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Armes de la Maison BeaulieuMAISON BEAULIEUAB ÉDITIONS · CUISINE & LETTRES
Les Historiettes · Montbrison, en Forez, 1775-1777

Les pierres du chemin de Montbrison

Le père qui avait tout donné regrettait. Sur le chemin du jardin, il lança des pierres. Il s'effondra. On accusa le fils de parricide.

Il y a des parricides qui n'en sont peut-être pas. Celui-ci commence, sous la plume du défenseur des accusés, par une phrase qui retourne toute l'affaire : « Un père est mort après avoir fui devant ses enfants ; il est mort après avoir appelé à son secours. »

Le père s'appelait Chassagneux, de Montbrison, en Forez. De ses enfants, deux lui restaient : Julien, qu'il avait doté et qui avait traité d'une charge de procureur ; et Claude, qu'on appelait Laverney. Au mariage de ce dernier, le père et la mère lui firent donation de tous leurs biens présents et à venir, à charge de les nourrir et entretenir leur vie durant.

Le père se repentit de ses bienfaits, et ses regrets tournèrent, dit l'avocat, en une haine cruelle et implacable. Ses excès forcèrent le fils et sa femme à quitter la maison commune.

Quatre mois après, un matin de 1775, vers dix heures et demie, les Laverney s'apprêtaient à aller à un jardin qu'ils avaient aux portes de Montbrison. Apercevant leur père, le fils rentra pour le laisser passer ; le père passa et repassa trois fois devant sa porte, puis alla s'installer chez un aubergiste sur la route qu'ils devaient prendre. En chemin, ils rencontrèrent un ami, que Laverney pria de les accompagner, parce que depuis que son père l'avait quitté il n'était sorte de mauvais traitements qu'il ne leur fît subir. L'ami ne put venir.

Le père les dépassa ; ils le saluèrent ; il répondit par un torrent d'injures. Arrivés à la porte du jardin, où travaillaient un journalier et une servante, ils le virent revenir sur ses pas en disant que leur existence le fatiguait, et qu'il ne trouverait le repos que lorsqu'il se serait défait d'eux. Sa belle-fille chercha à l'apaiser. « La patience m'échappe », répondit-il, et il ramassa des pierres. La première atteignit la jeune femme ; la seconde la frappa entre les épaules et la renversa sur le seuil. Une grêle de pierres tomba sur le fils, qui appela au secours. Le journalier, Mure, accourut ; le père s'enfuit. « Poursuivons mon père, dit Laverney, il y aura d'autres témoins dans les vignes ; nous le mènerons au procureur du roi. »

C'est pendant cette poursuite que le père s'arrêta, chancela, et tomba. On approcha ; il avait rendu la vie. Le fils avait un bâton à la main ; sa jeune femme se traînait derrière lui, éperdue.

Il en sortit une instruction criminelle des plus rigoureuses, et une accusation de parricide contre le fils, sa femme et le journalier. La Gazette, qui suit ici le mémoire de la défense, ne donne qu'une version, et le numéro s'arrête avant l'arrêt. Le vieil homme était-il mort d'un coup, ou de sa propre fureur ? C'est toute la question ; et l'on comprend qu'un avocat ait choisi de la poser dès sa première phrase.

Gazette des tribunaux, 1777, Parlement de Paris, Tournelle : affaire des sieur et dame Laverney, accusés de parricide.

Ce jour-là, l’éphéméride du Cabinet →