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Justice & scandales · France

Les aveux de Crespin Normand

Bennecourt, Villez et l’Epte, 1817-1819. Après le meurtre d’Étienne Rouvelle, son gendre Guillaume Normand est condamné et exécuté sur une décision serrée. Dix-huit mois plus tard, le meunier Planche est trouvé noyé et l’épouse du boulanger Pernelle assassinée. Crespin Normand avoue ce second meurtre et accuse les cousins Pernelle du premier, avant de modifier ses déclarations. Il meurt en prison avant le procès ; les deux cousins sont condamnés à mort. L’assassinat ultérieur de Lemoyne, père de la veuve Planche, reste attribué à des inconnus.

Le 17 mai 1817, Étienne Rouvelle fut trouvé mort près de sa cheminée, dans sa maison isolée de Bennecourt, en Seine-et-Oise. Il avait soixante-douze ans et l’on disait qu’il gardait cinq mille francs d’économies. Quelques soupçons furent portés sur plusieurs personnes ; son gendre Guillaume Normand fut arrêté, jugé et déclaré coupable par sept jurés contre cinq. À la cour d’assises de Versailles, les magistrats eux-mêmes se divisèrent : trois opinèrent pour l’acquittement, deux pour la condamnation. La loi trancha en faveur de la peine capitale, que Normand subit peu après.

Quelques mois passèrent avant que le même canton ne soit de nouveau traversé par des morts violentes. À Villez, près de Bennecourt, le meunier Planche vivait mal avec sa femme. La chronique scandaleuse, dit Champagnac, lui prêtait plusieurs amants, le dernier étant Barnabé Pernelle, un boulanger de vingt-cinq ans. Pernelle lui-même était fort mal considéré dans le pays pour les mauvais traitements qu’il faisait subir à sa propre épouse, une femme que ses voisins estimaient.

Le 23 novembre 1817, Planche fut retrouvé noyé dans l’Epte, la petite rivière qui faisait tourner son moulin. Comme il s’enivrait souvent, sa mort passa d’abord pour un accident. Pourtant, des rumeurs circulaient contre Barnabé Pernelle et contre la femme Planche. Un habitant annonça que, le meunier étant mort, le tour de l’épouse de Pernelle ne tarderait pas et qu’elle ne vivrait pas un an. Ce bruit sinistre ne désignait pas encore une preuve ; quelques mois après, toutefois, l’épouse de Pernelle serait à son tour assassinée.

Le 14 mai 1818, l’épouse de Barnabé Pernelle fut retrouvée morte, la tête dans l’âtre et les vêtements à demi consumés. La mort violente fut constatée. Le meurtre ne paraissait accompagné d’aucun vol : la croix d’or demeurait au cou de la victime. Barnabé, présent aux perquisitions, trouva dans une armoire deux louis qu’il décrivit d’abord comme toute la fortune du ménage. Il se rétracta ensuite et prétendit qu’on lui avait volé cent cinquante francs. Ces sommes changeantes attirèrent l’attention sans résoudre la question de savoir qui avait tué sa femme.

Les soupçons se portèrent sur Crespin Normand, vigneron âgé de trente-quatre ans. Des traces de sang avaient été remarquées sur ses habits ; au moment de son arrestation, sa femme venait de laver sa veste, son gilet et sa chemise. Lors du premier interrogatoire, Crespin avoua le meurtre. Il raconta que Barnabé Pernelle lui avait prêté cinq cents francs, à quarante francs d’intérêt par an, et lui avait fait signer une obligation de huit cents francs qu’il ne pouvait acquitter. Il se disait ainsi sous la dépendance de son créancier.

Selon les aveux de Crespin rapportés par Champagnac, Barnabé lui avait proposé d’étouffer sa femme sans laisser de marques de violence en échange d’une quittance totale. Crespin disait avoir refusé ces propositions répétées, avant de céder sous les exigences de Pernelle et le poids de l’obligation qu’il ne pouvait payer. La demande était précise : étouffer l’épouse sans laisser de marques, puis recevoir quittance de toute la dette. Le soir du 13 mai, il se rendit chez elle. Ils parlèrent tranquillement pendant deux heures ; tandis qu’elle préparait le souper de son mari, il la frappa d’un seul coup avec un gros maillet de bois. Ainsi s’expliquait, dans la confession de Crespin, la mort survenue à la veille du jour où le corps avait été retrouvé.

Avant de mourir, l’épouse de Pernelle avait fait à un voisin une confidence que Champagnac présente comme une présomption en faveur des aveux de Crespin. Il lui avait avoué que Barnabé l’avait chargé de l’étouffer sans lui laisser de marques, mais lui avait promis de ne pas exécuter cette commission. L’ordre et la promesse provenaient de ce récit rapporté par la victime elle-même ; ils plaçaient son mari au centre des soupçons, sans constituer encore un jugement contre lui.

