Me Tronson du Coudray, qui plaidait pour la veuve, résuma la cause en une image : un pasteur à la tête de son clergé, revêtu des habits sacerdotaux, au milieu d'un peuple nombreux, dans l'appareil d'une des fonctions les plus augustes de son ministère, outrage la mémoire d'un gentilhomme défunt à qui il rend les derniers devoirs.
Le défunt était Louis-Auguste de Clervaux, chevalier, seigneur de l'Houmelière. Le pasteur était le sieur de Monclaud, curé de la paroisse d'Augé. Entre eux, la mésintelligence durait depuis longtemps ; le gentilhomme et sa famille avaient éprouvé du curé, dit l'avocat, tous les genres d'insultes dont est capable un homme ombrageux et difficile.
Le sieur de Clervaux fut longtemps malade ; son état empirait de jour en jour ; le curé le laissa mourir sans le visiter. Selon ses volontés, le corps devait rester deux jours sans être inhumé, puis être porté dans la paroisse voisine de la Chapelle-Bâton, le service se faisant à Augé.
La veuve fit prier le curé de venir prendre le corps ; il s'y décida après beaucoup de difficultés. Vers onze heures du matin, le convoi partit, avec la famille et un peuple nombreux. Arrivé sur la paroisse de la Chapelle-Bâton, le sieur de Monclaud remit le corps au curé du lieu, le sieur d'Argenton. Au lieu du compliment d'usage, il lui dit en latin : « Très cher frère, je te remets le corps fétide de mon ennemi acharné ; fasse Dieu qu'il ne te fasse pas, mort, autant de mal qu'il a songé à m'en faire vivant. »
La veuve porta plainte, en son nom et au nom de ses enfants mineurs, devant le juge de Saint-Maixent. Le curé avoua les faits, sauf le mot « fétide », qu'il niait avoir prononcé et que plusieurs témoins, disait-on, avaient entendu. Il se défendit d'abord sur le sens des mots, puis se rétracta par un acte passé devant notaires et fit une rétractation au prône ; il prétendait en faire maintenant un moyen contre la veuve. Le juge de Saint-Maixent renvoya les parties à l'audience ; la dame de Clervaux fit appel.
Le procès ne dit pas qui, parmi les paysans qui suivaient le cercueil, comprenait le latin. Mais le curé d'Argenton, lui, le comprenait ; et il fallait bien qu'on le traduisît pour que le scandale arrivât jusqu'aux juges.
Gazette des tribunaux, 1777, cause de la dame de Clervaux contre le sieur de Monclaud, curé d'Augé (sentence du juge de Saint-Maixent du 10 janvier 1777, en appel).
