Aller au contenu
Armes de la Maison BeaulieuMAISON BEAULIEUAB ÉDITIONS · CUISINE & LETTRES
Justice & scandales · Angleterre

Le beau costume de Nathaniel Hawes

Angleterre, 1721. Arrêté après le vol d’un cheval et de quelques shillings sur Finchley Common, Nathaniel Hawes refuse d’abord de plaider tant qu’on ne lui rend pas son beau costume. Une évasion de la New Prison qu’il avait crue impossible, puis un retour dans les bandes de grand chemin, précèdent cette dernière arrestation. La chronique attribue à Hawes une pose de bravoure qu’il finit par abandonner sous la peine de la presse. Il confesse certains vols, demande que des innocents soient épargnés des soupçons, et est exécuté à Tyburn le 22 septembre 1721, avant vingt ans.

Nathaniel Hawes refusait de plaider tant qu’on ne lui rendrait pas son beau costume. On le lui avait retiré après son arrestation pour le vol de Finchley Common. Il disait ne pas vouloir paraître à la maison des sessions comme autre chose qu’un gentilhomme. La cour répondit qu’elle ne pouvait le lui restituer. Hawes maintint son refus.

Auparavant, il était parvenu à sortir d’une prison par un passage qu’une autre détenue avait préparé. À ce moment-là, il n’était qu’un prisonnier soupçonné d’avoir dépouillé deux voyageurs dans une chaise, voiture venue de Hampstead. Il avait scruté les murs de la New Prison et les avait jugés trop solides pour ses propres tentatives. La femme enfermée dans la même pièce que lui, arrêtée pour vol à l’étalage, voyait pourtant une issue là où les deux hommes n’en imaginaient aucune.

Hawes se disait fils d’un riche éleveur du Norfolk, mort alors qu’il n’avait qu’un an, et prétendait avoir été frustré d’une grande partie de son héritage. Ce récit venait de lui ; la chronique n’en établit pas la vérité. Les personnes chargées de son éducation le placèrent en apprentissage chez un tapissier. Il y resta environ quatre ans, puis fréquenta des jeunes gens aux dépenses élevées. Il commença à prendre l’argent de la caisse de son maître, longtemps sans être découvert. Un vol plus important le fit arrêter, juger et condamner. Parce qu’il était encore très jeune, la cour eut pitié de lui et lui accorda un pardon.

La clémence ne mit pas fin à ses vols. Hawes reprit la route avec des compagnons qui passaient leurs journées à boire, jouer, courir les femmes et ne pas travailler, selon le portrait sévère de la chronique. Il se distingua par son audace et s’attacha surtout à Richard James. Ensemble, ils attaquaient des voyageurs sur la route d’Oxford ; le récit leur attribue des traitements brutaux envers les personnes qu’ils dépouillaient. Hawes se persuada que cette réputation faisait de lui un héros. La hardiesse, qui lui avait souvent réussi, nourrissait désormais une image de lui-même plus grande que les risques auxquels il exposait autrui.

Il arrêtait des voyageurs seul ou s’en prenait à une voiture pleine de gentilshommes. Il pouvait également viser les chariots qui avançaient en file sur la route d’Oxford vers Londres. La chronique le décrit comme capable de choisir des entreprises qu’aucune petite prison ne réussirait à interrompre. Ce fut pourtant un soupçon concernant deux hommes en chaise qui le conduisit à la New Prison. Il y fut enfermé avec un autre homme et une femme vêtue avec élégance, détenue pour vol à l’étalage. Hawes examina les lieux : aucun passage ne lui semblait praticable.

La femme leur demanda s’ils auraient le courage de tenter une évasion si elle leur en indiquait le moyen. Hawes répondit qu’il entreprendrait tout pour retrouver la liberté ; l’autre homme se dit prêt, lui aussi, dès qu’une chance paraîtrait. Elle leur ordonna de réunir de quoi maintenir un feu. Ils réservèrent un shilling et dépensèrent le reste en bois, charbon et alcool. Tant que les gardiens circulaient, la femme paraissait accablée ; les deux hommes l’imitèrent, comme s’ils attendaient déjà la potence.

