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Une énumération dans un livre familial : composer le mouvement de la phrase

Les dossiers de la Maison · Images, objets et documents

Parlons de votre livre
Lettres, photographies et épreuves sur une table de travail éditorial
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Images, objets et documents · 20 min de lecture

Une phrase peut réunir trois objets et choisir pourtant un centre très différent selon la manière de les nommer. Le carnet vient avant les vêtements, après eux ou dans une petite phrase qui lui appartient. Rien n’a changé dans la valise ; ce que le passage prend le temps de présenter a changé. Dans un livre familial, une énumération devient ainsi une décision de récit. Elle peut rassembler, faire attendre un détail, rapprocher des choses dissemblables ou s’arrêter avant que l’accumulation prenne toute la place.

Nous composons des phrases originales pour un livre fictif préparé par Nora. Les lieux, les objets, les départs et les proches sont entièrement créés. Aucun inventaire ancien ni témoignage familial n’est transcrit. Nous ne définissons ni une règle grammaticale générale ni un effet mesuré auprès de lecteurs. Les propositions seront comparées selon ce que Nora souhaite mettre au premier plan dans chaque passage.

Cros, Le Hareng saur : le poème nomme un hareng.

Rimbaud, Les Corbeaux : le poème s’adresse aux oiseaux.

Baudelaire, Les Hiboux : des hiboux sont présentés.

Ces textes ont été lus dans les portées conservées au dossier, sans examen des images. Leurs vers, leurs personnages et leurs formes répétées n’entrent pas dans nos phrases. Les vêtements, les pièces de maison et les scènes suivantes sont des matériaux créés pour cette comparaison ; ils ne constituent pas des interprétations de ces poèmes.

Donner une place au détail que l’on souhaite retrouver

Nora crée une scène de départ où elle ferme une valise contenant une chemise, des chaussettes et un carnet. Le passage doit faire rencontrer ce carnet avant de raconter une lecture dans le train. Tous les objets sont déjà rangés au début de la scène. L’énumération ne servira donc pas à raconter successivement leur placement dans la valise.

Elle compose d’abord : « J’emportais mon carnet, une chemise et des chaussettes. » La phrase nomme le carnet immédiatement, puis termine sur les vêtements. Nora essaie l’ordre inverse : « J’emportais une chemise, des chaussettes et mon carnet. » Elle préfère cette seconde proposition pour son passage. Les premiers noms installent le contenu ordinaire d’un départ ; le carnet arrive ensuite comme le détail qu’elle veut reprendre. Elle n’écrit pas que ce dernier emplacement lui donnerait toujours davantage d’importance. Dans sa suite choisie, la phrase suivante commence justement par lui : « Je l’avais gardé près de la fermeture pour le retrouver dans le train. » Le dernier terme reçoit ainsi un prolongement réellement composé.

Nora compare une troisième formulation : « J’emportais une chemise et des chaussettes. Mon carnet était près de la fermeture. » Le carnet sort maintenant de la liste et reçoit sa propre présentation. Cette version donne plus nettement sa place matérielle, mais Nora trouve qu’elle sépare trop vite les objets pour l’ouverture brève qu’elle souhaite. Elle retient la seconde phrase longue, puis son prolongement sur la fermeture. La différence ne porte plus seulement sur trois positions de mots : une proposition rassemble encore le contenu, tandis que l’autre change d’objet de phrase après les vêtements.

Elle essaie aussi « J’emportais une chemise, des chaussettes et, surtout, mon carnet ». Le mot surtout annoncerait explicitement une préférence. Nora l’écarte, car elle souhaite laisser la reprise suivante accomplir ce travail. Elle garde le carnet en fin de liste et conserve la phrase sur sa place accessible. Elle n’ajoute donc pas un commentaire de valeur avant que le lecteur rencontre l’usage prévu. Le choix est précis : faire apparaître le détail à la fin, puis lui donner une suite, plutôt que l’isoler par une déclaration d’importance au milieu de l’énumération.

Pour un autre extrait, consacré cette fois au contenu pratique de la valise, Nora choisit la première version. Le carnet y figure toujours, mais la phrase termine sur les vêtements avant de poursuivre avec leur rangement à l’arrivée. Elle ne présente pas ce retour comme une correction de la version du train. Les deux passages partent du même contenu et lui donnent des continuations différentes. La dernière place convient à ce que chacun va reprendre ; elle ne fournit pas un classement définitif des objets dans la vie de la narratrice.

