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Impostures & fortunes · Angleterre

Les trois billets manquants

Angleterre, 1748–1751. William Chandler fabrique un vol pour réclamer une indemnité au hundred. Après un verdict civil annulé pour vice de procédure, les billets réapparaissent et l’enquête mène à une poursuite distincte pour parjure; Chandler est condamné au transport.

À Hare Hatch, le voyageur arriva vers quatre heures de l’après-midi. Une heure plus tard, disait-il, trois bateliers l’avaient dépouillé de sa montre, de son argent et de ses billets, puis conduit jusqu’à une fosse au bord de la route. Ils l’auraient ligoté, menacé de le tuer s’il appelait et abandonné. Chandler soutint qu’il était resté trois heures dans ce trou, assez près du chemin pour entendre les chevaux passer, avant de bondir, pieds et mains liés, sur près d’un demi-mille en montée. À la nuit, il rencontra un berger qui coupa ses liens. Sa première demande fut de savoir où trouver un constable.

Cette histoire n’était pas née sur la route. William Chandler, fils unique d’un fermier des environs de Devizes, avait bientôt achevé son apprentissage d’avocat. Pour ouvrir son propre cabinet, la chronique lui prête un dessein : accumuler de l’argent, puis réclamer au « hundred » — une circonscription locale tenue par la loi responsable des pertes subies lors de certains vols — l’indemnisation d’un brigandage qu’il aurait inventé. C’est ainsi que Pelham présente le mécanisme de l’affaire, sans en faire une règle générale applicable à tous les vols.

Chandler avait déjà réuni des fonds par plusieurs voies. Il avait persuadé son père qu’un bon mariage se préparait; celui-ci lui avait alors donné un domaine évalué à quatre cents livres. À son maître, l’avoué M. Hill, il affirma qu’un oncle fortuné du Suffolk lui avait avancé cinq cents livres. Il demanda ensuite à Hill cinq cents livres supplémentaires pour les prêter contre une hypothèque sur un bien près d’Enford. Hill exigea une garantie : Chandler lui proposa une hypothèque sur son propre domaine. Pour donner corps au projet annoncé, il négocia avec Mrs Poor un prêt garanti par les terres qu’elle possédait à Enford.

Le rendez-vous pour remettre les fonds et recevoir les papiers était fixé au 25 mars 1748. Dès le 24, Chandler convertit une partie de son argent en petites coupures. Les billets formaient, disait-il, un paquet trop volumineux pour être caché sous ses jarretières; il en échangea donc pour quatre cent quarante livres, puis changea un billet de quatre cents livres chez le banquier Sir Richard Hoare. Il revint au bureau de Hill avec trois billets totalisant quatre cents livres. À sa demande, son maître en nota les numéros et les dates. Chandler quitta le bureau vers midi le 24 mars, un jour avant le rendez-vous prévu avec Mrs Poor.

Là où il prétendit avoir été attaqué, Chandler laissa des avis avec une description si précise des voleurs qu’un témoin crut reconnaître trois hommes passés près de chez lui. Le maire de Reading, rencontré fortuitement sur la route, se rappela lui aussi avoir vu des bateliers près de Maidenhead. Le constable Richard Kelly reçut le récit et les premières notifications. Chandler retourna ensuite à l’auberge où il s’était arrêté, raconta son malheur au tenancier, annonça qu’il poursuivrait le hundred et commanda un bon souper avec un bol de punch.

Le lendemain, il regagna Londres et demanda à Hill de l’aider. L’avoué lui rendit son relevé des numéros et l’envoya à la banque pour faire arrêter les billets. Chandler n’y alla pas. Il acheta plutôt une chope d’argent chez l’orfèvre Tufley, payant avec un billet de cent livres qu’il venait de recevoir de Hoare. Il expliqua à Hill que la banque avait fermé à cause de l’incendie de Cornhill. Quand il s’y rendit le lendemain, il laissa aux employés une liste où les dates et numéros des trois billets avaient été modifiés, puis prétendit avoir remis la véritable copie. Chandler avait en réalité gardé le relevé original de Hill et confié à la banque une liste falsifiée.

