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Justice & scandales · France

Deux questions au jury

Paris, février-juin 1829. Après la séparation de Mariette Villain et Philippe-François Debacker, deux femmes sont frappées dans une chambre de la rue Croix-des-Petits-Champs. Geneviève Lougueux meurt sur place ; Mariette succombe peu après. Debacker survit à ses blessures et reconnaît les faits, tout en contestant la préméditation. Le jury répond différemment sur celle-ci pour les deux meurtres : il retient la préméditation pour Mariette, mais déclare que Debacker a agi sans volonté dans le meurtre de Geneviève. Il est condamné à mort ; la source ne rapporte pas l’exécution.

À onze heures un quart, des cris traversèrent le cinquième étage d’une maison de la rue Croix-des-Petits-Champs. On entendit : « Au secours ! À l’assassin ! » Thuilard accourut à la porte de Mariette Villain ; elle était fermée. Il la força. Derrière le battant, un homme gisait, puis se releva et fut saisi par Thuilard. Dans l’autre partie de la chambre, deux femmes, les cheveux défaits et couvertes de sang, ne pouvaient plus se défendre. Geneviève Lougueux était déjà morte ; Mariette respirait encore. L’homme était Philippe-François Debacker, celui dont Mariette avait quitté la maison quelques semaines auparavant.

Avant de vivre dans cette chambre, Mariette avait été la fille de boutique de Debacker à Nantes. Celui-ci, natif de Malines, avait servi dans l’artillerie de marine avant de s’établir à Brest. Il s’était marié en 1806 et avait eu douze enfants, tous vivants au moment des faits. En 1814, il avait installé sa famille à Nantes et ouvert une boutique de tailleur qui prospérait. Puis Mariette, à peine âgée de seize ans, fut admise dans son commerce. Champagnac raconte que Debacker s’éprit d’elle et qu’après moins de trois ans il abandonna sa femme et ses enfants pour la suivre.

Le couple gagna Paris. Mariette passait pour la femme de Debacker, tandis que l’épouse légitime restait dans le dénuement avec les enfants, manquant même du nécessaire, selon le chroniqueur. Champagnac rapporte que, réduite au désespoir, elle finit par se jeter dans un puits. Les douze enfants étaient encore vivants au moment du crime. Champagnac rappelle que l’établissement nantais promettait un avenir heureux ; à présent, leur mère manquait avec eux du nécessaire, tandis que Debacker vivait à Paris avec Mariette.

Après la mort de son épouse, Mariette pressa Debacker de tenir la promesse de mariage qu’il lui avait faite. Il répondait par des délais. Le 2 janvier 1829, elle lui annonça qu’elle se séparait de lui pour toujours et quitta leur logement. Elle prit une petite chambre au cinquième étage du 21, rue Croix-des-Petits-Champs, qu’elle partagea avec son amie Geneviève Lougueux, dite Maria. Debacker fut, selon Champagnac, très sensible à cette séparation. Il apprit bientôt que Mariette voyait Mocloury, un tailleur ; les soupçons se changèrent en jalousie. Dans la même maison, au même étage, il pouvait encore demander où elle était. Le départ avait rompu leur vie commune, mais non la proximité des portes et des chambres où se croisaient les habitants.

Dans le passage Véro-Dodat, Debacker rencontra Mariette et Mocloury. Après quelques explications, il frappa Mariette au visage avec une telle violence qu’elle se trouva couverte de sang. Cette scène avait laissé un antécédent que plusieurs personnes pouvaient relier à l’homme qui se présenta plus tard dans la maison de la rue Croix-des-Petits-Champs.

Le 26 février, vers six heures du matin, Debacker frappa à la porte de la fille Durand, qui habitait le même étage que Mariette. Il ne demanda pas d’abord où se trouvait son ancienne maîtresse, mais où logeait Geneviève Lougueux. La jeune femme, qui connaissait le ressentiment de Debacker contre Mariette, lui répondit que son amie était à la campagne. Debacker ne se contenta pas de cette réponse. Il descendit parler au portier et le pressa de questions. Celui-ci lui apprit que Mariette avait changé de chambre et logeait au numéro 17. Debacker remonta ; après cela, le portier ne le vit plus. Près de cinq heures passèrent avant que les cris de onze heures et quart retentissent au cinquième étage.

Vers onze heures et quart, les cris appelèrent les voisins au même étage. Thuilard les entendit, courut à la porte close et n’attendit pas : il la brisa. L’homme qui se relevait derrière le battant venait de frapper les deux femmes. Thuilard le maîtrisa. D’autres personnes arrivaient à leur tour. Elles trouvèrent Mariette étendue sur le sol, Geneviève assise et penchée sur une chaise, toutes deux couvertes de sang.

