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Justice & scandales · Angleterre

La lettre de Drury Lane

Transporté comme adolescent dans les plantations d’Amérique, William Sperry apprend à lire et sert ensuite sur des navires marchands et de guerre. De retour en Angleterre, il participe avec quatre associés à des vols sur les routes de Hampstead et à un vol préparé par une fausse lettre à Drury Lane. Il est condamné pour avoir dépouillé Thomas Golding de ses vêtements près de Bromley et exécuté à Tyburn le 24 mai 1725.

Edward Low, qui commandait les pirates, tenta de recruter William Sperry après la capture d’un navire marchand; Sperry refusa. Le chroniqueur rapporte qu’il avait averti Low d’un complot de mutinerie et que le capitaine le fit déposer sain et sauf sur une des îles Sous-le-Vent. Sperry servit ensuite sur un navire de guerre du roi, puis rentra en Angleterre. Devenu voleur de grand chemin, il se retrouva sous le coup d’une condamnation capitale pour un vol commis contre Thomas Golding. Entre ces épisodes, son parcours passa d’un apprentissage recommencé à Philadelphie aux attaques nocturnes des routes proches de Londres.

Né dans une famille très pauvre, il reçut peu d’instruction. À quatorze ans, lui et son frère cadet furent convaincus par un recruteur des plantations de partir pour l’Amérique, où ils furent vendus pour environ sept années. Le récit ne donne pas le nom du navire ni les circonstances précises de leur départ. À l’expiration du terme, William s’établit à Philadelphie. Son maître favorisa son désir d’apprendre; Sperry reprit la lecture avec application et reçut une instruction en écriture, aux frais de celui qui l’employait. Il fréquentait une église de l’Église d’Angleterre, même si les Quakers étaient nombreux dans la colonie, et se consacrait aux livres religieux et aux offices.

Après être passé chez un autre planteur, il continuait, selon la chronique, à parcourir près de cinq milles pour se rendre à l’église de West Chester. Il embarqua ensuite sur un navire marchand qui desservait plusieurs ports américains. La vie maritime lui plaisait. Mais au lever du jour, un matin, le navire fut abordé par les hommes de Low et rapidement pris, après une courte lutte. Low voulut que le jeune marin rejoigne son équipage. Sperry le supplia de l’en dispenser. Le chroniqueur attribue sa libération au fait qu’il avait signalé à Low une conspiration de marins mutinés; le pirate finit par le faire descendre de nuit sur une île des Antilles.

Sperry servit ensuite sur un navire de guerre du roi. Il vit un autre vaisseau pirate capturé et ses hommes jugés devant une cour d’amirauté en Nouvelle-Angleterre. Selon la notice, tous furent exécutés, sauf cinq dont il apparut qu’ils avaient été contraints de servir les pirates. Ce spectacle n’empêcha pas Sperry, quand il rentra en Angleterre, de se tourner vers les vols. Il s’était marié, mais n’avait pas de quoi faire vivre sa femme. Le chroniqueur ne précise ni l’identité de celle-ci ni la date de l’union. Il dit que Sperry attribuait ses débuts criminels à sa propre décision, sans les imputer aux pressions d’autrui.

Avec quatre associés, il apprit que les jeux d’argent étaient fréquents à Hampstead et que des sommes importantes y circulaient chaque nuit. Les cinq hommes se placèrent dans un fossé sec le long d’un chemin pédestre, attendant que l’obscurité leur permît de gagner la route des voitures. Ils n’y étaient que depuis quelques minutes lorsque deux officiers passèrent à proximité. Plusieurs voulaient les attaquer; Sperry s’y opposa. Puis il entendit l’un des officiers dire à l’autre qu’un joueur, désigné dans la notice par des initiales, avait gagné environ soixante guinées ce soir-là. Le groupe abandonna son hésitation.

Quand le joueur arriva, deux hommes se placèrent devant lui et deux autres derrière. Ils le saisirent près d’une haie, le traînèrent sur une dizaine de mètres et le poussèrent dans le fossé. Les quatre se jetèrent sur lui pour fouiller ses poches. L’homme prétendit avoir perdu une grande partie de son argent et ne disposer que d’une montre d’argent, d’une bague de cristal et de cinquante shillings; le chroniqueur laisse entendre qu’il aurait pu s’en tirer si ses assaillants n’avaient pas été renseignés à l’avance. Un ancien du groupe le menaça d’un instrument destiné à lui faire rendre ce qu’il aurait avalé. Terrifié, le joueur sortit une bourse verte contenant un billet de banque de cinquante livres et dix-huit guinées.

