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Justice & scandales · Angleterre

Récit historique · Golden Anchor (1864–1865)

Les trois procès du Golden Anchor

Récit historique · Golden Anchor (1864–1865)

Après la condamnation à mort de Serafino Pelizzioni pour la mort de Michael Harrington, Gregorio Mogni s’accuse et reçoit une peine moindre. Une nouvelle poursuite pour la blessure d’Alfred Rebbeck, puis une grâce, prolongent une affaire où plusieurs récits du même tumulte s’affrontent.

Couverture typographique : Les trois procès du Golden Anchor — 1864, XIXe siècle.
Composition typographique contemporaine · AB Éditions. L’année est le repère du récit.
Illustration contemporaine : Chope renversée sur une table de taverne, porte ouverte sur une ruelle.
Illustration contemporaine créée pour ce récit · AB Éditions. Les personnes et les objets représentés ne constituent pas des documents d’archive.

Dans une taverne de Saffron Hill, au lendemain de Noël 1864, un homme fut accusé de meurtre parce qu’on l’avait trouvé penché sur le corps d’un mourant. Sa condamnation paraissait conclure l’affaire. Puis un autre homme confessa avoir porté le coup fatal. Le second procès ne délivra pourtant pas une vérité simple : le prétendu meurtrier fut condamné pour homicide involontaire, le premier resta sous sentence capitale, et un troisième procès porta sur une blessure distincte. Il fallut encore un débat public et une grâce pour sortir de cette suite judiciaire. Les témoins n’avaient pas tous vu la même scène; les couteaux, eux-mêmes, ne racontaient pas la même histoire.

Le 26 décembre, au Golden Anchor, établissement de Great Saffron Hill, Michael Harrington fut frappé au cours d’une rixe mêlant des Anglais et des Italiens. Alfred Rebbeck, le garçon de salle, fut également blessé. Les sources rétrospectives ne s’accordent pas toujours sur le nombre des coups ni sur l’ordre des mouvements; elles font en revanche apparaître un point essentiel : la bagarre avait plusieurs foyers, plusieurs hommes tenaient des couteaux, et il n’était pas aisé de reconstituer qui avait porté quelle blessure.

Serafino Pelizzioni entra dans l’accusation sous un nom qui variait déjà dans les documents : Seraphini Polioni, ou Pelizzioni. On le connaissait dans le quartier et plusieurs témoins le désignèrent. Selon le récit du barrister Montagu Williams, le propriétaire, Frederick Shaw, rapporta que Pelizzioni était venu au pub dans un état d’excitation et avait menacé de tuer un Anglais; Rebbeck déclara qu’il l’avait vu avec un couteau et l’avait aperçu au-dessus de Harrington. D’autres témoins affirmèrent que Pelizzioni était le seul Italien présent lorsque la victime fut frappée. Ces témoignages donnaient au jury une image nette, presque trop nette pour une mêlée.

Le policier Thomas Potter rapporta une dernière déclaration attribuée à Harrington, transporté à l’hôpital Saint-Barthélemy. D’après Potter, après avoir été averti qu’il allait mourir, le blessé désigna Pelizzioni et dit : « C’est l’homme qui l’a fait. » La formule exacte qui suivit demeurait incertaine, Potter hésitant entre une bénédiction et une demande de pardon. Ce récit fut puissant; il ne supprimait pas les questions sur la scène, sur la position de chacun ni sur les autres participants.

À l’audience, les témoins de la défense décrivirent une mêlée où des Italiens frappaient de tous côtés. Certains disaient que Gregorio Mogni, cousin de Pelizzioni, avait brandi son couteau; d’autres jugeaient les deux hommes si ressemblants qu’ils pouvaient être confondus. Un témoin prétendit que Gregorio avait jeté son arme dans la cour. Un garçon, Cowlands, affirma l’avoir retrouvée dans l’urinoir et l’avoir remise à l’inspecteur Potter. Lorsque Potter produisit un couteau, le garçon soutint que ce n’était pas le sien, ajoutant que l’autre était « beaucoup plus lâche » — témoignage rendu étrange par l’objet même qu’il tentait de décrire.

Le jury déclara Pelizzioni coupable et le juge le condamna à mort. Dans le quartier italien, cette conclusion ne fit pas taire les doutes. Des journaux, au premier rang desquels le Daily Telegraph selon Williams, publièrent des arguments en faveur d’un sursis. Des compatriotes du condamné sollicitèrent l’intervention de l’ambassadeur d’Italie et de la légation. Henry Negretti, fabricant d’instruments scientifiques et notable de cette communauté, s’attacha à retrouver Mogni, que plusieurs récits disaient disparu après la rixe. À la veille de l’exécution prévue, la peine de Pelizzioni fut suspendue.

Un autre procès suivit. Le 2 mars 1865, Mogni comparut devant le juge Byles pour la mort de Harrington. Il n’avait pas son propre avocat; Williams raconte que le juge lui demanda de le défendre. Le dossier comportait les dépositions reprises du premier procès, mais aussi des éléments nouveaux. La logeuse, Mme Shaw, qui n’avait pas témoigné au procès de Pelizzioni, dit avoir vu Gregorio se battre avec son mari puis saisir Harrington avant de le perdre de vue. Giovanni Mogni affirma que son frère avait frappé à l’aveugle. Un autre témoin lui attribua des paroles d’aveu, mais en modifia la teneur au contre-interrogatoire; Williams souligne qu’il ne s’était présenté que plusieurs jours après l’épisode.

