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Le raisiné du 20 mai

À Lille, les 20 et 29 mai 1847, Jean-Baptiste Lahousse, son épouse et leur fille Elisa tombent malades après avoir consommé des préparations auxquelles Julienne-Hortense Lahousse reconnaîtra avoir mêlé du poison. Le père meurt le 5 juin; la mère meurt le 19 juillet selon la presse judiciaire. Au procès de Douai, en novembre, la question du discernement de la jeune accusée se mêle à celle du mobile. Laugeois, d’abord inculpé sur ses déclarations, bénéficie d’un non-lieu. La Gazette contemporaine rapporte vingt ans de réclusion; le Pitaval rétrospectif donne vingt-cinq ans, divergence signalée dans le récit.

Le premier indice tenait dans une tartine de raisiné. Au soir du 20 mai 1847, dans une maison de Lille, Jean-Baptiste Lahousse, sa femme Napoléonne et leurs filles Elisa et Hortense avaient partagé le pain et la confiture de raisin. Peu après, les trois aînés furent pris de violentes douleurs et de vomissements. L’accident semblait d’abord avoir une explication familière : un aliment gâté, une préparation qui avait tourné. Or la famille allait se relever, puis retomber malade; et, tandis que le père cherchait au-dehors la cause de ce mal, sa fille avait déjà commencé à régler ce que chacun pouvait savoir.

Lahousse exerçait le métier de tailleur. Selon le compte rendu allemand publié en 1861 par le Pitaval, son foyer vivait du travail quotidien, sans richesse mais sans misère, et les enfants savaient lire et écrire. Ce tableau familial vient d’un récit judiciaire composé après les faits, non d’un procès-verbal que nous pourrions entendre directement. La Gazette des Tribunaux, en relatant ensuite les assises du Nord, nomme le père Jean-Baptiste Lahousse, la mère Napoléonne-Augustine Brémart et la fille Julienne-Hortense Lahousse. Elle fixe le procès en novembre 1847 et les deux administrations de poison aux 20 et 29 mai.

Les premiers malades ne consultèrent pas aussitôt un médecin. Ils souffrirent quelques jours, puis semblèrent aller mieux. Le 29 mai, les douleurs reprirent avec une force nouvelle. Dans la version rapportée par le Pitaval, Hortense fit alors entrer dans la maison un breuvage qu’elle présentait comme un sirop propre à soulager ses parents. Son père et sa mère en burent beaucoup; sa sœur en goûta à peine. Cette seconde maladie ne fut pas tenue pour une nouvelle attaque. À la maison, elle parut d’abord n’être que le retour de la première.

Jean-Baptiste Lahousse avait pourtant commencé à douter de la raisinée. Il recueillit des morceaux de pain et de confiture pour les faire examiner, persuadé qu’une substance nocive avait pu s’y mêler par accident. Le premier soupçon retomba sur Pannequin, l’épicier qui avait vendu la préparation. Le récit du Pitaval dit que celui-ci montra avoir vendu le même produit à d’autres clients sans provoquer de maladie, et que l’examen de son stock ne révéla rien d’anormal. L’enquête se déplaça alors vers le chemin suivi par le pot entre la boutique et la table familiale.

Cette piste conduisait à Hortense. Elle seule avait rapporté la raisinée et, d’après les interrogatoires reproduits ou résumés par les deux récits, elle avait reconnu avoir mélangé une poudre au premier plat. Le père mourut le 5 juin. La Gazette situe la mort de la mère au 19 juillet. Cette différence de plusieurs semaines importe : le père succomba après la première série de symptômes, tandis que la mère survécut d’abord, demeura malade et mourut plus tard. Le procès traita aussi cette mort comme une conséquence de l’empoisonnement; le compte rendu rétrospectif indique toutefois qu’aucune trace de poison ne fut retrouvée dans son corps, les médecins expliquant que le délai avait pu laisser disparaître la substance.

La sœur, Elisa, survécut. Le dossier ne décrit pas chez elle une atteinte comparable à celle de ses parents, mais le parquet reprocha à Hortense d’avoir visé les trois membres de la famille à deux reprises. Cette distinction entre l’acte reproché, le résultat pour chacun et la preuve médicale allait compter au procès. Les médecins et chimistes appelés aux assises furent interrogés sur les symptômes, les restes du repas et la capacité des substances administrées à provoquer la mort. La presse contemporaine résume leur conclusion comme favorable à l’accusation; le compte rendu du Pitaval en donne une narration plus ample, mais ne doit pas être confondu avec le dossier original.

Le 6 juin, au lendemain de la mort de son père, Hortense retourna chez Pannequin et lui reprocha d’avoir vendu la préparation qui avait rendu sa famille malade, selon l’accusation citée aux assises. Le geste pouvait soutenir deux lectures : une cliente convaincue d’avoir subi un accident, ou une mise en scène destinée à éloigner les soupçons. La presse rapporte ensuite que Pannequin fut poursuivi pour imprudence et qu’Hortense comparut comme témoin à charge contre lui. Nous ne savons pas, à partir des sources consultées ici, quelle décision fut prise dans cette procédure distincte. Elle ne constitue donc pas un verdict qu’il faudrait ajouter à son histoire.

Le 12 juillet, la police interrogea Hortense sur le poison et sur ses relations avec Eugène Laugeois, un jeune ouvrier sculpteur. Le Pitaval raconte une nouvelle comparution le 17 juillet, après laquelle la jeune fille, revenue chez elle en pleurs, se serait jetée auprès de sa mère et lui aurait avoué l’empoisonnement. Elle accusa d’abord Laugeois : il lui aurait remis de l’argent pour acheter le poison et l’aurait menacée si elle refusait. Ce sont ses déclarations rapportées, non des faits établis contre lui.

