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Construire l’index des personnes d’un livre familial

Les dossiers de la Maison · Fabriquer et conserver

Parlons de votre livre
Lettres, photographies et épreuves sur une table de travail éditorial
Éditions privées

Fabriquer et conserver · 12 min de lecture

Vous avez refermé le livre de famille, puis quelqu’un vous demande où se trouve la lettre de Madeleine. Vous vous souvenez du chapitre, peut-être de la photographie voisine. Votre neveu, qui découvre le volume, ne dispose pas de ces repères. Un index des personnes lui donne une autre entrée dans le récit : il peut chercher un nom, rejoindre un passage et continuer sa lecture à partir de là. Cet outil discret transforme un ouvrage que l’on parcourt une fois en livre auquel on revient.

Les identités doivent être suffisamment établies avant ce travail. Le dossier Suivre une personne sous plusieurs noms explique l’enquête nécessaire pour rapprocher des formes rencontrées dans les archives. Ici, nous fabriquons l’index d’un texte déjà rédigé. Le manuscrit, les personnes, les parentés et les pages de l’atelier sont entièrement fictifs. Ils permettent de vérifier les opérations sans présenter une commande client ni un logiciel testé.

Définir ce que le lecteur pourra retrouver

Un sommaire suit les parties du livre. Un arbre montre des relations entre personnes. L’index que nous proposons conduit aux passages où une personne intervient de manière significative. Il ne remplace aucun des deux autres outils. Le lecteur qui cherche Madeleine ne doit pas devoir connaître à l’avance le chapitre dans lequel elle apparaît. En revanche, l’index n’a pas à résumer toute sa vie ni à réunir des faits absents du volume.

Écrivez d’abord une courte règle de travail. Pour notre livre, nous retenons les personnes qui sont décrites, qui agissent dans une scène documentaire ou dont une pièce est commentée. Une mention passagère peut rester hors de l’index. Les légendes sont incluses lorsqu’elles apportent une information utile sur la personne. Cette règle appartient à l’atelier ; un autre volume peut souhaiter un relevé plus exhaustif. L’essentiel est de décider avant de commencer, puis de suivre le même périmètre.

UCL Press invite à construire l’index depuis les épreuves paginées et à sélectionner des passages pertinents plutôt que toutes les occurrences d’un mot. Son guide distingue également les renvois et les destinations de lecture. Ce sont des consignes d’un éditeur britannique, dont nous ne reprenons ni délais ni proportions de longueur comme obligations familiales. UCL Press, Indexing guidelines.

On peut préparer les noms avant la composition, mais leurs pages restent provisoires. Dans le fichier de travail, séparez donc l’entrée choisie de son emplacement actuel. Ajoutez un bref motif : portrait, lettre, action décrite, légende substantielle. Ce motif vous aidera à comprendre pourquoi une page a été retenue lorsque le texte aura changé. Il évite aussi de confondre une personne véritablement racontée avec un nom rencontré dans une liste.

Partir de passages dont on connaît la destination

Voici six fragments d’un même manuscrit fictif préparé par Lucie. Les numéros sont ceux de la première maquette de notre exercice. Les passages éloignés les uns des autres appartiennent au même volume ; aucun contenu supplémentaire n’est supposé pour justifier l’index.

Page 14 — La cuisine. « Madeleine Vidal, née Dubois, est la grand-mère de Lucie. Dans ses souvenirs d’enfance, Lucie l’appelle Mamie Madeleine. Chaque mercredi, Madeleine rangeait les petits pains dans un panier posé près de la fenêtre. Elle préparait une place pour chaque enfant, puis gardait sur le coin de la table le carnet des achats. Lucie raconte cette organisation parce que le panier et le carnet apparaissent aussi sur une photographie commentée dans ce chapitre. »

Page 18 — Le portail. « Henri Martin, grand-père de Lucie, avait repris le portail du jardin. Le cahier présenté sur cette page contient ses mesures, un dessin des deux battants et une liste des pièces nécessaires. Le récit suit les étapes de ce travail, depuis le relevé jusqu’à l’essai d’ouverture. Il donne à Henri une place précise : celle de l’auteur de cette réparation documentée. »

Page 19 — Une liste. « Au bas de la liste des anniversaires conservée dans le carnet figure encore le nom d’Henri Martin, le grand-père de Lucie. Cette liste est mentionnée comme un autre usage du cahier ; elle n’apporte dans ce passage aucune information développée sur Henri. »

Page 42 — Le tri des photographies. « Un autre Henri Martin, cousin de Lucie, a organisé bien plus tard le classement des photographies de la maison. Il a réparti les enveloppes par pièce et conservé les inscriptions anciennes sur des fiches séparées. Alice, une voisine, lui a prêté une grande table. Le chapitre décrit surtout le travail d’Henri et les choix de rangement qu’il a expliqués à Lucie. »

