L'affaire n'a laissé dans la Gazette qu'une annonce de mémoire, quelques lignes à peine, mais ces lignes valent un roman.
Un négociant de province, le sieur M…, et sa femme se sont portés plaignants contre un sieur B… de C…, praticien, accusé de rapt, de violence et de séduction ; une demoiselle E…, épouse d'un docteur en médecine, est accusée avec lui. Voici les faits, tels que les résume l'avocat des parents, Me Fournel : une fille mineure a été enlevée à main armée de la maison de ses père et mère, et sous leurs yeux. L'auteur de cet enlèvement est un homme sans état et sans fortune ; son but était de parvenir à un mariage jusque-là refusé.
Le plus remarquable n'est pas le rapt ; c'est la défense. Le ravisseur prétendait éviter l'instruction criminelle, sous le prétexte que, dans les mœurs actuelles, le rapt d'une fille mineure n'était plus regardé que comme une espièglerie, qui ne méritait point une attention sérieuse ; une matière légère, indigne d'une instruction complète, qu'on pouvait expédier à l'audience. Et il concluait même à des dommages-intérêts contre les parents de la jeune fille.
On voudrait connaître la jeune fille, savoir si elle avait suivi de force ou de gré, et quel rôle tenait, dans l'aventure, l'épouse du médecin accusée avec le ravisseur. La Gazette n'en dit rien, et ne donne pas l'issue. Elle a seulement conservé, pour la postérité, l'argument d'un homme qui enlevait une enfant l'arme à la main et appelait cela une espièglerie.
Gazette des tribunaux, Parlement de Paris, mémoire de Me Fournel pour le sieur M…, négociant, contre le sieur B… de C…, praticien, accusé de rapt.
