avoir vérifié son dernier mot. La liste terminale seule aurait accepté les deux propositions, alors qu'elles préparent deux suites différentes.
Le troisième vers écarte du bord la feuille qui vient d'être pliée. Dans une première copie, Noé avait écrit « Elle écarte le pot de la fenêtre ». Lina retire ce déplacement. Le pot sert encore de destination proposée dans le vers suivant ; elle n'a pas décidé de le transporter. Elle garde le papier comme complément et la fenêtre comme repère. Le vers reçoit bien une fin imposée, mais le groupe « du bord de » précise le rapport que la scène conserve. Remplacer une phrase par une autre qui possède le même dernier nom avait changé la personne ou l'objet en mouvement. Lina répare le complément, pas la règle des fins.
La cinquième ligne contient « lui préfère ». Lina choisit que ce pronom renvoie au pot montré juste avant, et que le tiroir lui soit préféré comme lieu pour la clef. Noé essaie « Elle préfère sa lettre à la table ». Cette phrase pourrait finir par table, mais comparerait deux objets plutôt que deux lieux possibles. Lina la rejette et conserve le choix d'un tiroir appartenant à la table. Elle a alors besoin que le dernier vers installe effectivement la clef dans ce tiroir. Les deux lignes sont travaillées ensemble : une préférence sans la pose laisserait le rangement proposé ; une pose sans le choix effacerait la réponse au pot montré.
La clef apparaît désormais au milieu de la dernière ligne, en plus de sa fin à la quatrième. Ce n'est pas une erreur sous la commande retenue. Les six mots doivent chacun terminer une ligne ; ils ne sont pas interdits ailleurs. Noé avait barré la seconde occurrence pour obtenir un texte où chaque mot serait utilisé une seule fois au total. Il avait alors laissé « Elle y pose et lui tend la main », sans complément pour la pose. Lina rétablit la clef au milieu. Elle conserve la répétition qui permet de nommer l'objet effectivement rangé, au lieu d'ajouter une contrainte absente puis de réparer les phrases par omission.
Les mêmes noms terminaux ne promettent pas les mêmes actes
La quatrième strophe reçoit main, lettre, table, matin, clef, fenêtre. Lina veut y faire ouvrir et lire le papier qui est resté disponible :
Noé touche un instant cette main
Puis demande à Lina d'ouvrir la lettre
Elle la rouvre à plat sur la table
Et lit le rendez-vous prévu pour ce matin
Ils ont laissé dans le tiroir la clef
Le store est relevé devant la fenêtre
Pour la première ligne, Noé avait simplement replacé « Il ferme la main » de la deuxième strophe. Lina refuse cette reprise, car elle ferait rencontrer la main tendue à une nouvelle fermeture. Elle choisit le contact bref. Cette ligne ne lui impose pas de prendre la clef : celle-ci est déjà rangée et la main est un geste différent. Le vers suivant porte alors une demande sur la lettre. Lina garde le contact puis la demande, sans composer « il accepte enfin tout ». L'ordre des mots de fin ne réclame pas une résolution globale ; elle peut rapprocher un geste accepté et une action demandée sans leur attribuer la même portée.
La fin table reçoit d'abord « Noé remet son refus sur la table ». Lina juge cette image trop éloignée du travail qu'elle veut raconter ici. Elle la remplace par l'ouverture du papier à plat. Ce choix lui permet de faire entrer ensuite la lecture du rendez-vous dans le poème. Elle ne conserve pas les deux phrases en donnant à la première une fonction décorative gratuite : elles dirigeraient l'attention vers des actes différents. Le texte retenu donne une surface à la lettre ouverte, puis des mots qu'elle contient. Le nom terminal commun ne rend pas la lecture interchangeable avec une formule sur le refus.
