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Justice & scandales · Allemagne

L’aveu qui ne pouvait être prouvé

Amendingen, Bavière, 1822. Détenu pour des vols, Xaver Reth s’accuse d’avoir étranglé son père, mort en 1804, puis retire cet aveu. Le Pitaval rapporte les soupçons anciens, une preuve matérielle devenue impossible et deux issues judiciaires distinctes : l’accusation de parricide n’aboutit pas à une peine; les vols prouvés lui valent six ans et six mois de maison de travail.

À Amendingen, en Bavière, la mort de Vitus Reth avait d’abord reçu le nom ordinaire d’un accident : une attaque soudaine. Dix-huit ans plus tard, son fils Xaver, détenu pour des vols, s’accusa de l’avoir étranglé. Il donna un récit précis, puis le retira en disant qu’il avait perdu la raison. Le père avait-il été assassiné, ou le meurtre avait-il été inventé pour brouiller une autre confession ? La réponse judiciaire, telle que la rapporte le Pitaval, ne trancha pas cette question.

Le chapitre « Le voleur parricide », publié dans le neuvième tome du Nouveau Pitaval en 1859, revient sur une affaire de 1822 et s’appuie notamment sur l’étude criminelle de Paul Johann Anselm von Feuerbach. C’est une compilation rétrospective, non le dossier de procédure ni un procès-verbal intégral. Son auteur préfère l’hypothèse d’une ruse : Reth aurait fabriqué l’aveu du meurtre pour rendre moins crédible celui des vols. Feuerbach, lui, tient aussi ouverte la possibilité inverse, celle d’un aveu vrai utilisé pour servir cette ruse. Le récit expose leur raisonnement sans transformer l’un ou l’autre en preuve.

Au printemps 1822, un autre homme arrêté pour des vols importants désigna Reth comme complice. Les indices rapportés par le livre étaient assez forts pour que Reth fût arrêté à son tour. Le 9 avril, lors d’un premier interrogatoire préparatoire, il reconnut plusieurs vols commis avec son compagnon : des couvertures, des porcs, des oies et d’autres biens pris, souvent de nuit. Le Pitaval dit que ses déclarations concordaient avec celles de l’autre détenu et des personnes dépouillées.

Une semaine plus tard, le 16 avril, Reth rétracta l’ensemble, à l’exception de trois oies qu’il disait avoir trouvées. Il expliqua qu’il n’avait pas été dans son bon sens lors de ses aveux. Le lendemain, il demanda qu’on lui relise le procès-verbal du 9 avril. À la fin de la lecture, il bondit vers le juge pour s’emparer du document. Le magistrat le retint, mais Reth réussit à arracher la dernière feuille et à mâcher la page où se trouvait sa signature. Les officiers consignèrent l’incident; le texte restant et leurs déclarations préservaient cependant la teneur de l’aveu.

Les actes avaient été transmis à la juridiction supérieure à la fin de mai. Le 4 juin, avant qu’une décision définitive ne fût rapportée, Reth demanda un nouvel interrogatoire. Il maintint qu’il n’avait pas commis les vols, mais déclara qu’il avait fait pire : il aurait tué son père. Celui-ci, Vitus Reth, était mort dix-sept ans plus tôt, en décembre 1804 selon le registre paroissial cité par le livre. Xaver raconta une dispute au sujet des papiers de succession et de la remise de la ferme. Il prétendit que son père, encore au lit, s’était levé en colère, avait saisi une baïonnette et menacé de le frapper. Xaver l’aurait saisi à la gorge, fait tomber, puis étranglé. Il aurait ensuite remis le corps dans le lit, pris un billet de partage et tenté en vain d’obtenir les 150 florins qui y étaient indiqués.

Le lendemain de cette déclaration, Reth se blessa au bras avec un éclat de fer détaché de sa chaîne. Le médecin de la cour le trouva très anxieux, le regard sombre et confus. Le détenu disait être parfois fou, tout en niant que son aveu fût vrai. Le Pitaval rapporte des nuits d’agitation, des cris et des gestes d’automutilation; le 8 juin, Reth réaffirma que son récit du meurtre était faux. Les gardiens disaient pourtant l’avoir entendu parler de son père pendant ces crises. Ces paroles, transcrites des années plus tard dans une compilation, ne sont ni des dépositions originales ni une expertise que nous pouvons réexaminer.

Le dossier ancien se rouvrit alors autour d’une mort qui n’avait jamais fait l’objet, selon le chapitre, d’une enquête criminelle approfondie. Le registre paroissial datait le décès du 10 décembre 1804. La veille au soir, Vitus aurait quitté l’auberge en bonne santé, un pot de bière à la main. Au matin, une journalière nommée Veronica Schuh disait l’avoir vu éveillé et en forme. Peu après, la nouvelle de sa mort s’était répandue dans le village. Un chirurgien appelé sur place avait déclaré que le vieil homme était mort d’une attaque; mais, selon plusieurs témoins rapportés par le Pitaval, il était entré dans une chambre sombre et n’avait pas procédé à une autopsie.