Les voleurs prirent le contenu et attachèrent leur victime à un piquet de haie avant de traverser les champs à la recherche d’un autre butin. Ils attendirent jusqu’après onze heures, car la nuit était éclairée par la lune et trop de passants se trouvaient sur le chemin. En revenant, ils entendirent une voiture arriver à grande vitesse. Le conducteur était sir W. B.; deux femmes se trouvaient dans le carrosse et les serviteurs suivaient de loin. Deux des voleurs saisirent les chevaux de chaque côté, mais le cocher poussa son attelage et encouragea les bêtes du fouet et de la voix. Les hommes furent entraînés au sol. La voiture s’éloigna sans que ses occupants fussent blessés, bien que les voleurs tirassent deux coups de pistolet dans sa direction.

Environ trois semaines plus tard, la bande descendait Drury Lane. L’un des hommes reconnut un gentleman entrant dans une taverne avec une femme. Il savait, raconte le chroniqueur, que cet homme avait épousé une héritière dont le père était son tuteur et qu’ils vivaient près de Lincoln’s Inn Fields. Le groupe imagina de provoquer une querelle familiale qui détournerait l’attention du vol. Dans une taverne voisine, l’un d’eux rédigea une lettre prétendant qu’un mandat d’arrestation visait une femme enceinte de ce jeune homme, laquelle se trouvait à Drury Lane. Le faux correspondant disait vouloir éviter un scandale et invitait la famille à intervenir.

La lettre fut remise à la jeune épouse sous l’apparence d’une erreur. Le père, sa fille et un autre tuteur se rendirent à la taverne en moins d’une demi-heure. Ils entrèrent sans attendre qu’on leur ouvre la porte qu’ils cherchaient et découvrirent le gentleman en compagnie d’une femme. La scène dégénéra aussitôt en tumulte. Deux des voleurs, mieux vêtus que leurs compagnons, étaient entrés dans la pièce voisine et avaient commandé une petite quantité de bière. Ils se mêlèrent alors au groupe sous prétexte de demander la cause de l’agitation. Profitant de la confusion, ils prirent au gentleman vingt-cinq guinées, une montre d’or et deux tabatières d’argent. Selon le chroniqueur, les objets purent manquer seulement après que la querelle eut pris fin.

Le dernier vol attribué à Sperry fut commis près de Bromley contre Thomas Golding. Celui-ci n’ayant pas d’argent sur lui, Sperry lui prit ses vêtements. Il fut arrêté à la suite de cette affaire et jugé à la session suivante de l’Old Bailey. Le jury le condamna pour ce vol. Contrairement aux attaques précédentes racontées avec ses complices, cette dernière affaire suffit à faire prononcer la peine capitale; la notice ne prétend pas que les victimes des autres vols aient toutes comparu au procès.

Sperry n’avait pas d’amis capables d’intervenir en sa faveur et n’espérait aucune grâce. Dès son arrestation, puis après sa condamnation, le chroniqueur le décrit comme confessant sa culpabilité et reconnaissant la justice de la sentence. Il se prépara à mourir sans afficher de mépris pour sa fin ni, à l’approche de celle-ci, une terreur extrême. Le récit, qui avait commencé par souligner l’écart entre sa pratique religieuse en Amérique et sa vie de brigand en Angleterre, présente ses derniers jours sous le signe du repentir, sans donner de détails sur les démarches de sa femme.

Le lundi 24 mai 1725, à Tyburn, Sperry parut d’humeur plus gaie que d’ordinaire. Il quitta ce monde à environ vingt-trois ans, avec des signes extérieurs de pénitence et de contrition, selon le chroniqueur. Sa notice garde en mémoire des scènes contrastées : le marin que Low ne parvint pas à enrôler, le lecteur qui s’était appliqué à l’écriture à Philadelphie, puis l’homme qui exploita un faux avis de scandale familial pour faire voler un joueur. Le jugement rendu contre lui portait sur le vol des vêtements de Golding; les autres attaques appartiennent au récit de sa carrière, non à la charge pour laquelle il fut condamné.

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Le cadre historique et notre part d’invention

Notice anglaise lue intégralement. Sperry et son frère sont envoyés aux plantations d’Amérique vers quatorze ans pour un terme d’environ sept années, selon la source; le récit rapporte sa vie à Philadelphie, son passage sur un navire capturé par Edward Low, puis son service sur un bâtiment de guerre. Revenu en Angleterre, il participe à plusieurs vols avec des associés. Le récit du faux courrier de Drury Lane décrit une ruse menée par le groupe, mais ne précise pas la part individuelle de Sperry. Il est exécuté pour le vol des vêtements de Thomas Golding près de Bromley, le 24 mai 1725. Les détails éditoriaux de notes ne sont pas repris.

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