Une personne parmi les meubles change le ton du départ

Dans une autre scène créée, Nora quitte une maison où sa sœur reste. Un fauteuil et une lampe demeurent dans la pièce qu’elles viennent de traverser. Nora souhaite raconter son départ avec un certain malaise, sans dire que sa sœur serait un objet abandonné. Le passage appartient à une voix fictive dont nous choisissons les formulations, pas à une parole familiale recueillie.

Elle écrit : « Je laissais derrière moi le fauteuil, la lampe et ma sœur. » La coordination rapproche les trois termes sous le même geste verbal. Nora trouve cette phrase trop dure pour sa voix : elle souhaitait nommer ensemble ce qui reste, mais la sœur reçoit maintenant le même traitement syntaxique que les meubles. Elle compare « Je laissais le fauteuil et la lampe ; ma sœur restait près de la porte ». Les deux objets demeurent réunis, puis la personne reçoit un verbe et une position qui lui appartiennent. Nora choisit cette seconde proposition. La sœur n’est plus seulement le dernier élément de ce que la narratrice laisse ; elle reste un personnage présent dans la scène.

Nora essaie pourtant une autre voix, volontairement plus sèche : « Le fauteuil, la lampe, ma sœur : j’avais appelé cela ce qui restait. » Cette rédaction ne donne plus la liste comme une description tranquille. Elle fait de la manière de ranger les termes un jugement de la narratrice sur sa propre ancienne formule. Nora peut l’utiliser dans un passage où elle veut revenir sur cette dureté. Pour le départ immédiat, elle ne la retient pas : l’examen de sa phrase prendrait la place du regard vers la porte. Elle garde donc la liste des meubles et la phrase distincte concernant sa sœur.

Une troisième proposition inverse le rapprochement : « Ma sœur restait là, avec le fauteuil et la lampe ». Nora remarque que la personne devient cette fois le centre autour duquel la pièce se maintient. Elle développe une suite : « Elle avait posé sa main sur l’accoudoir ; la lampe éclairait son poignet. » Cette composition donne aux deux objets une relation avec la personne, plutôt qu’une place égale dans une liste de choses laissées. Nora préfère cette variante pour un portrait de sa sœur après le départ, mais conserve la précédente pour la scène où elle traverse encore le seuil.

Le choix final garde donc deux formulations situées. Dans le départ, les meubles sont laissés et la sœur reste près de la porte. Dans le portrait suivant, elle demeure au centre d’un rapprochement avec le fauteuil et la lampe. Nora n’a pas besoin de remplacer tous les noms de la maison par des sentiments pour rendre sa sœur présente. Elle a changé la manière de relier la personne aux objets, puis composé les gestes et détails qui justifient ce nouveau centre.

Accumuler des sensations ou leur donner plusieurs moments

Nora imagine maintenant un retour dans une maison où trois éléments sont donnés : une odeur de soupe vient de la cuisine, des pas se font entendre dans l’entrée et une voix appelle son prénom. Elle veut d’abord préparer une ouverture très resserrée. La scène n’a pas besoin d’une enquête sur ce qu’elle reconnaît ; les sensations et la parole appartiennent expressément au cas créé.

Sa première phrase est : « Je retrouvais l’odeur de soupe, les pas dans l’entrée et mon prénom dans une voix. » Elle réunit les trois éléments sous retrouvais. Nora aime la présence du prénom à la fin, mais trouve que l’ensemble présente déjà une familiarité commune qu’elle n’avait donnée qu’à l’odeur. Elle compose donc : « L’odeur de soupe m’était familière ; dans l’entrée, j’entendais des pas et une voix qui disait mon prénom. » La deuxième proposition garde une accumulation sonore après une reconnaissance olfactive distincte. Le retour ne fait plus de toutes les perceptions trois reconnaissances identiques.

Nora compare cette phrase à une composition plus développée : « L’odeur de soupe arrivait jusqu’au vestibule. J’entendais des pas dans l’entrée. Puis une voix disait mon prénom. » Elle donne maintenant le puis comme une donnée nouvelle de cette version : la voix intervient après les pas. Elle choisit cette succession pour le passage développé, où elle veut que la parole interrompe son écoute. Les trois phrases ne sont donc pas simplement la liste initiale écrite verticalement. Elles ont reçu une progression que Nora a décidé d’ajouter et qu’elle ne transporte pas dans l’ouverture courte.