Page 43 — Les fiches de classement. « Le récit poursuit ce travail du cousin Henri Martin. Chaque fiche relie l’enveloppe, le numéro de l’image et la description conservée. Un exemple montre comment il a signalé une date incertaine sans la remplacer par une année inventée. La reproduction de sa fiche termine cette présentation du classement. »

Page 64 — Une lettre. « Madeleine Vidal écrit à sa fille après un séjour dans la maison familiale. La lettre reproduite parle du retour, du jardin laissé aux enfants et des nouvelles qu’elle souhaite recevoir. Le commentaire relève ces trois sujets et situe la correspondante grâce à l’enveloppe conservée. Il ne décrit pas les activités de la cuisine présentées ailleurs dans le livre. »

Notre première liste d’occurrences pourrait porter « Henri Martin : 18, 19, 42, 43 », « Madeleine : 14, 64 » et « Alice : 42 ». Elle est rapide à produire, mais elle mélange deux Henri et ne dit pas pourquoi l’on rejoint ces pages. Le travail commence précisément lorsqu’on quitte cette simple liste pour créer des accès compréhensibles.

Donner une entrée propre à chaque personne

Les deux Henri sont déjà distingués dans le manuscrit : l’un est le grand-père de Lucie, l’autre son cousin. Nous gardons cette différence dans les entrées. Le qualificatif se rapporte toujours à Lucie, dont le nom doit rester visible. « Grand-père » seul serait moins clair pour un lecteur appartenant à une autre branche. L’index n’établit pas ces parentés ; il utilise ce que les fragments indiquent explicitement.

La norme américaine ANSI/NISO Z39.4-2021 prévoit de relier les formes d’un nom et de distinguer les homonymes par des précisions disponibles. Elle évoque aussi la parenté dans les index biographiques. Ses conventions linguistiques sont américaines. Nous retenons ce principe de distinction, sans en déduire une règle universelle pour les noms français. NISO, Criteria for Indexes, section 8.2.5.1.

Dans notre feuille de travail, nous écrivons donc deux lignes séparées : « Martin, Henri (grand-père de Lucie) » et « Martin, Henri (cousin de Lucie) ». La première reçoit la page 18 ; la seconde les pages 42–43. Le tiret indique ici une présentation qui se poursuit d’une page à l’autre. Il ne signifie pas que toutes les pages situées entre deux mentions dispersées parlent de la personne.

La page 19 est écartée selon le périmètre annoncé : elle ne développe pas Henri, mais mentionne son nom dans une liste. Alice ne reçoit pas non plus d’entrée pour cette seule intervention accessoire. Ce sont des décisions de notre index sélectif, à réexaminer si le manuscrit leur donne ensuite davantage de place. Nous n’effaçons pas leurs noms du texte. Nous choisissons les destinations qui répondent à l’usage promis au lecteur.

Un nom dont l’identité demeure inconnue demande une autre décision. Gardez-le distinct et indiquez la difficulté dans le texte ou dans une note adaptée. Un renvoi ne doit pas présenter comme certaine une liaison que le récit laisse ouverte. Le confort de consultation ne justifie pas de réunir deux personnes hypothétiques. Si l’enquête évolue, reprenez d’abord le manuscrit, puis les entrées touchées.

Relier les appellations sans multiplier les personnes

Madeleine apparaît sous un nom d’usage, un nom de naissance et une appellation affectueuse. La page 14 établit leur relation dans notre cas fictif. Nous choisissons « Vidal, Madeleine (née Dubois) » comme entrée principale parce que le récit emploie ensuite Madeleine Vidal dans la lettre. « Dubois, Madeleine » et « Mamie Madeleine » deviennent des chemins vers cette entrée. Les trois formes ne produisent pas trois biographies.

Les deux passages consacrés à Madeleine ont des fonctions différentes. Une ligne unique « 14, 64 » fonctionnerait, mais deux sous-entrées rendent le choix plus rapide : « cuisine et carnet des achats, 14 » ; « lettre à sa fille, 64 ». Le lecteur qui cherche la lettre rejoint directement la bonne page. Aucun nombre obligatoire de références ne commande ce découpage. Il répond à deux demandes de lecture présentes dans l’exemple.

Dans une question consacrée aux sous-entrées, le Chicago Manual of Style distingue l’ordre dans lequel un nom est affiché et son classement par patronyme. Cette réponse limitée se réfère à sa dix-huitième édition de 2024 ; nous n’en faisons pas un manuel du tri français. Chicago, question sur les noms dans les sous-entrées.

Pour notre mini-index, nous affichons les entrées principales sous la forme nom, prénom, et nous les rangeons suivant les mots présentés. Les expressions de sous-entrée restent des formulations courtes dans leur ordre naturel. Ce choix déclaré suffit à l’exercice. Dans un volume comportant des noms composés, des particules ou plusieurs écritures, convenez du classement avec la personne chargée de l’index et contrôlez sa cohérence ; n’improvisez pas une règle différente à chaque difficulté.

