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Justice & scandales · Angleterre

Le brigand qui refusait le meurtre

Irlande et Angleterre, 1723. Après un apprentissage manqué à Cork et un service en Écosse, Humphry Angier rejoint une bande de voleurs avec laquelle il attaque les voyageurs. Il affirme condamner les violences gratuites, mais participe à un assaut où un cheval est atteint par un tir et un cocher grièvement blessé. Acquitté d’une accusation de vol au début de 1720, il est plus tard condamné sur le témoignage de Dyer et exécuté le 9 septembre 1723, après avoir affirmé s’être amendé à Henley-sur-Tamise.

Près de St Albans, un cocher qui tardait à arrêter sa voiture fut renversé de son siège ; pour l’empêcher de fouetter son cheval et de s’échapper, un brigand venait de tirer sur l’animal. Humphry Angier et son compagnon Milksop dépouillèrent ensuite le jeune homme et les deux dames du carrosse, avec une brutalité que l’accusé attribua, plus tard, à l’ivresse. Mais ce condamné ne fut pas seulement le compagnon d’une bande : il avait entendu raconter le meurtre d’un voyageur sans défense, et il avait alors déclaré que la cruauté n’était pas le courage.

Angier était né en Irlande, dans une petite ville située à quelques milles de Dublin. Son père vivait dans une condition modeste et l’envoya, dès que le garçon fut en âge de travailler, à Cork, où il le plaça en apprentissage chez un tonnelier. La conduite du jeune homme découragea si complètement son maître que celui-ci ne fut pas fâché de le voir s’enfuir. Humphry se joignit bientôt à une bande de garçons turbulents ; le vieux tonnelier, alarmé par cette fréquentation, dépensa des sommes importantes pour faire surveiller sa maison pendant les quatre années qu’Angier traîna dans les environs.

Son père finit par l’arracher à Cork et l’emmena en Angleterre. Il le laissa ensuite libre de ses choix, résolu, rapporte l’auteur, à ce que les mauvaises actions de son fils ne retombent pas sur son propre nom ni sur la famille restée au pays. Angier approchait alors de dix-huit ans. Craignant que des personnes qu’il avait lésées ne le poursuivent, il s’engagea au service du roi et partit en Écosse avec un régiment nouvellement levé, au temps de la Rébellion. Il espérait tirer quelque profit du pillage des habitants ; l’entreprise ne lui réussit pas.

À son retour, il rencontra William Duce, dont la compagnie l’entraîna vers les mêmes pratiques. Pour resserrer leurs liens, il épousa la sœur de Duce, puis se mêla aux vols de leur bande. L’auteur oppose sa conduite à celle de Mead, Butler et d’autres, auxquels il impute l’habitude de battre les voyageurs. Angier rapporta un soir le récit que Mead avait fait de ses méfaits : deux hommes avaient rencontré un cordonnier au visage lisse, qui expliquait qu’il venait de se marier et rentrait chez ses amis. Ils l’avaient attiré hors de la route sous prétexte de chercher un nid dans la haie, l’avaient ligoté, bâillonné et dépouillé, puis l’un d’eux l’avait tué d’un coup de pistolet.

La chronique dit que ce récit fit une forte impression sur Angier. Il déclara qu’il ne boirait plus avec Mead ; lorsque Butler parlait de semblables violences, Humphry le reprenait et soutenait que la cruauté n’avait rien de commun avec le courage. Butler et quelques-uns de ses compagnons riaient de cette idée. La maxime n’empêcha pas Angier de prendre part à des vols ; elle fixe seulement la limite morale qu’il disait ne pas vouloir franchir, limite que l’épisode du cocher de St Albans rend singulièrement difficile à tenir pour absolue.


Avec sa femme, sœur de Duce, il ouvrit une petite maison où l’on débitait de la bière près de Charing Cross. Bientôt, malgré ses protestations, mais non sans son consentement, selon le récit, la maison devint un lieu de prostitution et un refuge pour voleurs. Sa maison devenue suspecte aux yeux des magistrats de Westminster, Angier jugea nécessaire de quitter les lieux. Angier établit alors un débit d’eau-de-vie ; les mêmes personnes le fréquentaient, quoique le maître prétendît s’en désoler.

Deux incidents survenus dans le débit de bière le conduisirent pour la première fois devant l’Old Bailey. Un jour qu’Angier était sorti, une femme hollandaise amena chez lui un gentilhomme qu’elle avait rencontré. Pendant que l’homme dormait, elle lui fit les poches et partit. Angier et une servante furent arrêtés et jugés pour l’affaire. À la même audience, on lui reprocha un autre épisode : une Irlandaise était venue boire chez lui ; après qu’elle eut beaucoup bu, il l’avait portée à l’étage et couchée sur un lit, affectant de lui témoigner une grande tendresse. Sa femme entra en feignant la jalousie, tira la femme hors du lit et lui vola quatre guinées dans la poche. Faute de preuve directe contre Humphry, il fut acquitté de ce second chef également. Ces procès ruinèrent sa maison et sa réputation ; l’auteur présente alors le vol à main armée sur les routes comme une activité qui répondait mieux à son inclination.