Le livre fait aussi état d’une rumeur ancienne visant Xaver. Trois témoins et un ancien administrateur local se seraient souvenus que les villageois l’accusaient déjà d’avoir tué son père. Georg, le frère cadet, aurait dit à son tuteur : « Personne d’autre que mon frère Xaver n’a tué mon père, mais je n’ose pas le dire. » Cette phrase nous parvient par le souvenir du tuteur, non par un document contemporain reproduit. Le Pitaval lui donne un poids décisif; le lecteur doit pourtant garder à l’esprit le nombre d’intermédiaires entre la parole supposée de Georg et le récit imprimé en 1859.

Un mobile possible apparaissait dans les conflits autour de la ferme. D’après les témoins cités, Xaver voulait que son père lui cédât le domaine afin qu’il pût épouser sa compagne. Vitus aurait refusé et préféré transmettre la propriété à son second fils. L’administrateur local aurait reçu plusieurs plaintes du père contre Xaver, avant de parvenir à les réconcilier temporairement. Ces éléments dessineraient un conflit d’héritage, mais ils ne démontrent pas un meurtre. Le dossier matériel, lui, avait presque disparu : après dix-huit ans sous terre, le corps ne pouvait plus révéler les traces d’une strangulation, et le chirurgien n’avait pas consigné d’examen permettant de la confirmer. Le chapitre estime qu’une exhumation ne résoudrait pas la question : même retrouvés et identifiés, les ossements ne permettraient pas d’établir la strangulation. La justice devait donc raisonner à partir de souvenirs, de registres et d’une parole qui se dérobait. Ce n’est pas seulement l’absence d’un témoin direct qui fragilisait l’accusation : l’objet même qui aurait pu la confirmer n’existait plus comme pièce lisible.

Cette fragilité n’empêcha pas l’auteur de parler de « conviction morale ». Il aligne le décès soudain, l’hostilité familiale, le mobile de succession et l’ancienne rumeur, puis les fait coïncider avec le récit donné par Reth. Mais cette convergence dépend des témoignages tardifs cités dans son chapitre; elle ne transforme pas la reconstitution en constat judiciaire. La même documentation qui rend le soupçon intelligible révèle aussi pourquoi il était impossible de le vérifier pleinement.

Les médecins appelés à apprécier l’état de Reth conclurent, selon la compilation, qu’il simulait la folie. Le récit insiste sur le contraste entre ses accès nocturnes et son calme diurne, puis sur sa capacité à répondre avec cohérence lorsqu’il niait le parricide. C’est une interprétation médicale rapportée par le Pitaval, non une conclusion contemporaine vérifiable ici. Elle ne résout pas la question de la vérité de l’aveu : feindre une crise ne prouve ni que le meurtre a eu lieu, ni que Reth l’a commis. Elle montre plutôt combien l’évaluation de sa parole dépendait d’une lecture de son comportement.

Le résultat judiciaire comporte deux issues distinctes. Pour l’accusation de parricide, le livre rapporte d’abord une décision « ab instantia », puis une seconde décision qui le libère de la peine. Le chapitre ne reproduit pas les jugements ni leurs motifs complets; ces formules historiques ne se laissent pas réduire sans précaution à une catégorie moderne. Pour les vols, en revanche, les faits furent tenus pour établis : Reth fut condamné à six ans et six mois de maison de travail. Ce verdict ne dit pas qu’il tua son père. Il ne permet pas davantage de conclure qu’il ne le fit pas.

La compilation affirme que la confession tardive avait été forgée comme un stratagème afin de discréditer l’aveu de vol. Feuerbach reconnaît la force de cette explication psychologique, mais souligne une autre possibilité : le parricide aurait pu être réel, et Reth aurait pu le raconter non par remords, mais parce que l’événement, déjà présent dans sa mémoire, fournissait une histoire plus puissante que toute invention. Le comportement calculateur que les auteurs lui prêtent ne permet donc pas de choisir entre mensonge et vérité. L’aveu circonstancié rejoint certains soupçons anciens; il s’effondre ensuite avec la rétractation, tandis que la preuve matérielle est devenue inaccessible.

À la fin, l’affaire ne livre pas une révélation, mais une frontière. Le tribunal pouvait condamner les vols démontrés et laisser sans peine l’accusation de meurtre que les preuves ne suffisaient pas à établir. Le Pitaval franchit cette frontière par le récit psychologique : il imagine le calcul derrière la confession et prête à Feuerbach une intuition sur la culpabilité possible. La prudence consiste à maintenir les deux propositions à leur place. Xaver Reth fut puni pour des vols; quant à la mort de Vitus, le récit de 1859 conserve les soupçons, l’aveu rétracté et les hypothèses, sans fournir de certitude judiciaire.

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Le cadre historique et notre part d’invention

Le chapitre complet « Der Dieb als Vatermörder » se trouve dans le neuvième tome (deuxième édition, 1859) du Der neue Pitaval. Il rapporte le procès de Xaver Reth pour vols et sa déclaration de juin 1822 au sujet de la mort de son père Vitus, datée de décembre 1804 au registre paroissial. Les témoins et médecins sont connus ici uniquement par le récit rétrospectif. Le texte dit que le premier jugement fut « ab instantia » et que le second le libéra de la peine pour l’accusation de parricide; il ne reproduit pas les motifs ni les jugements. La condamnation attestée dans le chapitre est de six ans et six mois pour les vols. La culpabilité de Reth dans la mort de son père reste judiciairement non établie dans cette source.

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