Negretti raconta ensuite comment il avait retrouvé Mogni à Birmingham, dans un atelier de menuiserie. Le récit de Williams rapporte que Mogni, apprenant que son cousin risquait d’être pendu, aurait accepté de se livrer, disant qu’il ne voulait pas que Pelizzioni meure à sa place. Selon le même compte rendu, il reconnut avoir bu et participé à la rixe, mais affirma que Pelizzioni n’était pas dans la salle au moment de la bagarre. Il est important de distinguer ici les couches du témoignage : Williams relate ce que Negretti aurait déclaré sous serment; ce n’est pas une confession enregistrée directement par l’auteur du livre.

Le verdict ne donna pas à Mogni le sort que la chronique de Griffiths lui attribuera plus tard. Le jury le reconnut coupable d’homicide involontaire, avec une recommandation de clémence pour la provocation subie; le juge le condamna à cinq ans de travaux forcés. La Chambre des Lords résuma publiquement cette distinction le 30 mars : Mogni avait été jugé pour le même décès, mais condamné non pour meurtre, plutôt pour manslaughter. Le même débat mentionnait que Pelizzioni, toujours sous répit, attendait un second procès concernant la blessure de Rebbeck. Il était ainsi inexact de dire que deux hommes demeuraient condamnés à mort pour un même meurtre.

L’énigme n’était pas levée. Le ministre de l’Intérieur, interrogé aux Communes le 23 mars, expliqua que le juge du premier procès avait tenu la preuve contre Pelizzioni pour directe et concluante, tandis que le juge du second n’était pas satisfait de la condamnation de Mogni pour homicide involontaire. Le gouvernement avait demandé des avis juridiques et décidé que Pelizzioni serait jugé sur une accusation moins grave de blessure, afin que des doutes persistants soient examinés par un autre jury. Le Parlement rapportait la position officielle; elle n’effaçait ni la condamnation antérieure ni le fait que l’administration elle-même hésitait sur les conséquences du second verdict.

Le procès de Rebbeck se tint en avril. Le blessé maintint que Pelizzioni l’avait frappé; d’autres éléments sur le couteau et les témoins furent examinés. Au terme de trois jours, le jury acquitta Pelizzioni de cette accusation distincte. Cette décision n’était pas, en droit, un jugement sur le meurtre de Harrington. Elle eut cependant un poids évident dans une affaire où les deux charges étaient nées de la même rixe et où les identifications avaient été contestées. Quelques jours plus tard, Pelizzioni reçut une grâce royale pour le meurtre et fut libéré, selon le témoignage rétrospectif de Williams. Le Hansard avait déjà confirmé le sursis et le procès secondaire; la date exacte de la grâce n’est pas établie ici par un document officiel consulté.

La suite de l’affaire éclaire surtout les limites des récits qui se veulent définitifs. Griffiths, écrivant bien plus tard, présente Mogni comme « condamné pour le crime » et évoque deux hommes condamnés séparément pour la même mort; il affirme également que la police aurait retenu une arme déjà identifiée comme celle de Mogni. Les comptes rendus contemporains lus confirment le verdict de culpabilité de Mogni, mais précisent qu’il s’agissait d’homicide involontaire, non de meurtre. Williams décrit l’arme apparue au second procès comme ayant été apportée par un policier qui ne l’avait pas vue découverte; Potter reconnut que son identification comme appartenant à Gregorio ne lui avait été rapportée qu’après coup. Ces éléments justifient la prudence et la critique, mais ne permettent pas, à eux seuls, d’affirmer qu’une dissimulation consciente fut démontrée.

Dans le récit de l’accusation, la proximité du condamné avec la victime et une déclaration faite sur un lit d’hôpital avaient fermé l’espace du doute. Le procès de Mogni, les variations des témoins, la question de l’arme et enfin l’acquittement sur l’autre blessure le rouvrirent, sans révéler chaque détail de cette nuit. Williams lui-même terminait en avouant n’avoir jamais pu décider si Gregorio s’était sacrifié pour son cousin. La grâce de Pelizzioni ne résolut donc pas le mystère comme le ferait une dernière pièce parfaitement ajustée; elle mit fin à une peine que les procédures successives avaient rendue intenable. Ainsi se termina l’affaire du Golden Anchor : non par une certitude judiciaire unique, mais par la reconnaissance tardive qu’une sentence peut être plus certaine que les preuves qui la soutiennent.

Le cadre historique et notre part d’invention

Cette évocation confronte le chapitre rétrospectif « Pellizioni » d’Arthur Griffiths dans Mysteries of Police and Crime aux références de Montagu Williams et des débats parlementaires citées avec la page. Griffiths décrit à tort Mogni comme condamné pour le même crime que Pelizzioni; le récit distingue le verdict de manslaughter (homicide involontaire) du meurtre et rapporte séparément le procès relatif à Rebbeck. Les déclarations de témoins et l’accusation de rétention d’une arme ne sont pas transformées en faits établis. Les comptes rendus judiciaires détaillés sont rétrospectifs ou parlementaires; aucun registre original des procès ni procès-verbal n’a été consulté.

L’affaire se termine. La lecture continue.

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