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Justice & scandales · Angleterre

Chronique judiciaire rétrospective · récit historique

La grâce et le poignard

Chronique judiciaire rétrospective · récit historique

William Parry reçoit d’Élisabeth une grâce après une condamnation pour cambriolage violent. Il revient à la cour en disant vouloir la prévenir d’un complot contre sa vie, mais il sera ensuite accusé d’avoir utilisé cette proximité pour préparer son assassinat. Au procès, il confirme une confession puis la retire.

Couverture typographique : La grâce et le poignard — 1585, XVIe siècle.
Composition typographique contemporaine · AB Éditions. L’année est le repère du récit.
Illustration contemporaine : Plume, lettre scellée et étui fermé sur un bureau anglais de la fin du XVIe siècle.
Illustration contemporaine créée pour ce récit · AB Éditions. Les personnes et les objets représentés ne constituent pas des documents d’archive.

La première fois que William Parry fut condamné à mourir, c’était pour avoir fait irruption de nuit dans la chambre d’un créancier et l’avoir grièvement blessé. La reine le gracia. Quelques années plus tard, Parry eut de nouveau audience à la cour. Il disait vouloir protéger Élisabeth d’un complot contre sa vie. La reine l’écouta, lui accorda sa confiance et envisagea de lui verser une pension. Selon l’accusation, cette proximité était justement ce qu’il recherchait : il voulait approcher la souveraine pour la tuer.

La trajectoire de Parry ne se laisse pas réduire à un homme qui avoue puis nie. Au procès, il accepta d’abord l’accusation, authentifia des lettres et confirma ses déclarations; plus tard, il affirma que son aveu avait été extorqué et qu’il n’avait jamais voulu tuer la reine. Même au pied du gibet, il nia l’intention homicide. Les chroniques du temps font de cette contradiction un signe de duplicité. Elle est aussi le cœur d’une affaire où les aveux eux-mêmes deviennent un champ de bataille.

Parry était né au pays de Galles, fils d’un petit tenancier d’auberge. Après avoir appris à lire et à écrire, il entra au service d’un homme de loi du Cheshire. Il partit pour Londres, où il prétendit appartenir à une ancienne famille et se donna des parents plus considérables que les siens. Il épousa une veuve assez riche pour le remettre à flot, dépensa sa fortune, puis fit un second mariage avec une femme encore plus aisée. Le chroniqueur peint un homme qui cherchait dans les alliances une issue à ses dettes; ce portrait moral est le sien, mais les épisodes financiers qu’il rapporte éclairent l’instabilité de la vie de Parry.

La dette le ramena devant les tribunaux. Hugh Hare le poursuivit pour de l’argent dû. Parry se vengea en pénétrant de nuit dans sa chambre au Temple et en le blessant si gravement qu’on craignit pour sa vie. Il fut condamné à mort pour ce cambriolage violent. Pour quelle raison Élisabeth lui accorda-t-elle sa grâce? Borrow reconnaît ne pas le savoir. La clémence qui lui rendit la vie demeure donc une porte ouverte dans son histoire, et non la preuve d’une faveur précise.

Après sa libération, Parry passa du temps sur le continent. Il se rapprocha de prêtres et de jésuites; à Paris, il rencontra Thomas Morgan, un exilé anglais, et évoqua la situation des catholiques. Dans le récit qu’il remit ensuite aux autorités, Parry affirma qu’il avait consenti à tuer la reine si des religieux le convainquaient que l’acte était licite et si le pape lui accordait l’absolution. Des prêtres consultés contestèrent cette justification. L’un d’eux lui aurait dit que le meurtre était injuste; Parry soutint pourtant avoir reçu, par le cardinal de Como, une lettre approuvant l’entreprise et l’exhortant à la mener.

Ce texte de confession lui attribue une hésitation qui ne le disculpe pas. Revenu en Angleterre, il demanda un entretien privé avec Élisabeth et lui parla du projet, disait-il, pour l’alerter et dévoiler les ennemis de la couronne. La reine l’écouta. Parry écrivit plus tard qu’elle lui avait dit que les catholiques ne seraient pas inquiétés pour leur religion seule, s’ils se montraient de bons sujets. Elle lui offrit une pension. Mais son récit ajoute qu’il avait apporté un poignard et l’écartait chaque fois qu’il se trouvait près d’elle. La chronique conserve ainsi le contraste entre la confiance accordée par Élisabeth et le récit ultérieur d’un homme qui reconnaissait avoir envisagé de la tuer.

