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Justice & scandales · Angleterre

Le flambeau de Cole

Le soir du 12 février 1682, Thomas Thynn est abattu dans son carrosse, tandis que son valet William Cole court devant avec un flambeau. Trois hommes avouent leur rôle mais se contredisent sur l’ordre du tir; le comte Coningsmark, soupçonné d’avoir commandité l’attaque par rivalité amoureuse, est acquitté.

Un homme courait devant le carrosse, un flambeau à la main. Au bas de St Alban’s Street, une détonation déchira le trajet. William Cole se retourna : derrière la fumée, son maître criait qu’on le tuait; trois cavaliers s’éloignaient déjà sur le côté droit de la voiture. Cole partit à leur poursuite en appelant au meurtre, jusqu’au Haymarket.

Thomas Thynn rentrait de chez la comtesse de Northumberland. Son cocher, William Ellers, raconta qu’un des cavaliers lui avait lancé « Arrête, chien ! » avant que le coup parte dans le carrosse. Le chirurgien Hobbs fut appelé vers neuf heures. Quatre balles avaient pénétré le corps de Thynn; elles avaient atteint des organes vitaux et brisé des os. Il mourut le lendemain, après avoir été transporté chez lui. Le compte rendu judiciaire publié par George Borrow rapporte cette attaque et le procès du 28 février 1681 selon l’ancien calendrier anglais, soit le 28 février 1682 dans le comput actuel. Les quatre accusés étaient étrangers; le jury comprenait pour moitié des Anglais et pour moitié des étrangers, et les débats leur furent interprétés.

Le tireur, Charles George Boroski, ne nia pas avoir fait feu, mais soutint qu’il n’avait pas chargé l’arme. Il disait l’avoir reçue du capitaine Christopher Uratz. Uratz reconnut avoir fourni le mousqueton et arrêté le carrosse. Selon lui, il voulait contraindre Thynn à se battre en duel : la victime avait refusé plusieurs défis après qu’Uratz eut entendu dire qu’elle avait parlé de façon insultante du comte Coningsmark. Uratz affirma qu’il avait ordonné à Boroski de ne tirer que si l’on empêchait le duel ou leur fuite; il prétendit que le coup était parti par erreur.

John Stern, le troisième accusé, donna une version plus lourde. Il dit qu’Uratz lui avait parlé d’une querelle, promis deux ou trois cents couronnes pour trouver un homme qui tuerait Thynn, et demandé auparavant de recruter un Italien pour poignarder un homme. Boroski, lui, affirma qu’Uratz lui avait donné l’ordre de tirer au moment où le carrosse était arrêté. Les trois hommes partageaient donc la scène, mais leurs récits distribuaient autrement l’intention et l’autorité.

Le nom du comte entra dans l’affaire par le réseau de logements, de services et de départs qui entourait les accusés. John Hanson, précepteur du jeune frère du comte, expliqua que celui-ci était arrivé en Angleterre un mois plus tôt et avait changé plusieurs fois de logis. Il se faisait appeler « l’étranger », puis « Carlo Cuski »; un médecin nota qu’il portait une perruque noire. Le comte gardait sa chambre et recevait Uratz, qui avait traversé la Manche avec lui. Il quitta même un logement au bout de deux jours, disant que les cheminées fumaient, puis conserva ailleurs la même discrétion.

Boroski arriva peu avant le meurtre. Hanson le vit au centre d’enseignement français, puis le conduisit au logis du comte. Celui-ci disait s’attendre à son arrivée et comptait l’employer pour s’occuper de chevaux anglais. Le vendredi et le samedi précédant l’attaque, Boroski se présenta de nouveau. Le dimanche matin, un domestique lui remit une grande redingote et une épée; le garçon de la maison le vit partir avec des bottes, l’épée sous le bras et une veste de buffle sous son manteau. Le soir, il ne rentra pas.

Le lendemain de la mort de Thynn, le comte faisait emballer ses affaires. Le jeune domestique Watts avait vu Uratz entrer dans les appartements le dimanche soir, après le meurtre, et ne l’avait pas vu redescendre avant la fin de son service. Le père de Watts, porteur, transporta deux malles jusqu’à la voiture de Windsor. Le comte se rendit à Redriff, puis passa par Deptford, Greenwich et Gravesend. Les messagers du roi l’arrêtèrent alors qu’il débarquait, le dimanche suivant le meurtre. Au moment de la saisie, sa perruque tomba. Quand on lui apprit que le capitaine et le Polonais avaient avoué certaines choses, il parla d’une tache sur son sang, qu’une bonne action à la guerre pourrait, disait-il, effacer.

Le procureur relia ces mouvements à une rivalité amoureuse. Après la mort de son père, Elizabeth Percy, héritière du comté de Northumberland, avait épousé Henry, comte d’Ogle, puis était devenue veuve. Le compte rendu rapporte que Coningsmark faisait partie des hommes qui lui firent la cour. Sa grand-mère fit arranger un mariage privé avec Thynn l’été précédant le meurtre; Lady Ogle partit ensuite secrètement pour la Hollande, avant d’avoir vécu avec lui. Un témoin rapporta que le comte s’était renseigné sur les conséquences d’un duel avec Thynn et sur l’effet que cela pourrait avoir sur ses prétentions. Ces éléments donnaient un motif possible, mais ne prouvaient pas à eux seuls qu’il avait commandé le meurtre.