Pour celle-ci, Nora conserve la phrase réunissant les pas et la voix, sans le puis. Elle essaie « des pas, une voix, enfin mon prénom » mais l’écarte : enfin ferait du prénom le terme d’une attente que l’extrait n’a pas racontée. Elle préfère laisser la parole nommer directement la narratrice. Dans la scène développée, au contraire, elle peut préparer l’attente en donnant un temps d’écoute avant l’appel. La différence tient aux phrases effectivement composées autour de la liste, pas à une propriété magique du troisième terme.

Nora retient les deux versions pour deux usages distincts. L’ouverture courte rassemble une reconnaissance et des sons ; la scène longue fait arriver la voix après les pas. Elle ne promet pas que tous les lecteurs entendront leur rythme de la même façon. Elle peut montrer ce qu’elle a choisi : un lien verbal commun dans un passage, des débuts de phrases séparés et une suite ajoutée dans l’autre. C’est assez pour comparer les deux compositions sans leur inventer un résultat d’écoute.

Répéter le verbe peut donner plusieurs engagements

Dans un passage sur la préparation du livre, Nora souhaite nommer trois décisions qu’elle prend : garder une lettre, laisser une page libre et retirer une note. Elles concernent des parties différentes du projet et sont toutes données. Nora hésite entre les rassembler sous un seul sujet ou faire apparaître sa voix à chaque début. Il ne s’agit ni d’un refrain à chanter ni d’une colonne d’initiales à construire.

Elle propose « Je garde une lettre, une page libre et une note retirée ». La phrase ne convient pas à son intention. Le verbe garde rassemble maintenant des états très différents ; la note retirée paraît devenir une chose conservée, et laisser la page libre a perdu son acte propre. Nora écrit : « Je garde la lettre, je laisse une page libre, je retire la note. » Les débuts répétés portent désormais trois verbes effectivement différents. La phrase n’exige plus que le dernier adjectif corrige à lui seul le sens du premier verbe. Elle fait entendre la personne qui choisit à chaque étape de sa formulation.

Nora compare une version sans répétition du pronom : « Je garde la lettre, laisse une page libre et retire la note ». Les trois actions demeurent, mais leurs débuts se présentent comme une suite plus liée. Elle choisit cette formulation pour une note brève de préparation. Pour le passage du récit, elle maintient les trois je, parce qu’elle veut insister sur les décisions assumées séparément. Elle ne donne pas à cette répétition une force universelle ; elle peut montrer l’engagement qu’elle souhaite porter par trois prises de parole voisines.

Une autre proposition commence par « Nous gardons la lettre, nous laissons une page libre, nous retirons la note ». Nora la refuse pour ce passage. Les décisions sont les siennes dans le cas donné ; répéter nous ne les rend pas collectives par le seul rythme. Ce rappel d’attribution reste bref. Nora revient aux trois je et travaille plutôt la fin : « Je retire la note, mais je garde la question qu’elle posait ». Elle crée expressément cette question encore conservée pour la version révisée. La dernière décision obtient alors une réserve qui lui appartient, au lieu d’un retour mécanique de tout le premier groupe.

Nora choisit finalement les deux premières propositions initiales, puis la dernière phrase avec sa réserve. Elle sépare cette fin par un point : « Je garde la lettre, je laisse une page libre. Je retire la note, mais je garde la question qu’elle posait. » La répétition change de portée dans la composition choisie. Les deux premiers débuts se suivent ; le dernier ouvre une phrase capable de porter son contraste intérieur. Nora n’a pas conservé trois membres symétriques à tout prix. Elle a laissé la décision la plus nuancée prendre une forme différente.

Un terme abstrait peut arrêter le catalogue

Pour raconter un déménagement fictif, Nora dispose maintenant de trois objets effectivement emportés : un tapis, une lampe et deux livres. Elle souhaite aussi dire qu’elle part en laissant une question ouverte avec sa sœur. La question n’est pas un quatrième objet dans le véhicule ; elle appartient à leur échange créé. Nora cherche une phrase courte où les choses et cette difficulté pourront se rencontrer.