Au moment de les enfermer pour la nuit, elle demanda d’une voix faible un outil qui ressemblait à un tisonnier. Un employé accepta, contre deux pence, de lui apporter une ancienne barre de fer retirée d’une fenêtre lors de travaux. Les portes furent verrouillées. Quand les gardiens s’éloignèrent, elle sortit deux petits sacs d’outils qu’elle avait cachés dans ses vêtements. Elle leur montra une grande pierre prise dans l’angle du mur et leur expliqua comment desserrer les pièces métalliques qui la retenaient. Le feu avait désormais une autre fonction que de réchauffer les détenus. Pendant la nuit, ils ouvrirent un passage au-dessus d’eux ; il donnait sur la rue, mais demeurait haut.

La femme prépara alors une corde de quatre yards qu’elle tira du haut de sa jupe, fixa une extrémité à la barre de fer et passa l’autre par-dessus le mur. Les trois prisonniers se trouvaient enfin devant une sortie. Les deux hommes, reconnaissants envers celle qui avait imaginé le plan, l’aidèrent d’abord à franchir le mur. Elle atteignit l’autre côté avant eux ; ils descendirent à leur tour. L’issue avait été l’œuvre de la prisonnière soupçonnée de vol à l’étalage, non de Hawes, qui avait d’abord jugé toute tentative impossible.

Il ne tarda pas à recommencer ses vols. À Finchley Common, il arrêta Richard Hall et lui prit environ quatre shillings. Il emporta aussi son cheval, espérant s’en servir pour en chercher un autre qui compensât la maigreur du butin. Il fut bientôt repéré, arrêté, reconnu coupable et condamné à mort. La légèreté dont il avait fait preuve après sa détention céda alors la place à une nouvelle démonstration : Hawes annonça qu’il gagnerait, par son audace jusque dans la mort, une réputation supérieure à celle de tout autre highwayman exécuté depuis sept ans.

À l’audience, l’acte d’accusation lui fut lu, mais Hawes persista dans son refus de plaider. Le juge lui rappela que la loi ne devait mettre personne à mort sans l’avoir entendu ni sans preuve positive ; douze hommes devaient examiner cette preuve, et la cour elle-même se tenait, disait-il, comme conseil du prisonnier. Pour être jugé, Hawes devait répondre « non coupable » à l’acte d’accusation.

Hawes répliqua que la cour, autrefois lieu de justice, était devenue un lieu d’injustice. Il affirma qu’il ne doutait pas que les juges recevraient un jour une sentence plus sévère que celle prononcée contre lui. Il disait ne pas craindre de mourir et vouloir quitter le monde avec le même courage qu’il avait montré sur les routes. Ses compagnons plaisantèrent : peut-être refusait-il de plaider parce qu’on ne lui avait pas rendu un bel habit pour être pendu. Hawes s’en défendit avec chaleur. Il prétendait vouloir préserver jusqu’au bout la réputation du plus audacieux des hommes de grand chemin.

La cour fit lire la sentence réservée aux accusés qui persistent à garder le silence. Hawes endura le poids placé sur sa poitrine pendant plus de sept minutes, puis finit par se soumettre à la justice qu’il voyait comme inévitable. Il ne mourut pas sous la presse. Les blessures qu’il y reçut lui firent cependant si mal qu’il pouvait à peine accomplir les prières qu’il désirait offrir pour sa vie passée. Dans ce court espace qui lui restait, la pose du brave ne lui servait plus de bouclier.

Hawes reconnut franchement les crimes dont il se souvenait. Il chercha aussi à disculper des personnes emprisonnées ou soupçonnées pour des vols commis par lui ou par sa bande. Il mentionna notamment un valet détenu au Poultry Compter et le fils d’un homme dont il parla alors à propos d’une auberge. Il déclara ne connaître aucun mal du jeune homme ; au lieu d’accuser celui-ci, il souhaita que sa propre mort lui servît particulièrement d’avertissement. À la veille de l’exécution, Hawes reçut le sacrement. Les signes extérieurs de dévotion qu’il montra contrastaient avec la réputation de courage violent qu’il avait tenté de construire.