Hanson transmit aussi une question du comte à l’envoyé suédois : que risquait-il s’il demandait raison à Thynn? L’envoyé l’aurait averti qu’il aurait du mal à vivre en Angleterre s’il s’en prenait à lui. Dans le procès, on demanda si l’échange concernait Lady Ogle; Hanson répondit que le comte avait voulu savoir si la loi anglaise ferait obstacle à ses prétentions. Cette conversation précédait l’arrivée de Boroski et prit, après l’assassinat, une autre portée aux yeux de l’accusation.

Coningsmark répondit qu’il était venu recruter un régiment pour servir le roi contre la France. Il dit avoir déjà combattu à Tanger, avec Boroski à son service, et avoir envoyé mille pistoles pour acheter des chevaux. Il expliqua ses séjours discrets par une maladie aux bras et à la poitrine, et ses changements d’habit par l’attente de vêtements convenables. Selon lui, l’épée et les bottes données à Boroski étaient liées au travail qu’il lui destinait; il nia avoir jamais vu Thynn. Il dit avoir fui parce qu’il craignait d’être déchiré par la foule.

Les avocats de la Couronne opposèrent à cette défense la suite des préparatifs : Boroski armé le matin même, Uratz présent auprès du comte le soir, les malles prêtes au lendemain, puis le trajet vers l’estuaire. Ils demandèrent quel avantage les trois exécutants auraient tiré seuls de l’assassinat, et rappelèrent que les témoins proches du comte n’avaient pas parlé spontanément. Le juge posa toutefois une limite nette. Le tireur et ses deux compagnons pouvaient être coupables du meurtre; pour condamner le comte, le jury devait croire qu’il avait ordonné ou autorisé l’attaque. Si ses hommes avaient agi sans l’en informer, il ne pouvait être tenu pour complice.

Avant la sentence, Uratz protesta qu’il n’avait pas eu un procès équitable; Stern dit qu’il était mêlé à l’affaire pour le capitaine. Boroski ne chercha pas d’excuse : il déclara qu’il ne pouvait nier avoir tué Thynn et qu’il avait agi par obéissance à son maître. Après une demi-heure de délibération, le jury déclara Boroski, Uratz et Stern coupables, mais acquitta Coningsmark. L’acquittement ne réconciliait pas les témoignages; il fixait ce que le tribunal estimait établi contre le comte. Les trois condamnés furent pendus à Pall Mall la semaine suivante. Boroski fut ensuite pendu en chaînes près de Mile End.

Dans les jours qui suivirent le coup de feu, certains annoncèrent une nouvelle branche du complot papiste. Le procès ramena l’attention sur les relations entre Thynn, sa femme et le comte, mais le verdict ne condamna pas ce dernier. Cole avait couru derrière les cavaliers jusqu’au Haymarket; le comte, arrêté au bord de l’estuaire, repartit libre après son acquittement. Trois hommes, eux, finirent à la potence.

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nouvelle

Le flambeau éteint

Dans cette nouvelle entièrement fictive, un valet de carrosse poursuit trois cavaliers après la mort de son maître. Le seul témoin capable de les reconnaître perd la mémoire au lendemain de l’attaque, tandis qu’un page affirme avoir vu un quatrième homme attendre près du pont. Le valet découvre que son propre frère a fourni les chevaux. Il doit choisir entre livrer son nom au tribunal ou protéger la famille qui l’a recueilli. Choisissez Nouvelle si vous aimez les enquêtes resserrées autour d’un témoin et d’une loyauté impossible.

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La veuve de l’estuaire

Ce roman, dont tous les personnages seraient inventés, suivrait une jeune héritière mariée en secret, puis séparée de son époux avant d’avoir vécu avec lui. Quand un prétendant est accusé d’avoir commandité le meurtre, elle revient de Hollande pour témoigner, mais découvre que ses lettres ont été copiées et réécrites par son tuteur. Pour sauver sa liberté, elle doit révéler un mariage que sa famille voulait cacher. Choisissez Roman si vous souhaitez une intrigue où l’amour, la fortune et la preuve judiciaire se disputent la même vérité.

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Trois hommes dans le carrosse

Cette trilogie fictive aurait pour fil commun une attaque jamais racontée deux fois de la même manière. Le premier volume suivrait le valet qui court avec le flambeau; le deuxième, le serviteur d’un noble arrêté au port; le troisième, une jeune épouse qui découvre les lettres cachées derrière le procès. Lorsqu’elle les rend publiques, elle peut innocenter une famille ou faire condamner l’héritier qui les a dissimulées. Choisissez Trilogie si vous aimez que plusieurs récits incomplets composent peu à peu une affaire entière.

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Le cadre historique et notre part d’invention

Borrow présente le compte rendu sous la date du 28 février 1681, selon l’ancien calendrier anglais; la date correspond au 28 février 1682 dans le comput actuel. L’attaque est datée du 12 février dans l’acte, tandis que le valet situe la scène un dimanche, le 11 ou le 12. Les témoins donnent des versions divergentes du projet d’Uratz. L’accusation attribue au comte un rôle de commanditaire; le juge demande de distinguer la culpabilité des trois exécutants de la preuve d’un ordre donné par Coningsmark. Le jury condamne Boroski, Uratz et Stern, puis acquitte le comte.

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