Le premier état de l’index peut maintenant se lire ainsi :

Dubois, Madeleine — voir Vidal, Madeleine (née Dubois).

Mamie Madeleine — voir Vidal, Madeleine (née Dubois).

Martin, Henri (cousin de Lucie) — classement des photographies, 42–43.

Martin, Henri (grand-père de Lucie) — réparation du portail, 18.

Vidal, Madeleine (née Dubois) — cuisine et carnet des achats, 14 ; lettre à sa fille, 64.

Les deux renvois aboutissent à une entrée qui existe et qui porte des destinations. Cette entrée ne renvoie pas à son tour vers les appellations de départ. Nous évitons ainsi la boucle qui ferait circuler le lecteur entre deux noms sans jamais lui donner une page. « Voir » conduit ici à l’entrée retenue. « Voir aussi » servirait à proposer un rapprochement supplémentaire après un accès déjà utilisable ; nous n’en ajoutons pas dans cet exemple, qui n’en a pas besoin.

Reprendre les numéros après un changement de maquette

Mettre à jour la destination d’un index familial Exercice fictif. Mamie Madeleine renvoie à Vidal, Madeleine. La sous-entrée de la lettre passe de la page 64 dans la maquette A à la page 66 dans la maquette B. Un nom, une entrée, une destination Mamie Madeleine ↓ voir Vidal, Madeleine (née Dubois) Lettre à sa fille A : page 64 → B : page 66 Maquette B : renvoi conservé, page corrigée

Lucie ajoute une double page illustrée avant la lettre. Dans le deuxième état de notre maquette, le fragment qui portait le numéro 64 se trouve désormais page 66. Les pages 14, 18, 19, 42 et 43 restent inchangées. Ce déplacement est la seule modification de pagination de l’exercice. L’index doit suivre la page d’arrivée de la lettre, même si le fichier de travail conserve encore son ancien repère.

La ligne « lettre à sa fille, 64 » devient donc « lettre à sa fille, 66 ». Les renvois depuis Dubois et Mamie Madeleine restent identiques : ils conduisent à l’entrée principale, dont la destination a été corrigée. Il n’est pas nécessaire de recopier le numéro 66 derrière chaque appellation. Notre schéma d’accès possède un point de mise à jour clair, ce qui réduit les occasions de laisser deux versions contradictoires.

Ne supposez pourtant pas qu’un déplacement agit toujours de cette façon simple. Une insertion peut décaler plusieurs pages ; une modification de mise en page peut répartir autrement un passage. Après composition, rouvrez chaque destination concernée et regardez où commence réellement le contenu recherché. Une formule de décalage peut aider au travail, mais elle ne remplace pas cette lecture. Pour une longue séquence, vérifiez aussi les deux extrémités du parcours annoncé.

Conservez le deuxième état de l’index avec l’identification de la maquette qu’il décrit. Dans notre exercice, l’état A portait la lettre page 64 ; l’état B la porte page 66. La personne qui prépare les fichiers d’impression doit recevoir l’état B, et non un document simplement nommé « index final » parmi plusieurs copies. Le numéro de version donne un repère commun au livre et à son outil de navigation.

Tester les chemins avec un lecteur qui découvre le livre

Effectuez trois essais concrets sur la maquette composée. Cherchez d’abord Mamie Madeleine. Le renvoi doit mener à Vidal, puis la sous-entrée de la lettre à la page 66 dans l’état B. Cherchez ensuite Henri, le grand-père de Lucie : la destination doit montrer le portail page 18, sans vous envoyer vers le classement des photographies. Cherchez enfin le cousin : les pages 42–43 doivent présenter son travail de rangement et sa fiche.

Ces essais contrôlent davantage qu’une colonne de numéros. Ils vérifient que la personne est bien celle annoncée, que le sujet correspond à la sous-entrée et que le renvoi aboutit. Demandez à quelqu’un qui n’a pas préparé l’index de refaire les chemins. Notez ses hésitations devant les intitulés. Une entrée peut être techniquement exacte et néanmoins incompréhensible pour un descendant qui connaît surtout les surnoms.

Le test doit également porter sur l’index imprimé ou sur sa dernière épreuve. Une ligne rejetée sur la page suivante, un qualificatif séparé du nom ou une sous-entrée trop serrée peut rendre le résultat difficile à parcourir. Cherchez un rythme lisible, avec une différence nette entre entrée et précision. L’index partage les exigences de présentation du volume ; il mérite une relecture après sa propre composition.

Le dossier Transmettre à ses enfants présente l’index comme une annexe qui rend le livre disponible à plusieurs façons de lire. Notre atelier lui donne une réalisation précise. Le lecteur pourra revenir à une lettre, reconnaître une personne ou retrouver une activité sans recommencer tout le récit. C’est une forme de transmission très concrète : laisser avec l’histoire les chemins qui permettent de la retrouver.

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