Le 26 mars, Chandler fit publier dans les journaux une liste de quinze billets; il offrait cinquante livres si l’on retrouvait l’ensemble, ou une récompense proportionnelle pour une partie. Le même après-midi, il retira ses annonces et emporta les copies. Trois jours plus tard, il fit paraître au London Gazette l’avis légal du vol, mais sans détailler les billets comme il l’avait fait dans les autres journaux. En mai, il déposa sous serment sa plainte devant un juge de paix; Hill l’accompagnait. Là encore, la liste des billets manquait.

Le 18 juillet 1748, Chandler poursuivit le hundred devant un jury spécial à Abingdon. Après douze heures d’audience, les jurés lui accordèrent neuf cent soixante-dix livres, sous réserve d’une question de droit sur la suffisance de la description publiée dans la Gazette. Le verdict lui était favorable, mais son effet dépendait encore de la décision de la Cour des plaids communs. Entre-temps, Chandler craignit que ce qui avait été révélé à l’audience n’éveille les soupçons. Il se retira à Colchester, où son beau-frère Humphry Smart tenait une auberge, et s’associa à lui. Pour ne pas dévoiler son adresse, il fit envoyer le courrier chez « Thomas Chandler », à Easton, Suffolk, avec instruction de le laisser au Crown, près de Colchester.

Hill, qui devait bientôt plaider la question de droit, le pressa de revenir à Londres. Chandler trouva des excuses. Les billets reparurent pourtant : douze furent présentés ensemble à la banque, après avoir été achetés à Amsterdam, le 31 octobre 1748, par le courtier Barnard Solomon à un Anglais nommé John Smith. Smith n’était resté que quelques jours en Hollande; il avait voyagé avec un marchand, Casson. Celui-ci donna de Smith une description qui ressemblait à Chandler. Quand Hill le pressa de revenir pour s’expliquer, Chandler refusa.

Les juges de la Cour des plaids communs annulèrent ensuite le verdict civil. Chandler n’avait pas inscrit les numéros des billets dans la Gazette et ne les avait pas jurés devant le juge de paix; faute de description suffisante, le demandeur était débouté sans nouveau procès. Cette décision ne condamnait pas Chandler pour le faux vol. Un papier trompeur que Chandler avait remis à la banque fut retrouvé. En le voyant, M. Hill comprit qu’on l’avait trompé. La comparaison des registres de la banque avec ceux de Hoare permit ensuite de reconstituer les échanges de billets. Il partit pour Colchester afin de faire arrêter son ancien clerc; après l’avoir cherché jusque dans l’auberge qu’il tenait, il dut repartir sans lui.

Chandler avait vu les poursuivants. Il quitta Colchester pour Coventry, où il prit une petite auberge. Désireux, selon le chroniqueur, de rendre une partie de l’argent à Hill, il lui fit parvenir cent cinquante livres depuis Nottingham. Le cachet postal permit de le localiser à Coventry. Accusé de parjure pour la déclaration faite sous serment au juge de paix, il fut arrêté sur mandat et transféré à Abingdon. Le 22 juillet 1750, il fut appelé à répondre de l’acte d’accusation; il fit ajourner son procès aux assises suivantes, droit que la chronique dit lui appartenir.

L’année suivante, les faits furent repris devant la cour. Cette fois, les témoignages et les papiers réunis contre lui convainquirent le jury. Le 16 juillet 1751, Chandler fut condamné à sept ans de transport, après trois mois de détention dans la prison du comté. L’affaire qui avait commencé par une fausse accusation contre trois bateliers innocents se referma sur le serment que Chandler avait prêté lui-même.

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Pelham décrit les démarches et le procès rétrospectivement; le procès-verbal original n’a pas été consulté. Le verdict civil de juillet 1748 était soumis à une question réservée et fut annulé par la Cour des plaids communs parce que la notice de la Gazette ne décrivait pas suffisamment les billets et que les numéros n’avaient pas été jurés. Le jury civil avait donné raison à Chandler sous réserve d’une question de droit; la Cour des plaids communs a ensuite annulé le verdict parce que les avis n’avaient pas satisfait aux formalités décrites par Pelham. La condamnation pénale pour parjure est distincte et intervient en 1751. L’extrait s’arrête à la sentence de transport; il ne décrit pas la suite de la peine.

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