Il fut exécuté à Tyburn le 22 septembre 1721, dans sa vingtième année. La chronique dit qu’il laissa une épouse, morte ensuite de chagrin après son exécution.

De cette affaire pourrait naître un livre

Aidez-nous à choisir notre prochain livre

Vous venez de lire le récit complet de cette affaire. Elle nous inspire trois projets de fiction, encore à écrire. Lequel aimeriez-vous voir naître ? Votre vote aidera AB Éditions à choisir ses prochains livres.

nouvelle

Le bouton d’argent

Nouvelle entièrement fictive : une apprentie couturière est accusée d’avoir volé un bouton d’argent dans la maison où elle travaille. Avant son procès, une détenue plus âgée lui montre qu’un reçu a été substitué dans le registre du geôlier. L’apprentie doit retrouver le garçon qui a remis les papiers et prouver l’échange avant l’ouverture des portes, sans compromettre la femme qui lui a donné l’indice. Aimeriez-vous lire cette enquête de prison et de loyauté ?

Chargement des choix…

roman

La jument de Finchley Common

Roman entièrement fictif : une conductrice de diligence découvre qu’un cheval disparu a été revendu sous une marque fraîchement gravée. Le palefrenier de l’étape est arrêté, mais une voyageuse reconnaît dans le registre du relais la signature d’un homme qui n’a jamais payé son passage. Pour le retrouver, les deux femmes doivent traverser l’Oxford Road avant le prochain départ et décider à qui confier la preuve. Aimeriez-vous lire ce roman d’enquête et de route ?

Chargement des choix…

trilogie

La marque sur le registre

Trilogie de fiction criminelle : une sœur accuse un tisserand d’avoir volé l’argent de leur père, puis découvre que le registre de l’atelier a été recopié ; un garçon d’écurie démasque le vendeur d’un cheval volé grâce à une marque dissimulée ; dans le dernier volume, une femme qui travaille au greffe apprend qu’un témoin a été payé pour faire porter trois vols à la même famille. Chaque histoire suit un enquêteur différent, lié par un ancien maître tapissier. Aimeriez-vous lire ces trois enquêtes de famille et de fraude ?

Chargement des choix…

Un choix par affaire sur ce navigateur, modifiable et retirable. Les projets les plus soutenus nourriront nos choix éditoriaux ; leur publication reste à décider. Comment sont conservés vos choix.

Retrouver les autres projets au Salon →
Le cadre historique et notre part d’invention

Notice de Newgate lue intégralement (2 338 mots par comptage des espaces ; SHA-256 e8e35eeb995a3f0cc6f40eb93cd1ad51f0440edd938d499b84398b590642fe42). Hawes disait être fils d’un riche éleveur du Norfolk et se prétendait frustré de son héritage : récit explicitement attribué, non établi par ailleurs. Sa détention à la New Prison est rapportée sur soupçon d’un vol dans une chaise de Hampstead, non comme condamnation pour cette affaire. La femme détenue pour vol à l’étalage n’est pas nommée ; aucun destin ultérieur ni lien à d’autres crimes ne lui est attribué. L’évasion est condensée au niveau narratif pour ne pas transformer la description en mode d’emploi ; le rôle moteur de la prisonnière et l’aide donnée à sa sortie sont conservés. Le vol de Richard Hall à Finchley Common, les quatre shillings et le cheval mènent à la condamnation capitale. À l’audience Hawes refuse de plaider jusqu’à lecture de la peine de la presse, supporte environ 250 livres sur la poitrine pendant plus de sept minutes puis se soumet ; le récit distingue cet épisode de l’exécution à Tyburn le 22 septembre 1721 et ne dit pas qu’il est mort de la pression. Ses propos au sujet du valet du Poultry Compter et du fils associé à une auberge sont présentés comme ses propres déclarations, non comme une disculpation judiciaire. La note 14 de l’édition sur l’identité historique de la New Prison n’a pas été utilisée comme matière narrative. Les jugements sociaux de l’auteur sur les classes populaires et le lexique sexiste sont écartés ou attribués ; les agissements criminels de Hawes ne sont pas transformés en héroïsme.

← Toutes les affaires du Cabinet