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Publishing OS · KDP : la plateforme, ses règles et ses risques · Fermetures de compte, motif par motif

Motif affiché : domaine public non différencié

Pourquoi un texte libre de droits doit apporter quelque chose de plus pour rester en ligne

Un texte libre de droits ne pose, en apparence, aucun problème juridique : personne ne peut réclamer de droits d’auteur sur une œuvre tombée dans le domaine public. C’est pourtant l’un des motifs de retrait les plus fréquents, pour une raison différente : la plateforme ne juge pas le droit de publier ce texte, mais la valeur de la version proposée par rapport à ce qui existe déjà.

Ce que dit la règle

La page officielle consacrée à la publication de contenu du domaine public pose d’abord une définition simple : « un livre du domaine public est un livre qui n’est couvert par aucun droit de propriété intellectuelle ou droit d’auteur, généralement parce que ces droits ont expiré » (traduction, consulté le 27 septembre 2026). La règle relative au contenu, de son côté, confirme le principe d’autorisation : « nous autorisons les contenus relevant du domaine public qui ne sont plus soumis aux droits d’auteur » (consulté le 27 septembre 2026).

Mais cette autorisation est conditionnée. La page sur le domaine public exige une différenciation réelle, selon l’un de trois axes reconnus : une traduction originale, une annotation originale (guide de lecture, appareil critique, contexte historique), ou une illustration d’au moins dix images originales en rapport avec le texte. Le type de différenciation doit apparaître dans le titre du livre, et être décrit dans la description. La page précise aussi une limite de monétisation : « le contenu du domaine public n’est pas éligible à toutes les options de redevance pour ebook ni à KDP Select » (traduction, consulté le 27 septembre 2026). Enfin, et c’est le point central pour ce motif de retrait, la plateforme se réserve le droit de refuser un contenu du domaine public « déjà disponible via Amazon ou d’autres sites » (traduction, consulté le 27 septembre 2026) dès lors qu’une version équivalente, non différenciée, y figure déjà.

Ce que montre un cas public

Le billet de Richard Kostelanetz, déjà cité pour la fermeture de compte qui a suivi, montre l’amont du problème : plusieurs de ses titres ont d’abord été rejetés individuellement pour des « exigences de documentation peu claires sur le statut de domaine public » (traduction, consulté le 27 septembre 2026), avant que son compte entier ne soit fermé. L’auteur ne conteste pas le principe de la vérification, mais l’absence d’indication précise sur ce qui manquait à son dossier — quelle preuve de statut, pour quel titre. Ce cas ne dit rien sur la fréquence du motif « non différencié » par rapport aux autres causes de rejet, mais il illustre un enchaînement documenté : un doute sur le statut ou la différenciation d’un texte du domaine public peut se transformer, en cas de réponses jugées insuffisantes, en un problème de compte entier.

Ce qu’on peut faire

La différenciation exigée par la règle n’est pas un habillage cosmétique : elle doit correspondre à un travail réel, vérifiable, et déclaré comme tel.

  • Vérifier le statut de domaine public du texte dans les territoires de vente visés avant toute mise en forme, la durée des droits d’auteur variant d’un pays à l’autre.
  • Choisir un axe de différenciation réel et le mener jusqu’au bout : une traduction complète et assumée, un appareil de notes et de contexte substantiel, ou un jeu d’au moins dix illustrations originales et pertinentes.
  • Faire apparaître ce travail dans le titre et la description, sans laisser entendre que le texte source a été écrit par l’éditeur ou le traducteur : le nom qui figure en couverture doit refléter le rôle réellement tenu (traduction, annotation, édition), jamais une paternité du texte d’origine.
  • Conserver les éléments qui établissent le statut de domaine public (dates de décès de l’auteur, date de première édition, absence de traduction protégée si le texte est traduit) pour pouvoir les produire si la plateforme les demande.
  • Vérifier, avant publication, qu’une version gratuite ou très proche n’est pas déjà en vente sur la même plateforme, ce qui exposerait le titre à un refus au seul motif de la redondance.

Ce qu’il ne faut pas faire

Il ne faut pas republier un texte du domaine public à l’identique, avec une simple nouvelle couverture ou une mise en page reformatée, en espérant que cela suffise à constituer une différenciation reconnue par la plateforme. Il ne faut pas revendiquer, même implicitement, la paternité du texte source en signant l’ouvrage comme s’il s’agissait d’une œuvre originale. Il ne faut pas non plus multiplier, sous des titres presque identiques, plusieurs versions à peine distinctes du même texte : ce comportement s’apparente à ce que la plateforme cherche précisément à écarter, et expose l’ensemble du catalogue à un examen plus sévère, comme le montre le cas cité plus haut.

Grille de décision

Type de différenciationExigence minimale selon la règle officiellePoint de vigilance
TraductionTraduction originale, complète, assuméeVérifier que la traduction elle-même n’est pas déjà protégée par un tiers
AnnotationAppareil critique, contexte historique ou guide de lecture originalLa quantité de notes doit être substantielle, pas symbolique
IllustrationAu moins dix illustrations originales en rapport avec le texteLes illustrations doivent être créées pour cette édition, pas réutilisées d’un autre projet
Absence de différenciation, version déjà présente ailleursAucune : refus probable dès le dépôt ou après publicationVérifier la concurrence directe sur la plateforme avant de publier
Statut de domaine public incertain sur un territoireVérification préalable des règles locales de durée des droitsNe pas supposer qu’un statut valable dans un pays l’est partout

Republier un texte libre de droits reste un geste éditorial légitime, mais il n’est reconnu comme tel par la plateforme que s’il apporte une valeur identifiable et déclarée. Une version non différenciée n’est pas sanctionnée parce qu’elle enfreint un droit, mais parce qu’elle n’ajoute rien à ce qui existe déjà : mieux vaut, dans ce cas, retravailler la différenciation avant republication que contester un retrait dont le motif est, ici, explicite et vérifiable par l’éditeur lui-même.

Sources