Elle écrit : « J’emportais un tapis, une lampe, deux livres et une question ». Le dernier terme quitte la série des objets matériels. Nora retient provisoirement cette rupture pour une voix qui rapproche son départ pratique et ce qu’elle continue à penser. Elle compose une suite : « Les livres avaient leur carton ; je ne savais pas encore comment reprendre notre échange. » La phrase suivante donne ainsi deux traitements différents à ce qui vient d’être énuméré. La question n’attend pas le même rangement que les livres. Nora n’a pas besoin d’annoncer que tout le tapis serait une image pour accepter une liste qui change de registre à son terme.

Elle essaie pourtant « J’emportais une question, un tapis, une lampe et deux livres ». Cette autre suite finit sur les objets plutôt que sur la difficulté. Nora lui donne un prolongement différent : « J’avais fermé le dernier carton ; je lui écrirais quand je serais arrivée. » Elle choisit maintenant une parole future après une clôture pratique. La question n’est pas effacée, mais elle ne termine plus le mouvement de la première phrase. Nora garde cette proposition pour un passage qui s’attache au déménagement accompli avant d’ouvrir un échange possible.

Une troisième composition sépare franchement les deux registres : « J’emportais un tapis, une lampe et deux livres. Je gardais notre question sans réponse. » Nora compare cette version à la première. La séparation rend la difficulté plus explicite, mais elle retire la rencontre brusque entre la dernière chose nommée et les objets. Pour la courte ouverture qu’elle a choisie, elle préfère la première phrase et sa suite sur le carton. Elle réserve la formulation séparée à un commentaire plus posé. Les trois versions ne nécessitent pas trois questions différentes : elles ont donné trois places verbales à celle du cas créé.

Nora refuse enfin « un tapis de questions, une lampe de regrets et des livres de silences ». Cette proposition développerait trois images nouvelles, précisément ce qu’elle ne souhaitait pas faire ici. Elle ferait disparaître les objets ordinaires qui donnent au départ sa matière pratique. Nora conserve le tapis, la lampe et les livres comme les choses emportées, avec une seule sortie du registre matériel au dernier terme. Le contraste tient à cette différence maintenue ; le transformer partout en métaphore retirerait ce qu’elle avait voulu rapprocher.

Modifier l’ampleur sans ajouter une autre promenade

Nora compose un dernier passage sur une maison quittée après une visite. Trois étendues sont données : une chambre, le couloir qui la dessert et l’aile où ils se trouvent. Elle souhaite terminer sur l’impression d’un espace devenu trop grand pour cette visiteuse fictive. Nous créons expressément cette impression, sans la déduire de la taille réelle d’un bâtiment ni prétendre l’avoir recueillie auprès de quelqu’un.

La première proposition dit : « Je quittais une chambre, un couloir, une aile entière ». Nora remarque que la liste élargit progressivement le nom des lieux. Elle développe « La porte de la chambre s’était refermée ; je regardais encore les fenêtres de l’aile ». Le passage rapproche maintenant un détail fermé et une étendue qui reste au regard. Pour cette version, Nora veut ce mouvement d’ampleur et choisit de garder l’aile à la fin. Elle ne raconte pas trois départs successifs : les noms présentent des parties emboîtées de la maison dont elle vient de sortir.

Elle compare l’inverse : « Je quittais l’aile, le couloir, cette chambre ». La dernière désignation se resserre et reçoit un démonstratif. Nora lui donne une suite précise : « C’était là que j’avais posé mon carnet pendant notre conversation ». Elle choisit cette deuxième proposition pour un extrait centré sur cette pièce. La liste quitte l’étendue générale pour rejoindre un endroit déjà chargé d’un geste créé. Nora n’ajoute pas davantage de fenêtres à la première version pour lui donner artificiellement plus de présence ; elle compare deux directions de phrase avec leurs prolongements propres.

Une autre variante tente « une chambre vide, un couloir silencieux, une aile abandonnée ». Nora la retire. Les trois qualificatifs agrandissent la solitude en donnant trois états que la visite n’avait pas fournis. Pour conserver son impression sans les présenter comme un état de chaque lieu, elle compose : « L’aile me paraissait trop grande pour notre conversation si brève ». Cette phrase porte sur le regard de la visiteuse. Nora la place après la première version, dont elle garde les lieux sans nouveaux adjectifs. Le passage peut exprimer l’écart qu’elle souhaite créer sans remplir toute la maison d’un abandon supplémentaire.