Lina écrit « ouvre » dans la demande et « rouvre » dans sa réponse. Noé lui montre que le papier venait d'être plié autrement au début de la troisième strophe : sa réouverture répond bien à cet état. Ils essaient néanmoins de retirer la pliure pour raccourcir le groupe précédent. La réponse « rouvre » perdrait alors ce changement d'état composé entre la retenue et la lecture. Lina conserve la pliure et la réouverture ensemble. Elle ne remplace pas « rouvre » par « ouvre » dans le seul groupe suivant en présentant le raccourcissement comme sans conséquence. Les fins lettre et table permettent chacune plusieurs verbes ; la décision porte sur leur relation effective entre deux strophes.
Choisir un nouveau geste pour un mot qui revient
Le cinquième groupe se termine par fenêtre, main, clef, lettre, matin, table. Lina l'écrit ainsi :
Un bruit leur fait regarder la fenêtre
Lina retire doucement sa main
Noé ouvre le tiroir et reprend la clef
Elle choisit de lui confier la lettre
Le papier reste offert à ce matin
Mais l'ombre d'un passant couvre la table
La troisième fin pourrait conserver exactement « Ils ont laissé dans le tiroir la clef ». Noé propose de garder cette phrase pour que l'objet ne change plus de place. Lina compose au contraire l'ouverture du tiroir et la reprise. Elle veut que Noé soit maintenant celui qui peut recevoir la clef, après son refus de la proposition directe. Elle ne réécrit pas cette proposition ancienne pour la rendre acceptée. Le geste nouveau vient chercher l'objet à son lieu de rangement. La reprise de clef conserve son identité, mais le sujet de l'action et les conditions de la prise ont changé.
Pour atteindre lettre à la ligne suivante, Noé suggère « Elle lui abandonne la lettre ». Lina compare cette formule à « Elle choisit de lui confier la lettre ». La première mettrait la séparation au premier plan ; elle veut composer une destination dont elle reste responsable du choix. Elle retient confier et prépare une indication au groupe suivant. Elle n'ajoute donc pas « pour Claire » à la fin de ce vers, car lettre doit rester son dernier mot. L'information sur Claire n'est pas perdue : Lina choisit de la placer dans une autre phrase, où elle pourra aussi terminer par lettre. La contrainte déplace l'énoncé de la destination sans décider que le pli serait remis sans consigne.
La deuxième ligne devait d'abord porter « Elle donne désormais sa main ». Lina la remplace par le retrait doux. Elle a déjà composé un contact bref ; elle veut maintenant libérer sa main au moment où elle confie le papier. Noé ne déduit pas que le retrait serait un retour au refus de la clef. Dans les lignes choisies, la personne qui retire sa main est Lina, alors que Noé avait fermé la sienne. Leur texte garde les sujets avec les gestes. Réemployer main en fin de ligne n'exige pas de reconduire la même attribution ni de transformer chaque retrait en réponse négative à toute la scène.
Donner une fin au parcours des six places
Le sixième groupe reçoit table, fenêtre, matin, main, lettre, clef. Lina le réserve à une indication de destination, après la prise et la remise proposées :
Noé saisit le papier sur la table
Du regard il suit l'ombre à la fenêtre
Lina ne lui promet que ce matin
Il garde la feuille dans une main
Elle nomme Claire pour recevoir la lettre
Il rend au tiroir entrouvert la clef
Lina distingue la reprise de la clef au groupe précédent et sa présence auprès du tiroir dans ce dernier vers. Noé avait écrit « Et part vers Claire en emportant la clef ». Elle retire cette sortie : elle souhaite terminer sur la destination donnée au papier, sans raconter encore sa remise ni faire de la clef un objet confié à Claire. Elle conserve la clef auprès du tiroir ouvert. Le poème a composé une prise, mais ne commande pas à Noé de garder ensuite l'objet. La phrase finale fixe le lieu où il demeure ; la fin clef n'est pas une obligation de conclure par un départ avec elle.