Crespin dénonça aussi Barnabé Pernelle et son cousin Valentin comme complices de la mort de Planche. Selon cette version, Barnabé, qui entretenait une relation avec la femme du meunier, l’avait prié de débarrasser leur route du mari. Plusieurs tentatives auraient échoué. Une nuit, les trois hommes se seraient introduits dans la pièce où Planche dormait, ivre et presque sans connaissance. Ils l’auraient porté jusqu’à l’Epte pour le noyer. Le meunier aurait repris ses sens quand on allait le précipiter dans l’eau, mordu l’un des Pernelle à la cuisse et déchiré son pantalon avec les dents. C’est ainsi que Crespin racontait le meurtre ; l’histoire de cette nuit provenait alors de ses propres déclarations.

La femme Planche, mise en cause par les aveux, fut arrêtée. Elle fut bientôt remise en liberté, faute de preuves suffisantes. Peu après, elle s’empoisonna avec de l’arsenic. Avant sa mort, elle avait confié à un témoin que Crespin lui avait révélé le complot quinze jours après la noyade de son mari. Sa fin ne fut donc pas une condamnation judiciaire ; la chronique la rattache au tourment causé par la révélation et par les soupçons qui pesaient sur elle.

Dans des aveux ultérieurs, Crespin tenta de laver Guillaume Normand, dont il partageait le nom de famille, du meurtre d’Étienne Rouvelle. Les deux Normand occupaient des places opposées dans cette suite de dossiers : Guillaume, gendre du vieillard, avait été condamné en 1817 ; Crespin, vigneron, confessait ensuite avoir tué l’épouse de Pernelle et accusait Barnabé et Valentin d’avoir noyé Planche. Il voulut finalement les décharger eux aussi des crimes qu’il leur avait d’abord imputés. Les déclarations successives de Crespin avaient donc fait naître, puis déplacé, des accusations dont il ne viendrait pas répondre au procès.

L’acte d’accusation fut rédigé le 14 mai 1819 et signifié quelques jours plus tard. Le public attendait les débats, curieux de voir l’attitude de Crespin ; celui-ci ne comparut pas. Dans sa prison, il s’était étranglé, dit Champagnac, voulant sans doute prévenir la mort ignominieuse qui lui était réservée. Sa disparition laissait les cousins Pernelle face aux accusations sans que le récit du procès puisse être confronté à lui.

Il ne restait à juger que les deux Pernelle : Barnabé, le boulanger, accusé de complicité dans les assassinats de son épouse et du meunier Planche ; Valentin, accusé d’avoir participé à la mort de ce dernier. Les débats furent longs. Le jury les déclara coupables à onze voix contre une sur les chefs retenus, et tous deux furent condamnés à mort. Champagnac ne précise pas si la sentence fut exécutée. Le récit s’arrêtait ainsi avant de dire ce qu’il advint d’eux.

La chronique rapporte ensuite une nouvelle tragédie distincte. Le sieur Lemoyne, père de la veuve Planche, avait été assigné comme témoin. Il voyageait à pied de Mantes vers Versailles lorsqu’il fut attaqué par des inconnus, précipité et noyé dans la Seine. Aucun assaillant n’est nommé dans le récit. La route qu’il devait parcourir jusqu’à Versailles s’acheva dans la Seine.

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Le cadre historique et notre part d’invention

Chapitre VII2 lu intégralement (1 236 mots selon le comptage par espaces de la réservation ; SHA-256 conforme). Champagnac ouvre sur une moralisation générale et présente les faits par des accusations, des rumeurs et les aveux successifs de Crespin. Le récit distingue Guillaume Normand, gendre de Rouvelle, de Crespin Normand, vigneron qui confesse le meurtre de l’épouse Pernelle et accuse puis disculpe Barnabé et Valentin Pernelle dans la noyade de Planche. La source introduit les événements du canton par « dix-huit mois » après le meurtre de Rouvelle, mais date celui-ci du 17 mai 1817 et la noyade de Planche du 23 novembre 1817, soit environ six mois plus tard ; le récit emploie donc une transition neutre et conserve cette divergence en note. Guillaume Normand est déclaré coupable à sept voix contre cinq, malgré une division des magistrats à trois contre deux ; son exécution est rapportée. L’épouse Pernelle avait confié à un voisin que Crespin lui avait révélé une commission de son mari pour l’étouffer, avec promesse de ne pas agir. Cette confidence doit rester distincte du récit de la veuve Planche. La femme Planche est arrêtée puis libérée faute de preuves suffisantes ; elle s’empoisonne après avoir confié que Crespin lui avait parlé du complot contre son mari quinze jours après la noyade. Les récits de Crespin sur Planche sont attribués à ses aveux et ne sont pas traités comme preuve indépendante. Crespin se suicide en prison avant les débats. Barnabé et Valentin Pernelle sont déclarés coupables à onze voix contre une et condamnés à mort ; aucune exécution n’est rapportée. Le meurtre de Lemoyne est appris après le jury, mais la date de sa mort n’est pas établie comme postérieure au verdict ; les inconnus qui l’attaquent ne sont pas reliés aux cousins.

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