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Armes de la Maison BeaulieuMAISON BEAULIEUAB ÉDITIONS · CUISINE & LETTRES
Brigands & grands chemins · Angleterre

Fiction inspirée d’une affaire réelle

Le pirate avait des actionnaires

Fiction inspirée de faits historiques

William Kidd : ouvrir le contrat avant le coffre

Couverture typographique : Le pirate avait des actionnaires — 1701, XVIIIe siècle.
Composition typographique contemporaine · AB Éditions. L’année est le repère du récit.
Illustration contemporaine : Un marin anonyme et des papiers d’engagement dans la cabine d’un navire à voiles.
Illustration contemporaine créée pour ce récit · AB Éditions. Les personnes et les objets représentés ne constituent pas des documents d’archive.

Imaginons un jeune marin, Samuel, conservant dans sa veste le papier de son engagement. À force de le plier, il en use les lignes ; les promesses, elles, restent lisibles : un voyage, des prises, sa part des profits. À bord du navire de William Kidd, un contrat signé à terre ne suffit pourtant pas à répondre aux hommes lorsque le vent tombe et que la mer ne rapporte rien.

Il avait été chargé de poursuivre les pirates. Quelques années plus tard, à Londres, on le jugerait pour l’être devenu.

Entre ces deux états, il y eut un navire, des prises, des désobéissances, un homme tué dans une querelle et assez d’argent espéré pour que chacun voulût d’abord sa part de l’entreprise, puis une distance convenable avec son dénouement.

Une affaire recommandée

L’entreprise réunissait la poursuite des pirates et l’intérêt de ceux qui la finançaient. On équiperait un bâtiment, et les prises contribueraient à rémunérer les associés. À terre, les signatures liaient la sécurité du commerce à la perspective du bénéfice. Les papiers fixaient les parts de chacun avant que les hommes eussent vu la première prise.

Kidd reçut l’appui de personnages puissants, dont certains proches du gouvernement. Ses commissions l’autorisaient à poursuivre les pirates et certains ennemis, notamment les Français. Elles ne lui donnaient pas le droit de saisir n’importe quel bâtiment marchand : la différence allait peser sur tout le voyage.

L’Adventure Galley fut armée. Les signatures demeurèrent à terre ; les difficultés embarquèrent.

Les hommes veulent leur part

Après l’Atlantique, le navire gagna les mers de l’Est. Samuel regarde les hommes compter les jours, reprendre un cordage, discuter d’une voile aperçue au loin. Dans notre scène, les profits annoncés ont désormais le poids d’une attente : ils pourraient payer la fatigue, mais personne ne sait encore quand ils arriveront.

Samuel entend les anciens discuter d’un bâtiment qu’on vient de laisser s’éloigner. L’un affirme qu’il portait assez de marchandises pour payer tous leurs tourments ; un autre demande à quoi sert une commission si elle oblige à regarder passer la fortune. Samuel n’a pas l’expérience nécessaire pour distinguer une plainte de matelot d’un commencement de révolte. Il sait seulement que les hommes parlent plus bas lorsque le capitaine paraît.

Dans cette scène inventée, Kidd maintient son autorité. La discussion fait apparaître deux exigences que les commissions ne suffisent plus à concilier : rester dans les limites de l’autorisation et rapporter quelque chose aux hommes de l’équipage.

— Ce n’est pas une prise, dit-il.

— Alors dites-nous quand nous en verrons une, répond un homme.

Samuel regarde la mer. Le navire qui s’éloigne n’a peut-être jamais su de quelle discussion son sort dépendait.

William Moore

La tension ne resta pas toujours dans les paroles. Une querelle opposa Kidd à William Moore, un membre de l’équipage. Le capitaine le frappa à la tête avec un seau cerclé de fer ; Moore mourut le lendemain. Ce meurtre devait constituer une accusation distincte lors du procès.