Ils essaient aussi « Elle nomme Claire après avoir reçu la lettre ». Le dernier mot est identique, mais Lina deviendrait destinataire d'une remise que le groupe précédent avait dirigée vers Noé. Elle préfère maintenir Noé porteur et Claire destinataire annoncée. Elle compose donc « pour recevoir » avec Claire comme personne visée par l'indication. Le contrôle de la phrase relie le sujet qui nomme, la personne nommée et l'objet à recevoir. Aucun de ces rôles ne se lit dans la seule colonne des fins. Lina garde le vers qui précise sa décision sans ajouter un geste de Claire absente du poème.
Composer trois lignes finales avec deux mots de la série dans chacune
Lina demande enfin une fin de trois lignes. Elle choisit trois couples dans la série initiale : clef avec table, lettre avec fenêtre, main avec matin. Dans chaque ligne, le premier mot du couple doit figurer à l'intérieur et le second à la fin. Noé ne peut donc pas livrer une liste de six noms au motif que tous seraient présents. Lina veut composer un rapprochement dans chacune des trois phrases. Elle essaie d'abord « Je laisse la clef et la table ». La fin serait table, mais la ligne annoncerait deux objets laissés ensemble. Elle la remplace par une relation de rangement.
La clef reste au tiroir de la table
La lettre attend loin de la fenêtre
Une main devra la porter ce matin
La deuxième ligne avait d'abord été « La fenêtre attend loin de la lettre ». Les deux mots y figuraient, mais la fin imposée fenêtre manquait ; surtout, la phrase attribuait l'attente à la fenêtre. Lina ne corrige pas seulement leur place par échange automatique. Elle choisit la lettre comme sujet et la fenêtre comme lieu dont le papier est éloigné. Cette phrase reprend la retenue et l'écartement déjà composés, tout en laissant la remise encore à venir. Pour la troisième, elle conserve une main sans nommer déjà Claire : porter la lettre avant sa réception est une action différente. Le dernier matin ferme ainsi une attente de transport, pas le récit d'une livraison accomplie.
Pour comparer, Lina compose une autre troisième ligne : « Ta main me rend ce matin ». Elle y retrouve les deux mots requis, mais n'y retrouve plus le transport du papier. Elle refuse cette clôture pour la proposition choisie. La formulation pourrait appartenir à un autre poème ; elle ferait ici passer du geste restant à une restitution imagée du temps. Lina préfère que sa fin ne détourne pas la lettre de sa destination annoncée. Elle conserve donc la ligne avec porter et laisse le pronom « la » rejoindre lettre au vers précédent. Le choix porte sur un enchaînement grammatical effectivement présent, plutôt que sur une préférence générale pour des mots concrets.
Une seconde proposition de fin conserve le rangement, mais avance la promesse : « Une main la portera ce matin ». Lina compare ce futur au devoir qu'elle avait composé. « Devra » laisse l'action nécessaire devant les personnages ; « portera » l'annonce comme accomplissement futur. Elle retient devra, parce qu'elle veut finir avant que Noé n'ait accepté dans les paroles une échéance de remise. Il tient déjà la feuille, mais cette prise ne contient pas à elle seule la promesse de la porter ce matin. La différence ne touche aucun des six noms de la règle. Elle touche le verbe que Lina place entre les mots imposés, et la réponse que le poème peut finalement donner.
Les six listes de fins parcourent chacune les six positions. La septième application de la permutation retrouverait l'ordre initial. Lina choisit néanmoins de s'arrêter après la sixième strophe et les trois lignes finales. Le retour possible de la règle ne fait pas revenir les personnages à la cache sous le pot. Leur texte a rangé puis repris la clef, retenu puis confié la lettre, touché puis retiré une main. Noé conserve ce parcours dans le livre privé avec ses lignes composées. Il ne livre pas une septième copie du début pour transformer la fermeture d'une liste de positions en retour automatique des gestes.
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