Les secours les plus prompts furent donnés aux deux femmes, mais Geneviève avait reçu plusieurs blessures mortelles et avait déjà cessé de vivre. Mariette respirait toujours. Debacker, debout, fixait celle dont il disait avoir voulu se venger. Champagnac lui attribue ces mots : il n’était pas encore satisfait, car Mariette vivait encore. Elle mourut peu après. Alors Debacker tira de sa poche le couteau utilisé contre les deux femmes et s’en porta plusieurs coups à la poitrine.

Quand le commissaire de police et le juge d’instruction arrivèrent, ils firent soigner Debacker avant d’examiner les victimes. L’autopsie fut pratiquée devant lui. Geneviève avait quatre blessures : au haut du sein gauche, à deux endroits du cou et aux lombes. Elles avaient atteint le poumon et la moelle épinière. Mariette Villain avait reçu six blessures aux bras, au visage et au sein gauche. Les blessures de Debacker étaient dangereuses, mais non mortelles. Lorsqu’il put répondre aux questions, il reconnut avoir commis le double meurtre. Il dit que le désespoir et la jalousie l’avaient armé contre Mariette et que Geneviève, en voulant protéger son amie, avait été frappée à son tour. Selon sa déclaration, il avait frappé Geneviève sans savoir ce qu’il faisait. Quand on lui montra le couteau ensanglanté, il le reconnut comme le sien ; il expliqua qu’il l’avait fait aiguiser des deux côtés parce qu’il voulait en finir.

Le 6 juin 1829, Debacker comparut devant la cour d’assises de la Seine. Pendant la lecture de l’acte d’accusation, le chroniqueur le décrit tantôt abattu, tantôt pleurant, puis immobile et le regard fixe. Il rapporte qu’il avait le front couvert de sueur, que son visage changeait de couleur et qu’il appuyait parfois la tête entre ses mains. À d’autres moments, il semblait étranger au drame qui se déroulait, tant ses traits restaient immobiles. Interrogé, Debacker reconnut le geste, mais repoussa la préméditation. Il raconta qu’en entrant dans la chambre de Mariette il l’avait trouvée au travail ; elle aurait répondu, en riant, que l’ouvrage venait de Mocloury. Selon sa version, cette réponse l’aurait rendu furieux et il aurait perdu la tête. Il nia certains propos rapportés par des témoins, notamment le regret de n’avoir pas tué Mariette plus tôt. Ainsi, l’aveu du geste ne réglait pas la question que le jury devait trancher : si le meurtre de Mariette avait été prémédité.

Lorsque Mocloury fut introduit dans la salle, Debacker changea d’expression. Il l’insulta, l’accusa d’avoir tout fait et s’écria : « Monstre ! tu as tout fait ! C’est toi qui m’as perdu ! » Puis il baissa les mains sur ses genoux et les larmes lui vinrent aux yeux. La jalousie, que Debacker invoquait pour expliquer son geste, reparaissait devant le jury avec le rival qu’il tenait pour cause de sa perte.

Après deux heures de délibération, les jurés répondirent affirmativement sur le meurtre de Mariette et sur la préméditation. Pour celui de Geneviève, ils répondirent également oui à la question du meurtre, mais déclarèrent que Debacker avait agi sans volonté. La distinction entre les deux victimes fut donc inscrite dans leurs réponses, tandis que l’accusé était condamné à mort. Il entendit son arrêt sans manifester d’émotion, selon le récit.

Le couteau à double tranchant, reconnu par Debacker devant le commissaire, demeurait lié à son aveu. La sentence retentit le 6 juin 1829 ; Champagnac ne dit pas s’il monta ensuite à l’échafaud.

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Le cadre historique et notre part d’invention

Chapitre VIII32 lu intégralement (1 277 mots, SHA-256 conforme à la réservation). La source de 1833 met l’accent sur l’abandon de la première épouse et des douze enfants, puis décrit la liaison et la séparation de Debacker et de Mariette Villain. L’épouse de Debacker se donne la mort en se jetant dans un puits ; le récit ne développe pas la situation des enfants après son départ. Le 26 février 1829, Geneviève Lougueux et Mariette sont mortellement blessées dans leur chambre ; Debacker se blesse ensuite avec le couteau. Lorsqu’il peut être interrogé, il reconnaît les faits et invoque désespoir et jalousie. À l’audience, il nie la préméditation et donne sa version de la dispute autour de Mocloury ; il conteste aussi certains propos de témoins. Le jury retient meurtre et préméditation pour Mariette, et meurtre sans volonté pour Geneviève. Debacker est condamné à mort le 6 juin 1829. Aucune date ou preuve d’exécution ultérieure n’est rapportée. Les sentiments et descriptions de son état sont attribués à Champagnac ; aucun dialogue de la scène du crime n’est inventé.

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