La Gazette des Tribunaux donne à l’accusation une forme judiciaire plus précise. Laugeois, d’abord inculpé et détenu environ un mois, bénéficia d’une ordonnance de non-lieu avant le procès d’Hortense. La jeune fille se rétracta en disant qu’elle ne voulait pas porter seule la responsabilité du crime. Le journal reproduit les questions qui lui furent posées à l’audience : elle reconnut les deux empoisonnements, mais expliqua d’abord son geste par les mauvais traitements qu’elle disait subir de sa mère et de sa sœur. Ces femmes, comme les témoins appelés ensuite, contestèrent cette version. La source ne nous autorise pas à transformer cette dispute en certitude psychologique.

Le procès ne portait donc pas seulement sur la présence du poison. Il demandait aussi si une fille de quinze ans avait compris la nature de ce qu’elle faisait et pouvait répondre pénalement de ses actes. Le parquet décrivit une préparation à l’avance, des achats séparés, deux administrations espacées de neuf jours et la fausse accusation d’un homme innocent. La défense ne contestait pas que des gestes dangereux avaient été commis; elle cherchait à expliquer comment une adolescente sans intérêt financier apparent pouvait s’en prendre à sa famille, et contestait qu’elle eût agi avec discernement. Les plaidoiries résumées par le Pitaval mêlent arguments de droit, théories médico-légales aujourd’hui dépassées et jugements sur la conduite de la jeune fille.

Le récit de 1861 insiste notamment sur son maintien au tribunal et sur sa vie sentimentale. Il en tire des conclusions sur une prétendue cruauté innée et une absence de remords. Ces commentaires appartiennent au rédacteur. Ils ne prouvent ni un mobile, ni un état mental, ni la réalité d’une menace de Laugeois. L’image de « l’enfant-monstre » permettait au narrateur de refermer une affaire dont le motif lui échappait; elle ne remplace pas l’examen des faits. Dans les témoignages et plaidoiries rapportés par la presse, les explications proposées — indépendance, jalousie, mauvais traitements ou défaut de discernement — demeurent des arguments disputés.

La cour d’assises du Nord siégea à Douai du 15 au 17 novembre 1847. La Gazette rapporte que le jury répondit positivement aux principales questions de culpabilité et qu’une question distincte porta sur le discernement. L’OCR indexé de l’article ne permet pas de lire sans doute le complément de cette dernière réponse. Le résultat, lui, est corroboré par le journal et par une notice bibliographique de Criminocorpus : Hortense fut condamnée à vingt années de réclusion. À ce moment, elle avait seize ans; au moment des faits, elle n’avait pas encore seize ans, seuil que la presse et les débats plaçaient au cœur de la peine applicable.

Un écart doit rester visible. La seconde édition du Pitaval affirme que la peine fut de vingt-cinq ans d’emprisonnement. Le compte rendu contemporain de la Gazette et le catalogue d’une brochure de 1847 intitulée Sa condamnation indiquent vingt ans. Les exemplaires numérisés de la Gazette n’ont pas pu être ouverts directement dans l’environnement de recherche; leur OCR indexé a été consulté, comme l’a été la notice bibliographique, non le factum lui-même. Faute d’avoir retrouvé l’arrêt original, ces sources ne permettent pas d’arbitrer : la Gazette rapporte vingt ans, tandis que le Pitaval donne vingt-cinq. Le récit conserve les deux versions et ne présente aucune d’elles comme vérifiée par le jugement lui-même.

Le procès laissa ainsi deux questions séparées. La première était judiciaire : la preuve fut jugée suffisante pour condamner Hortense, tandis que la procédure contre Laugeois n’alla pas jusqu’à un procès. La seconde, celle du motif et du discernement, fut discutée à l’audience mais ne reçoit pas de réponse que nous puissions reprendre sans attribution. Deux repas, neuf jours d’écart, un père mort, une mère morte plus tard, une sœur survivante : les éléments matériels forment une séquence. Ils n’expliquent pas d’eux-mêmes pourquoi une adolescente aurait choisi cette méthode, ni ce qu’elle comprenait de ses effets. La source de 1861 remplit cette lacune par des certitudes de caractère; les comptes rendus contemporains laissent voir plutôt le conflit entre preuve, responsabilité et âge.

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Le cadre historique et notre part d’invention

Le chapitre complet « Hortense Lahousse. 1847 » occupe les pages imprimées 125–158 du 22e volume, Nouvelle Folge, 10e Teil, deuxième édition (1861). La copie OCR maître est bornée aux lignes 25267–26759 incluses; elle commence par le titre reconnu par l’OCR comme « Hortense Cahousse » (le sommaire et le corps donnent Lahousse) et finit avant le titre du chapitre suivant. Source lue intégralement; SHA source et preuve de lecture conservés dans le dossier. Les noms, la chronologie des 20 et 29 mai, les décès du 5 juin et du 19 juillet, le procès de novembre et le non-lieu de Laugeois sont recoupés dans l’OCR indexé de la Gazette des Tribunaux, mais les PDF concernés n’ont pas pu être ouverts directement. Criminocorpus catalogue une brochure de 1847 relative aux débats et indique 20 années de réclusion; le factum n’a pas été consulté. Le compte rendu du Pitaval donne au contraire 25 ans. Le récit expose les deux chiffres et n’arbitre pas faute d’arrêt consulté. Les jugements psychologiques et moralisateurs du Pitaval ne sont pas traités comme des faits. Le livre est une compilation rétrospective; aucune expression substantielle de l’OCR ou du scan Google n’est reproduite.

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