Il faut conserver son nom au milieu des cargaisons et des controverses maritimes. On peut discuter les prises, les commissions, les intérêts politiques de ceux qui poursuivirent Kidd ; on ne saurait faire disparaître la mort d’un homme dans la seule question de savoir à qui appartenait un navire.

Samuel voit emporter le corps. Les marins qui s’emportaient la veille trouvent moins de mots. Chacun mesure autrement la colère du capitaine, et cette mesure nouvelle ne rend pas l’obéissance plus sûre : une autorité qui s’est fait craindre peut obtenir le silence sans retrouver la confiance.

Le voyage continue. La mer n’impose aucun jour d’arrêt aux hommes qui viennent de tuer l’un des leurs.

Le marchand pris

La capture du Quedagh Merchant donna à l’affaire une importance nouvelle. Le bâtiment transportait une cargaison considérable ; ses propriétaires étaient arméniens, son commandement et ses papiers faisaient intervenir d’autres appartenances. Kidd invoqua notamment les documents français pour soutenir qu’il avait effectué une prise légitime. La réalité du commerce offrait une complexité moins commode que les catégories dans lesquelles un capitaine aurait voulu ranger ce qu’il rencontrait.

La capture, la vente de marchandises, le partage des profits ne mirent pas fin aux difficultés. Des hommes abandonnèrent Kidd ; l’expédition se défit. Il retourna vers l’Amérique du Nord avec l’espoir de faire valoir sa version auprès de ceux dont il avait reçu l’appui.

À Boston, il fut arrêté. Les noms qui avaient donné du crédit à son départ appartenaient désormais à des hommes tenus d’expliquer ce qu’ils avaient autorisé, ce qu’ils avaient su et ce qu’ils ne pouvaient être rendus responsables d’avoir ignoré.

Samuel débarque ailleurs. Il a quelques pièces, des vêtements usés et une question qu’aucun partage ne résout : à partir de quel moment avait-il navigué sur un navire de pirates ? Le jour d’une capture, celui d’un refus, celui du meurtre de Moore ? Il aurait voulu une date nette, qui séparât aussi proprement sa propre conduite.

Le capitaine devant les juges

Kidd fut ramené en Angleterre. En mai 1701, à l’Old Bailey, les accusations de meurtre et de piraterie furent examinées. Le capitaine défendit sa conduite, contesta des témoignages, invoqua les pouvoirs qui lui avaient été confiés. La justice le déclara coupable. Il fut pendu à Londres le 23 mai.

L’affaire eut une postérité plus brillante que son commencement : des trésors, des cartes, l’attente de ce qui aurait été enfoui. Le pirate célèbre devait voyager beaucoup plus longtemps que le capitaine ; il avait cet avantage sur l’homme réel qu’aucun équipage ne lui demanderait désormais d’explications.

Bien après avoir quitté ce voyage, Samuel cherche à s’embarquer de nouveau. Nous le retrouvons dans un port, devant la table d’un recruteur. Il a conservé le papier de son premier engagement ; les plis en ont effacé certaines lignes. Avant de prendre le nouveau contrat, il demande à l’homme de lire tout haut ce qu’il promet.

— Vous ne me faites pas confiance ?

Le marin posa son doigt sur le bas de la feuille.

— Je voudrais seulement savoir qui restera pour répondre lorsque nous serons loin.

Le recruteur trouva la question inutilement soupçonneuse. Samuel reprit son papier. Il avait déjà connu une entreprise où l’on expliquait très bien les bénéfices avant le départ.

Le cadre historique et notre part d’invention

Samuel et les scènes à bord sont inventés. La présentation muséale est rapprochée du début du chapitre consacré à Kidd et d’un extrait du procès reproduit par Peter Burke en 1866. Cette source ancienne porte ses propres jugements. Le classement sous l’Angleterre désigne le lieu du procès d’une affaire maritime mondiale.

L’affaire se termine. La lecture continue.

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