Aller au contenu
Armes de la Maison BeaulieuMAISON BEAULIEUAB ÉDITIONS · CUISINE & LETTRES

Publishing OS · Vendre en direct · KDP, exclusivités et coexistence des canaux

Vérifier ses engagements avant d'ouvrir une vente directe

Relire ce que l'on a accepté avant de lancer un nouveau canal

Ouvrir une vente directe ne se résume pas à brancher une boutique sur son propre site. Avant le premier lien de paiement, une maison qui publie depuis plusieurs années doit relire, titre par titre, ce qu'elle a accepté à chaque mise en vente. Un catalogue construit par séries accumule des dates d'inscription différentes, des formats déclinés séparément, parfois des ISBN attribués par des voies différentes selon l'époque de publication. Rien de tout cela ne se devine de mémoire : cela se relit, dans l'interface de gestion et dans les documents contractuels acceptés au moment de la publication.

Pourquoi la relecture se fait titre par titre

Un catalogue de plusieurs dizaines de titres n'a pas un statut unique. Comme nous l'avons détaillé dans notre article sur l'exclusivité numérique, chaque ebook porte sa propre date d'inscription à un programme et sa propre échéance de renouvellement : un titre ancien peut être engagé depuis longtemps sans qu'aucune décision récente n'ait été prise, tandis qu'un titre récent peut avoir été délibérément laissé hors du programme. Traiter cette question au niveau du catalogue entier, en supposant que le statut d'un titre vaut pour toute une collection, expose à ouvrir un canal direct pour un titre qui n'a pas le droit d'y figurer sous cette forme.

La même logique de granularité s'applique aux formats et aux droits. Une série publiée en ebook et en broché, parfois traduite, parfois rattachée à un plafond de création que nous décrivons dans notre article sur les plafonds de création de titres, ne présente pas un profil uniforme : chaque combinaison titre-format-langue a sa propre histoire contractuelle.

Ce que le contrat dit des droits conservés

Le contrat de distribution Kindle Direct Publishing pose un principe simple sur la propriété du contenu : « il est entendu entre nous que vous conservez la totalité des droits de propriété sur les droits d'auteur et autres droits et bénéfices sur vos Livres. » L'éditeur reste donc propriétaire de son texte, de ses traductions et de ses droits de diffusion, sous réserve des autorisations explicitement accordées à la plateforme au moment de la publication.

Cette réserve a un contenu précis pendant une période d'exclusivité. Le même contrat indique que, dans ce cadre, l'éditeur « ne peut pas vendre ou distribuer, ou concéder le droit à quiconque de vendre ou de distribuer, [son] Livre Numérique (ou un livre substantiellement similaire), au format numérique, dans tous les territoires pour lesquels [il détient] des droits. » La page officielle du programme formule la même restriction pour la version numérique : elle « ne peut être diffusée sur aucune plate-forme ou support numérique, quels qu'ils soient » pendant la période d'inscription. La page d'aide sur l'inscription précise en revanche que cette restriction ne touche que l'ebook Kindle : le même texte reste distribuable « aux formats papier, vidéo, audio ou autre » sans attendre la fin de la période.

Autrement dit, le contrat ne retire aucun droit à l'éditeur en dehors de ce périmètre précis, accepté volontairement à l'inscription. La vérification avant vente directe consiste à établir, titre par titre, si ce périmètre s'applique encore.

Les éléments à relire avant d'ouvrir un canal direct

Engagement à relireOù le vérifierCe qu'il faut noter
Inscription à un programme d'exclusivité numériqueBibliothèque de titres, fiche de gestion de chaque ebookStatut inscrit ou non, date de fin de la période en cours, renouvellement automatique actif ou désactivé
Formats concernés par chaque engagementFiche de chaque édition (ebook, broché, relié)Quel format précis est engagé ; un engagement sur l'ebook ne dit rien du broché
ISBN utilisés pour chaque éditionRegistre interne des ISBN, fiche de publication de chaque formatISBN fourni par une plateforme ou ISBN propre à la maison, et ce que cela implique pour une republication ailleurs
Droits de traduction déjà cédés ou conservésContrats de traduction éventuels, accords avec des traducteurs ou d'autres diffuseursLangue par langue, s'il existe une cession antérieure qui limiterait une diffusion directe dans cette langue
Droits de diffusion par territoireFiche de publication, accords de distribution éventuelsTerritoires couverts par un engagement en cours, distincts des territoires encore libres
Prix en vigueur sur le canal existantInterface de gestion de la plateformePrix pratiqué actuellement, pour fixer le prix du canal direct en connaissance de cause plutôt qu'à l'aveugle

Cette liste ne prétend pas remplacer une lecture attentive de chaque contrat particulier. Elle fixe les six points qui, dans notre expérience de maison publiant en séries, reviennent systématiquement et qui, laissés de côté, produisent l'essentiel des erreurs constatées.

Ce qu'une case non relue expose

Une exclusivité encore active et non repérée ne se traduit pas par un simple avertissement au moment de la mise en vente directe : elle signifie que la maison propose un fichier numérique en dehors des conditions qu'elle a elle-même acceptées à l'inscription. Un ISBN mal identifié peut faire apparaître deux éditions distinctes du même texte sous des identifiants incohérents. Une cession de droits de traduction oubliée peut entraîner une mise en vente directe dans une langue où un tiers détient déjà un droit exclusif.

Aucun de ces risques ne relève de la zone grise. Chacun se résout par une vérification factuelle, faite avant l'ouverture du canal, jamais après. C'est cette discipline, plus que l'outil de vente choisi, qui rend une vente directe possible sans fragiliser ce qui a déjà été publié ailleurs.

Sources

Ailleurs dans « Vendre en direct »