Edmund Nevil, un parent de Parry qu’il voulait entraîner dans le projet, finit par parler aux gens de la cour. Il rapporta que son cousin lui avait décrit plusieurs scénarios : profiter d’une promenade de la reine dans un jardin, s’enfuir en barque puis gagner un navire, ou réunir des hommes armés qui frapperaient Élisabeth lors d’une sortie. Nevil disait avoir refusé; il avait laissé Parry parler afin de pouvoir témoigner de ses propositions. Parry soutint, lui, que Nevil l’avait accompagné et qu’il avait dénoncé leur entente par intérêt personnel. L’accusation reposait donc sur deux hommes liés par la parenté, chacun présentant l’autre comme le traître.

Quand Parry fut interrogé à la Tour de Londres, il nia d’abord tout dessein criminel. Il admit ensuite avoir discuté avec Nevil de doctrine et de l’assassinat d’un prince, mais affirma qu’il s’agissait d’une discussion abstraite, sans projet contre Élisabeth. Lors d’examens successifs, la couronne lui opposa des lettres et les propos de Nevil. Selon Borrow, le 11 février 1584, Parry rédigea une longue confession de son rôle : il raconta ses voyages, ses échanges avec Morgan et les religieux, les assurances venues de Rome, et les plans dont il disait avoir parlé avec Nevil. Il ajouta que ses scrupules avaient vacillé, mais qu’il avait promis de poursuivre l’entreprise.

À Westminster Hall, à la fin de février, le procès prit un tour inattendu. Interrogé sur l’acte d’accusation, Parry reconnut d’abord sa culpabilité dans les termes mêmes qui lui étaient lus. Il demanda à mourir, puis confirma devant le tribunal que son aveu était libre. Les papiers lui furent présentés un par un; il les examina et en reconnut l’écriture ou l’origine. La lettre du cardinal de Como était écrite en italien. Parry la lut lui-même, puis confirma la traduction anglaise qui fut produite à l’audience.

Après cette suite d’acquiescements, Parry changea de position. Il dit ne pas avoir voulu tuer Élisabeth et prétendit que sa confession avait été extorquée. Les commissaires et procureurs nièrent qu’on l’eût torturé ou menacé. Parry répliqua qu’on lui avait annoncé qu’on procéderait avec rigueur s’il ne parlait pas; ils soutinrent que cela signifiait seulement qu’on l’interrogerait selon la procédure ordinaire. Au milieu de ces déclarations opposées, il lança que son sang retomberait sur la reine et ses juges. Le tribunal lui rappela qu’il avait confirmé sa confession en audience publique. Il n’apporta pas d’élément nouveau qui l’annulât.

Les juges le condamnèrent à être pendu, éventré et démembré, peine réservée aux traîtres. Le procès ne se limita pas au projet prêté à Parry. Les hauts responsables de la reine profitèrent de l’audience pour dénoncer le pape, les catholiques et les textes qui justifiaient, à leurs yeux, la rébellion. Parry avait lui-même présenté l’entreprise comme une réponse aux restrictions religieuses et comme un service à l’Église; les religieux dont il invoquait l’autorité ne partageaient pas tous son avis. Une accusation singulière devint ainsi une mise en garde adressée à toute une communauté.

Le 2 mars, on le conduisit en barque depuis la Tour jusqu’à Tower Hill, puis on le tira sur une claie à travers la ville, jusqu’au lieu d’exécution à Westminster. Il avait été autorisé à se préparer à mourir. Là, il répéta qu’il n’avait jamais eu l’intention de tuer la reine. Cette dernière dénégation suivait sa confession au tribunal et son retrait de cette confession; aucune ne pouvait maintenant ouvrir un nouveau procès. Il fut exécuté selon la sentence.

Le cadre historique et notre part d’invention

Borrow rapporte une relation judiciaire favorable à la Couronne : Parry confirme d’abord sa confession et plusieurs lettres, puis affirme qu’elle fut extorquée et nie avoir voulu tuer Élisabeth; il répète cette négation à l’exécution. Le récit distingue ces versions sans trancher l’intention comme un fait indépendant. Borrow date la confession du 11 février 1584 et l’audience du 25 février 1584 selon l’ancien millésime anglais, qui basculait le 25 mars; sa propre rubrique porte « anno 1581 », divergence conservée comme telle. Sources : George Borrow, Celebrated Trials and Remarkable Cases of Criminal Jurisprudence, vol. I (Londres, 1825), pp. 145–161, « William Parry, Doctor of Laws, convicted of high-treason, in conspiring the death of Queen Elizabeth »; Dictionary of Welsh Biography, notice « Parry, William (died 1585) »; University of Birmingham, Philological Museum, introduction et édition de A True and Plaine Declaration of the Horrible Treasons practised by William Parry (1585). Borrow reproduit une relation officielle du XVIe siècle; ni la confession manuscrite ni les minutes originales n’ont été consultées ici.

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