Angier se lia avec Carrick, Carrol, Lock et Kelly, entre autres. Il affirmait se tenir au-dessus du vol à la tire et disait que, dans leur bande, seul Hugh Kelly en faisait métier, avec une adresse remarquable. Pourtant, lorsqu’il fut plus tard détenu, quantité de personnes vinrent lui demander d’aider à retrouver leurs montres d’or, leurs tabatières et d’autres objets. Il leur répondit qu’il n’en savait rien. Kelly, lui, était parti s’établir en Amérique ; Angier disait qu’il n’y avait plus d’espoir de récupérer les biens.

L’attaque près de St Albans montra ce que valait cette distinction entre les vols qu’il méprisait et ceux auxquels il consentait. Angier et Milksop virent venir un carrosse où se trouvaient un jeune homme et deux dames. Le cocher ne s’arrêta pas à leurs sommations. Ils tirèrent sur un cheval pour l’empêcher de fouetter et de s’enfuir ; le cocher fut alors renversé de son siège, puis traîné sous la voiture, dont les roues le blessèrent grièvement et mirent sa vie en danger. Les brigands dépouillèrent les passagers de leurs objets de valeur, les traitant avec rudesse et arrachant leurs effets de façon brutale. Angier expliqua qu’il avait alors beaucoup bu. La route conservait le dommage ; l’ivresse en était son explication, non son effacement.


Au début de 1720, Angier échappa de peu à la condamnation pour un vol auquel, selon la notice, il n’avait pris aucune part. Le cocher d’un homme de qualité avait été dépouillé d’une montre et d’argent. Une femme que le récit désigne comme une femme de la rue, et qu’Angier et l’un de ses compagnons avaient beaucoup maltraitée, tenta ensuite de mettre en gage la montre, après que le propriétaire en eut annoncé le vol. Arrêtée, elle prétendit que l’objet avait été pris par Angier, Armstrong et un autre jeune homme ; ces hommes furent alors saisis et conduits à Newgate.

À la session suivante, cette femme témoigna avec force contre eux. Le cocher, selon le chroniqueur, se montra plus réservé ; plusieurs circonstances de leur innocence apparurent aux jurés, qui les acquittèrent. L’auteur qualifie le verdict de juste, puisqu’ils n’avaient pas commis ce vol. Dans une vie où l’on rencontre tant d’accusations, de rapines reconnues et de récits de complices, cette décision ne peut être réduite au sort ordinaire du brigand : le tribunal le relâcha ici parce que les éléments du dossier montraient qu’il n’était pas l’auteur de ce fait.

La notice rapporte qu’Angier vécut ensuite à Henley-sur-Tamise avec une bonne réputation et une conduite qu’il jugeait digne de ce nom. Dans ses paroles ultimes, il affirma avoir formé des résolutions d’amendement avant sa dernière arrestation et les avoir tenues. Durant sa détention, il manifesta, selon l’auteur, beaucoup de pénitence et pria Dieu de le soutenir dans les peines que ses crimes lui avaient justement attirées.

Au lieu de l’exécution, il ne parut pas terrifié par la mort. Il s’adressa à la foule, espérant que sa fin détournerait les spectateurs des maux qui l’avaient conduit jusque-là. Il pardonnait à Dyer, dont le témoignage, disait-il, lui avait coûté la vie, et espérait que le temps obtenu par son sang et celui d’autres condamnés serait bien employé. Il demandait pardon à ceux qu’il avait lésés et déclara que, dans les vols auxquels il avait pris part, il s’était toujours gardé de commettre un meurtre.

Puis, selon la chronique, Angier ajusta lui-même la corde autour de son cou et se soumit à la sentence. Il avait environ vingt-neuf ans. Il fut exécuté le 9 septembre 1723, après avoir connu les dangers d’une bande, l’acquittement d’une accusation injuste et, pour finir, la peine capitale. Les propos qu’il adressa à la foule sont ceux d’un condamné qui voulait séparer ses vols du meurtre ; les biens des voyageurs qu’il avait dépouillés et le cocher qu’il avait blessé appartiennent aussi à cette histoire.

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Lecture intégrale de la notice locale newgate-044 (SHA-256 a1f7679d53cc4af81a4b47ddf9f86b9016b4ce956f6f9995c9ba9ed2d9a1dd36). La source rapporte la naissance d’Angier en Irlande, ses années d’apprentissage à Cork, son service dans un régiment en Écosse, son mariage avec la sœur de William Duce, ses activités de cabaret et ses vols de grand chemin. Le début de 1720 est donné pour l’accusation dont Angier fut acquitté, et l’exécution est datée du 9 septembre 1723. Angier attribue à son ivresse l’attaque près de St Albans où le cocher fut blessé ; il décrit au public sa résolution de ne pas commettre de meurtre, ce que le récit rapporte comme ses propres paroles. La source ne précise pas le chef d’accusation de la sentence finale ; le récit public n’en invente pas. La note éditoriale [33] est exclue. Les noms Henley et Duce apparaissent dans d’autres récits pour des affaires ou lieux distincts ; aucune histoire d’Angier ni de ses épisodes n’y est retrouvée. L’identification de Duce Hill dans le récit de John Stanley est un lieu et non William Duce. Correctionsroot aprèslectureentière: pasdemortduchevalaffirmée; auteurscoupfatalcordonnier non individualisé; pickedpocket sansportefeuilleinventé; déménagement nonfermetureadministrative; deuxincidentsaudébitbière. MentionoctobredécembreimportéeparcopiedemetaLevee supprimée,cesmoisabsents044.

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