Aller au contenu
Armes de la Maison BeaulieuMAISON BEAULIEUAB ÉDITIONS · CUISINE & LETTRES
Justice & scandales · Angleterre

Le capitaine tombé à la mer

En route de la Turquie à Livourne, le capitaine Benjamin Hartley est attaqué par son second Richard Coyle, le charpentier John Richardson et un autre homme, selon Pelham. Deux garçons s’échappent et racontent les faits. Coyle et Richardson sont condamnés en Angleterre et pendus en 1738.

À Chatham, un aubergiste crut reconnaître son frère dans un voyageur qui venait de débarquer. Le disparu était parti en mer des années auparavant. L'homme qu'il avait devant lui, John Richardson, ne dissipa pas l'erreur : il l'accueillit comme on accueille une bonne nouvelle. Les réjouissances commencèrent. Le prétendu frère fit le tour de ses nouvelles connaissances et reçut même l'argent d'un héritage laissé par ceux qu'il acceptait désormais pour parents. Une famille retrouvait un des siens; Richardson retrouvait des ressources.

Cette scène appartient à la vie mouvementée que Camden Pelham lui prête dans ses chroniques criminelles. Le compilateur accumule les tromperies et les aventures galantes sans fournir les pièces qui permettraient de les vérifier une à une. Il conduit pourtant son personnage vers une affaire précise : le meurtre du capitaine Benjamin Hartley, au cours d'une traversée de la Turquie à Livourne. Cette fois, il ne serait plus question d'abandonner une identité dans un port. Un homme allait être jeté à la mer, et deux garçons allaient quitter le navire pour raconter ce qui s'y était passé.

Richardson était né à New York et avait embarqué à quatorze ans sur le bâtiment de son oncle. Une première traversée l'avait dégoûté du métier. Il s'était placé chez un charpentier, où il resta cinq années, puis reprit la mer après une liaison avec la fille de son maître. Le départ devint bientôt, dans le récit de Pelham, sa réponse ordinaire aux difficultés. Enrôlé de force à la Jamaïque sur un navire de guerre, ramené en Angleterre, il finit par servir comme maître d'équipage dans le commerce de la Baltique. Une fausse lettre lui aurait procuré cent rixdollars chez un marchand de Riga. Il gagna Amsterdam.

Là, huit mois passés avec la femme d'un marin s'achevèrent à l'annonce du retour du mari. Richardson partit avec des biens et de l'argent, passa par Rotterdam et regagna la Nouvelle-Angleterre. Il y joua au marchand, puis au futur gendre d'un magistrat. Lors de la seconde publication des bans, sept femmes vinrent s'opposer au mariage. L'épisode a l'allure d'un conte punitif; Pelham le prolonge par une nouvelle fuite, un retour négocié avec le père de la fiancée, le mariage enfin célébré et la dot aussitôt emportée. Dans cette biographie à charge, le scandale ne le rattrape jamais assez vite pour lui interdire le prochain départ.

Après d'autres voyages et un naufrage aux Antilles, le voici donc à Chatham, frère retrouvé de l'aubergiste Ballard. Cette parenté d'occasion lui ouvre d'autres portes. Présenté aux sœurs Knowlding, il gagne suffisamment la confiance de l'une d'elles pour obtenir les titres de son petit domaine. Il les hypothèque à Gravesend pour huit cents livres et s'embarque pour Venise avec l'argent. Le bien reste derrière lui; sa valeur voyage dans ses poches. À Venise, il dissipe ce produit de la fraude, puis rejoint Ancône.

Le capitaine Hartley vient d'y décharger une cargaison de sardines. Il doit repartir vers la Turquie et cherche un charpentier. Richardson connaît le travail du bois autant que la vie en mer : Hartley l'engage. Richard Coyle sert comme second sur ce même bâtiment. Le navire gagne la Turquie, y charge du grain et reprend la mer à destination de Livourne. C'est au début de cette dernière traversée, après seulement quelques lieues, que le complot éclate.

Pelham désigne Coyle comme son instigateur. Il aurait obtenu le concours de Richardson et d'un troisième homme, Larson, pour tuer le capitaine et s'emparer du navire. Vers minuit, durant la première nuit, les trois hommes entrent dans la cabine où Hartley repose dans son hamac. Leur présence le réveille à temps. Il bondit sur le pont, puis grimpe dans les haubans. Richardson et Larson le poursuivent. Au-dessous de lui se trouvent le pont et Coyle; derrière lui montent les deux autres.

Hartley se jette d'une grande hauteur. Il survit à la chute et affronte Coyle, qui le met en joue avec un tromblon. Le capitaine échappe au coup, se précipite sur son adversaire, lui arrache l'arme et la lance par-dessus bord. Le bruit fait surgir des marins par l'écoutille. Leur arrivée pourrait renverser la situation. Selon la chronique, Hartley comprend à leurs regards qu'ils ne le défendront pas. Coyle lui porte un coup qui l'étourdit. Le capitaine est aussitôt jeté à la mer. La source ne rapporte ni ses derniers mots ni une tentative pour le sauver.