Pour la remise du livre, Nora retient l’extrait centré sur la chambre et sa suite concernant le carnet. Elle garde séparément la première version pour le passage sur l’impression d’ampleur. Elle ne cherche pas à réunir les deux ordres dans une liste répétant tous les lieux. L’une s’élargit, l’autre se resserre, et leurs fins ont été effectivement écrites. Un cadre de récit peut accueillir les deux regards à deux endroits ; une seule phrase ne doit pas les faire passer pour un même mouvement suivi.

Faire entendre les paires à l’intérieur de la liste

Nora ajoute un passage fictif sur une table mise pour deux personnes. Elle y dispose un bol avec sa soucoupe, une tasse avec sa petite assiette et deux cuillères posées ensemble. Elle veut présenter trois ensembles, sans raconter un service successif. Le premier essai les déroule pourtant comme six objets : « Le bol, la soucoupe, la tasse, la petite assiette et les deux cuillères occupaient la table. »

Elle compose plutôt : « Le bol et sa soucoupe, la tasse et sa petite assiette, les deux cuillères occupaient la table. » Les deux premiers et attachent chacun un accessoire au récipient qui le précède. Les virgules séparent ensuite ces couples au lieu de séparer chaque objet. Nora compare cette phrase à « Le bol, sa soucoupe, la tasse, sa petite assiette, les deux cuillères occupaient la table ». Les possessifs y maintiennent des relations, mais la ponctuation fait repartir la voix à chaque nom. Elle retient les liaisons internes pour que la lecture avance par ensembles ; elle garde la liste déliée pour un inventaire qui appellerait chaque pièce séparément.

Nora essaie ensuite de fermer la liste : « Le bol et sa soucoupe, la tasse et sa petite assiette et les deux cuillères occupaient la table. » À la fin, deux et voisins travaillent à des niveaux différents. Le premier unit la tasse à son assiette ; le second rattache les cuillères aux ensembles précédents. Pour son court passage, Nora préfère rendre ces niveaux plus faciles à entendre : « Sur la table : le bol avec sa soucoupe, la tasse avec sa petite assiette et les deux cuillères. » Avec prend en charge les associations internes ; et peut désormais annoncer le dernier groupe. Le changement conserve les pièces et leurs rapports, tout en donnant des fonctions distinctes aux mots qui les lient.

Elle veut enfin une version où chaque groupe reçoit le même départ : « Il y avait le bol avec sa soucoupe, il y avait la tasse avec sa petite assiette, il y avait les deux cuillères. » Les trois reprises ralentissent la présentation ; elles donnent aux cuillères une entrée aussi développée qu’aux deux couples. Nora choisit cette voix pour un personnage qui considère la table avec application. Dans le récit plus rapide, elle retient la phrase commençant par « Sur la table ». Répéter seulement « avec sa » aurait souligné les accessoires sans donner cette présence égale aux groupes. Nora compare ainsi deux endroits possibles de la répétition, à l’intérieur des couples ou au début de chaque ensemble, plutôt que d’allonger indistinctement toute la liste.

Arrêter une liste avant de la commenter deux fois

Nora relit la première valise. Elle avait ajouté : « Une chemise, des chaussettes, mon carnet : tout ce qu’il me fallait, tout mon départ, toute ma vie ». Elle retire cette fin. Les trois reprises de tout donnent des ampleurs différentes, sans matière supplémentaire pour les soutenir. Elles font aussi perdre la place précise du carnet près de la fermeture, qu’elle avait choisie pour sa suite. Nora revient à la liste courte et au geste prévu dans le train. Ce retour ne complète pas un inventaire de toute sa vie ; il choisit ce qui suffit à cette entrée de récit.

La phrase retenue n’a pas besoin d’être débarrassée de toute liste. Elle rassemble les vêtements et le carnet, puis laisse ce dernier donner au passage sa continuation. Ailleurs, Nora a choisi une personne hors des meubles, plusieurs verbes assumés ou un terme abstrait au bord des choses emportées. Ces choix concernent des phrases particulières, dont les contreversions restent lisibles. Le livre familial fictif gagne un mouvement décidé dans ses mots, sans confondre la longueur d’une énumération avec l’ampleur réelle de l’histoire qu’elle raconte.

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