Coyle prend le commandement; Richardson devient son second. Une longue consultation aboutit au choix d'une escale insulaire pour refaire les provisions. Mais, sur place, deux garçons s'échappent du navire pendant la nuit et gagnent les autorités. Pelham ne donne pas leurs noms. Leur dénonciation suffit à rendre le mouillage dangereux pour ceux qui viennent de prendre le pouvoir. L'équipage abandonne le bâtiment et se dirige vers Tunis dans la grande chaloupe.

Devant le consul anglais, les fugitifs se présentent comme les rescapés d'un naufrage survenu près de la Sardaigne. Ils obtiennent de l'argent. Coyle boit, puis parle de leur aventure avec une liberté qui ruine cette version. On l'arrête. Richardson, en revanche, réussit à partir : Tripoli, Malte, puis la Sicile. À Messine, un ami du capitaine mort provoque son arrestation. La mer relie les refuges, mais elle relie aussi les hommes qui reconnaissent un nom ou se souviennent d'un navire.

Neuf mois de prison ne mettent pas fin à ses expédients. Richardson affirme au roi de Naples avoir servi autrefois son père; cette affirmation lui vaut la liberté, d'après Pelham. Il gagne Rome, puis Civitavecchia. Il y est arrêté de nouveau et renvoyé en Angleterre. Coyle vient d'arriver à Londres. Les deux hommes se retrouvent sous la même accusation : le meurtre de leur commandant.

La chronique donne aux déclarations des deux garçons le rôle principal dans la condamnation, sans reproduire leurs dépositions ni les réponses détaillées des accusés. Tous deux sont reconnus coupables et condamnés à mort. Pelham oppose le repentir de Coyle à la désinvolture de Richardson et place leur pendaison à Execution Dock le 25 janvier 1738. Après tant de ports où un départ avait suffi à changer de vie, Richardson revient ainsi devant des hommes qui l'attendent pour une seule nuit : celle où Hartley descendit du gréement vivant, désarma son second et ne trouva plus, sur son propre pont, personne pour le défendre.

De cette affaire pourrait naître un livre

Aidez-nous à choisir notre prochain livre

Vous venez de lire le récit complet de cette affaire. Elle nous inspire trois projets de fiction, encore à écrire. Lequel aimeriez-vous voir naître ? Votre vote aidera AB Éditions à choisir ses prochains livres.

nouvelle

Les deux garçons de la rade

Deux mousses fictifs quittent un navire dont le capitaine a disparu pendant la traversée. À terre, un interprète leur demande de raconter la même nuit séparément. Le plus jeune a vu un geste que son compagnon nie avoir accompli; celui-ci sait pourquoi le garçon s’était caché avant l’attaque. Leur salut dépend d’une parole commune, leur amitié d’un secret qu’ils ne peuvent plus partager. Personnages et affaire seront inventés. Choisissez Nouvelle pour suivre une fuite devenue confrontation, depuis le débarquement jusqu’au premier interrogatoire.

Chargement des choix…

roman

L’héritier de passage

Dans un port anglais du XVIIIe siècle, une aubergiste reconnaît dans un voyageur le frère qu’elle croyait mort. Sa fille doute, puis découvre qu’une erreur volontaire a permis à sa mère de réclamer un héritage jusque-là inaccessible. Lorsque le voyageur disparaît avec les titres d’un domaine, les deux femmes doivent le retrouver sans révéler leur propre arrangement. Le roman inventera ses personnages, ses ports et son affaire. Choisissez Roman pour une enquête familiale où poursuivre l’imposteur risque de détruire ce qu’il avait rendu possible.

Chargement des choix…

trilogie

La maison des escales

Trois générations tiennent une maison d’accueil pour marins entre l’Angleterre et la Méditerranée. Dans le premier volume, la fondatrice héberge un survivant dont le naufrage pourrait être inventé. Dans le deuxième, son fils finance un voyage pour retrouver un témoin disparu. Dans le troisième, sa petite-fille hérite des comptes et découvre qui payait réellement ces traversées. Chaque livre aura son enquête et son dénouement, dans une famille entièrement fictive. Choisissez Trilogie pour une saga où les dettes d’argent deviennent des dettes de silence.

Chargement des choix…

Un choix par affaire sur ce navigateur, modifiable et retirable. Les projets les plus soutenus nourriront nos choix éditoriaux ; leur publication reste à décider. Comment sont conservés vos choix.

Retrouver les autres projets au Salon →
Le cadre historique et notre part d’invention

Le chapitre rapporte une attaque contre le capitaine Benjamin Hartley en Méditerranée, la fuite de deux garçons, les parcours distincts de Coyle et Richardson, leur condamnation à Londres et leur exécution à Execution Dock le 25 janvier 1738 selon la date imprimée. Le titre-page de Pelham indique une période couverte jusqu’en 1841 mais l’édition de ce volume est datée 1887. Le chapitre ne reproduit ni les dépositions complètes des garçons ni le procès-verbal; il ne permet pas de contrôler indépendamment la confession attribuée à Coyle, le rôle de Larson ou tous les détails biographiques de Richardson. Le jour et l’année d’exécution sont transcrits comme imprimés, sans conversion calendaire vérifiée.

← Toutes les affaires du Cabinet